Elle est arrivée hier soir et restera à Lisbonne jusqu'à mercredi, quand elle s'envolera pour Vienne où une conférence l'attend. Vive et joyeuse, pleine d'humour, c'est un rayon de lumière dans un monde de plus en plus obscur. Elle m'a dit quelques mots sur mon blog qui, depuis que j'y raconte mes souvenirs, lui donne l'impression que mon enfance a été éprouvante. C'est vrai que je raconte la manière dont j'ai subi et parfois surmonté certaines épreuves mais n'est-ce pas là l'une des caractéristiques principales des souvenirs : les événements qui vous marquent, qui vous laissent des cicatrices qui ne s'effacent plus et qui déterminent certaines de vos attitudes dans la vie. Il est difficile de parler des moments de bonheur. En fait, j'ai évoqué ce type de moments quand j'ai parlé de notre ascension du Mont Joly en Haute Savoie.
lundi 28 septembre 2026
dimanche 27 septembre 2026
Encore
Pâques 1959. Je veux retourner à Paris. J'ai écrit des centaines de lettres d'amour à Nicole sans en envoyer une seule. Mais, c'est clair : je suis toujours amoureux. Mon frère Jean-Pierre a décidé de m'accompagner. Cela ne me plaît pas trop car faire du stop à deux est plus difficile et Jean-Pierre est imprévisible. Il peut être charmant, mais il peut aussi être insupportable. Bon ! Je fais contre mauvaise fortune, bon cœur. Nous arrivons à Paris assez vite. Je ne me souviens plus de l'aller qui s'est passé sans problèmes. Nous sommes toujours accueillis très chaleureusement par la famille de Nicole. D'autres amis sont là également et nous visitons Paris en bande joyeuse. Deux jours avant la date de notre retour, le groupe décide d'aller se balader dans un parc. Moi, j'ai mal à la tête et je décide de rester dans la chambre. Tout le monde quitte l'appartement. Au retour, l'une des membres du groupe dit qu'elle ne retrouve plus son portefeuille. Elle est sûre de l'avoir laissé sur la table de la cuisine. Tous les regards se tournent vers moi. Pourtant, je suis parfaitement innocent et je le dis avec toute mon énergie. Je pense que certains me croient coupable mais je ne peux pas avouer quelque chose que je n'ai pas fait. Cela gâche complètement la fin de notre séjour à Paris et c'est le cœur bien lourd que je prends le chemin du retour avec mon frère. Nous avons bien du mal à trouver des voitures et nous marchons beaucoup. Il fait très chaud. Nous finissons par rentrer au bercail et la vie continue. Cette histoire empoisonne, de mon côté, ma relation avec Nicole. J'arrête de lui écrire des lettres que je n'envoie pas de toute manière. Jean-Pierre et moi dormons dans la même chambre et nous partageons le même bureau. Bien longtemps après notre voyage à Paris, je trouve, dans le tiroir du bureau, le portefeuille qui avait disparu de la table de la cuisine. C'est donc Jean-Pierre qui l'avait volé. J'ai repensé à cette histoire très souvent jusqu'à ce que, à Strasbourg, au moins trente ans après, je retrouve Nicole au cours d'une rencontre imprévisible. Elle a été mariée à un intellectuel strasbourgeois, a deux ou trois enfants, est maintenant divorcée. habite à côté de chez moi. Nous parlons et je ne peux pas ne pas évoquer cette histoire qui m'a tellement bouleversé pendant si longtemps. Nicole ne s'en souvient même pas. Quant à moi, j'y pense encore souvent.
samedi 26 septembre 2026
Paris
Noël 1958. Je décide d'aller à Paris pour les vacances. J'ai en effet été invité par la famille Gaubert, une famille nombreuse dont j'avais rencontré deux membres pendant l'été : Kosta et sa sœur Nicole, dont j'étais tombé très amoureux à la fin de l'été à Saint-Gervais en Haute Savoie. Coup de foudre dans la montée du Mont Joly. Mais tout-à-fait platonique, évidemment. Je n'ai pas d'argent et donc, j'irai en stop. Mon père me dépose vers 11h30, dans un virage de la RN4 à la sortie du village d'Ittenheim, à une douzaine de kilomètres de Strasbourg. Il fait gris. Il fait froid. Une petite bruine glacée me transperce jusqu'aux os. Les voitures, peu nombreuses, ne ralentissent même pas. J'attends. Je suis assez désespéré et, à bout de patience, je me dirige vers la station d'essence qui se trouve dans le virage, à gauche quand on regarde vers Paris. Une grosse voiture vient de s'y arrêter. Je m'avance timidement et demande s'ils pourraient me prendre. J'ai affaire à un couple. L'homme hésite, puis accepte de m'emmener pour quelques kilomètres. Au bout d'un certain temps et d'un long silence dans la voiture, l'homme me pose une question : "How far is Paris ? How many hours of driving ?" J'ai du mal à le comprendre mais je finis par saisir et je lui réponds, minimisant la durée du trajet :"Three hours. About three hours, I think." Ils décident alors de ne pas faire d'étapes, ce qui m'arrange bien, évidemment. Nous roulerons ainsi jusqu'aux abords de Paris, dans un profond silence. Ils n'échangent pas un mot entre eux. C'est étrange. Arrivé à Paris vers 20h30, ils me demandent où j'aimerais être déposé. Nicole habite dans le 17e arrondissement, avenue des Ternes, tout près de l'Étoile. Ils m'y conduisent et me lâchent devant la porte de l'immeuble. Je monte plusieurs étages et c'est un enfant qui m'ouvre la porte. À ma demande il me conduit vers la chambre de Kosta, que je découvre, torse nu, au milieu de la pièce, travaillant une sculpture au son de la cantate de Saint Matthieu de Bach, à plein volume. Je suis ravi. Nicole nous rejoint et m'accueille chaleureusement. Nicole va s'occuper de moi pendant toute la semaine. Elle me fera visiter tous les endroits intéressants de Paris. Je me souviens du métro et de ses odeurs que je retrouverai parfois plus tard. Elle me fait connaître la célèbre librairie La Joie de Lire, dans une des petites rues qui donnent sur le boulevard Saint Michel, pas loin des quais. C'est la librairie Maspero et c'est là que je vais découvrir les poèmes de René Char. Je suis au paradis. Nicole et moi parlons beaucoup. J'entends encore sa voix. Je mets sa sympathie sur le compte de l'amitié et je ne ferai aucune tentative de rapprochement physique. Elle m'intimide. Je la trouve adorable. Je suis amoureux.
vendredi 25 septembre 2026
Mycophilie
Ma passion pour les champignons ne date pas d’hier. C’est à Stinval qu’elle a débuté avec les promenades très matinales auxquelles tante Zouzou m’invitait de temps en temps. Elle savait où les trouver. Nous allions dans les prés qui s’étendaient derrière la maison. La rosée faisait scintiller l’herbe. Nous rencontrions des vaches dont, parfois, j’avais un peu peur. Mais le plaisir se trouvait dans l’identification des taches blanches révélant la présence d’Agaricus campestris, le célèbre « rosé des prés » qui me faisait courir comme s’ils auraient pu s’échapper en me voyant venir. Nous les ramassions en anticipant les plats délicieux qu’ils parfumeraient de leur odeur si singulière. Il y en avait de très gros, dont les lamelles étaient passées du rose bonbon au noir charbon en passant par un magnifique brun cannelle. En fait, c’est la seule espèce que nous ramassions à l’époque. Depuis, je me suis documenté et dès que, à Strasbourg, marié avec Irène, et possesseur d’une 2CV, je pus me balader dans les forêts vosgiennes, j’augmentai considérablement mes connaissances mycophiles. Pendant longtemps j’y allais seul. Qu’il pleuve ou qu’il vente, j’y allais. Je fouillais les fourrés les plus épais, remontais les pentes les plus abruptes, dévalais dans les fossés les plus profonds pour recueillir toutes sortes de champignons de toutes les couleurs, de toutes les odeurs possibles et imaginables. Je mettais mes récoltes dans des sacs en plastique que j’allais faire examiner par des pharmaciens méfiants qui, généralement, me conseillaient de tout balancer dans la poubelle. Jusqu’au jour où je fus invité par un voisin, à une excursion consacrée aux champignons sauvages de la Société Philomathique d’Alsace et de Lorraine. Il y avait, marchant tranquillement en file indienne sur les chemins à flanc de coteau, de nombreux spécialistes auprès desquels nous allions nous informer avec les échantillons que nous trouvions de ci de là. C’est ainsi que je les voyais examiner nos trouvailles, les reniflant longuement, croquant un bout de leur chapeau pour recracher ensuite le morceau, les retournant dans tous les sens, nous expliquant patiemment les signes que l’on devait reconnaître pour pouvoir les identifier à coup sûr. Cette excursion m’a beaucoup appris. Notamment, à ne plus utiliser des sacs en plastiques mais à me munir d’un panier, si possible avec couvercle, pour récolter chanterelles, girolles, cèpes de Bordeaux, coprins chevelus, coulemelles, amanites vineuses, lacaria lacata, trompettes de la mort, agaricus silvestris, pieds bleus, mousserons, amanites boule de neige, lactaires délicieux, pieds de moutons, tricholomes de la Saint Georges, pleurotes, sparassis crispa, russules charbonières et autres joyeusetés que nous cuisinerions ensuite selon des recettes particulières à chaque espèce. Un régal avec les amis tous les dimanches soir en automne !
jeudi 24 septembre 2026
Arnaque
Ça devait être en 1956 ou 1957, je ne sais plus. J’avais répondu à une annonce des Dernières Nouvelles d’Alsace : « Cherche garçon de course, etc… » Je me suis présenté. C’était une petite entreprise spécialisée dans la reproduction des plans d’architecte. Il y avait une grande table et on nous amenait les plans dont il fallait couper les bords avec des ciseaux. J’étais devenu très bon. Il fallait couper droit et vite. Les plans étaient ensuite roulés pour pouvoir être transportés dans une longue sacoche de faux cuir suffisamment rigide pour que les plans ne soient pas abîmés par le transport. C’est moi qui, à vélo, apportais ces plans aux architectes destinataires. J’avais fini par en connaître certains. Ils discutaient un peu avec moi. C’est à l’occasion de ces va-et-vient dans la ville de Strasbourg que j’ai eu pour la première fois affaire à des avances homosexuelles. J’avais rencontré un homme qui voulait me revoir dans les pissotières de la gare. Quand j’ai raconté ça à mon père, il m’a ordonné de quitter ce boulot. J’avais gagné un peu d’argent. J’en ai confié la garde à mon père qui m’a dit qu’il serait ma banque. Il a sorti son petit agenda de poche et a soigneusement noté la somme que j’avais gagnée et la date du dépôt. Quelques mois plus tard, j’ai eu besoin de cet argent et j’ai demandé à « ma banque » de bien vouloir me rendre les sommes déposées. Mon père m’a alors avoué qu’il avait perdu son agenda et que, dès lors, ne connaissant pas le montant de mon dépôt, il ne pouvait rien me rendre. Cela m’a profondément affecté. Certes ce n’était pas une somme énorme mais c’était mon premier salaire et je me suis senti complètement floué par cette arnaque paternelle.
mercredi 23 septembre 2026
Dieudonné
Je viens de terminer la lecture d'un roman intéressant. On le lit d'une traite. C'est une histoire assez terrible. Un père chasseur qui bat sa femme et qui fait peur à sa fille. Adeline Dieudonné, La vraie vie, L'iconoclaste, Paris 2018. Une écriture simple et fluide.
Scènes d'été
Félix et Raoul, les cousins dont j’ai déjà évoqué les exploits, avaient implanté un terrain de tennis en terre battue dans la partie du parc que leur famille occupait. Je ne sais pas si c’étaient eux qui l’avaient conçu ou s’il était déjà là quand ils sont arrivés. Toujours est-il qu’ils jouaient au tennis et que c’est avec eux que nous avons été initiés à ce sport alors que nous étions encore très jeunes. Il y avait parfois des tournois et c’est alors que l’on voyait Myriam, dans sa courte jupe blanche plissée, affronter ses frères et ses oncles, venus disputer des matchs pendant le week-end. L’oncle Paul était l’un des partenaires de ces jeux et je me souviens des mots tendres bien particuliers qu’il adressait à son épouse, la tante Geneviève : « Allons, ma petite cuiller de confiture de roses, du nerf ! » « À toi de servir mon petit lapin en sucre d’orge ! » Cela nous faisait rire. Je crois me souvenir que maman savait, elle aussi, se servir d’une raquette de tennis. Après tout, elle avait vécu toute son enfance avec la tante Zouzou dans cette propriété à Stinval.
Juste à côté du terrain de tennis, il y avait un petit étang, en fait une mare, avec de magnifiques canards qui, de temps en temps, finissaient dans notre assiette. C’était Raoul qui était chargé de leur couper la tête sur un billot tout près du garage. Cela pouvait donner lieu à des scènes terrifiantes : le canard, échappant aux mains de son bourreau, pouvait s’envoler sans tête, ce qui poussait Raoul ou Félix à se saisir du fusil qu’ils avaient disposé près du billot, et à le tirer en plein vol avant qu’il n’aille s’égarer dans le petit bois de sapins tout proche. Cette mare aux canards était l’un de nos terrains de jeux favoris. Nos cousins avaient fabriqué des sortes de pirogues de métal en coupant en deux dans leur longueur de vieux réservoirs d’avions qu’ils avaient récupérés après la guerre. C’est ainsi que nous pouvions naviguer sur l’étang, poursuivre les canards, faire des courses entre nous grâce aux vieilles raquettes de ping pong qui nous servaient de pagayes.
mardi 22 septembre 2026
Lafon
Hier, j'ai terminé la lecture du roman de Marie Hélène Lafon, Histoire du fils (Buchet Castel). C'est un livre dont plusieurs membres de mon club de lecture à l'IFP ont chanté les louanges. C'est vrai que l'on déguste avec plaisir le rythme des phrases, bref une écriture assez élaborée mais qui nous coule dans les neurones comme une rivière tranquille. Mais, je ne suis pas aussi enthousiaste que mes compères de l'Institut. Je trouve les premières pages assez confuses. J'ai été déçu, sans doute parce que les éloges ayant précédé ma lecture m'ont fait espérer quelque chose de spectaculaire.
Monsieur Personne
Après notre déménagement qui nous a fait quitter la Belgique pour Strasbourg, au 2 rue Ohmacht, nous étions manifestement en surnombre dans cet espace qui nous paraissait d’autant plus petit que nous venions d’une grande maison aux plafonds très hauts avec un immense vestibule et des chambres très claires. Nous étions sept et, bien entendu, nous faisions des bêtises. Dès que notre père en découvrait une, il cherchait activement le coupable, nous interrogeant sans relâche pour conclure au bout d’un certain temps, au comble de l’exaspération, que « Bien sûr, c’est encore Monsieur Personne ! » Un jour, il nous réunit dans la salle à manger et nous proposa de « tuer Monsieur Personne ». On n’est pas auteur de polars pour rien ! Il nous garantissait l’impunité en échange de nos aveux. Nous défilions ensuite les uns après les autres devant notre père qui nous pardonnait pour ces peaux d’orange retrouvées dans la cuvette des WC, ce bol cassé dont on avait caché les restes au fond d’un tiroir, ces entailles sauvages dans la table de la cuisine, les taches d’encre sur la nappe, le chewing gum dans une serrure, etc., etc. Je me souviens de l’une de ces séances au cours de laquelle je me suis senti très ennuyé parce que je n’avais rien à avouer. Fallait-il que j’invente un truc pour partager la culpabilité générale ? Je suis resté muet, me mordant la lèvre inférieure, devant le regard sceptique et courroucé de papa. « Arrête de te mordre la lèvre », me dit-il. Aussitôt je retournai cette lèvre vers l’extérieur. Une effronterie que mon père accepta avec ces mots : « J’aime mieux ça », dit-il.
lundi 21 septembre 2026
Accidents
À Bois-de-Breux il y avait, derrière la maison, un jardin qui me paraissait évidemment très grand. C’était notre terrain de jeux. Nous disposions alors d’une charrette d’enfants, dont les deux roues avant reliées par un essieu transversal, pouvaient tourner à droite ou à gauche, selon l’impulsion que l’on donnait au petit timon qui permettait à l’un d’entre nous de tirer le véhicule. J’avais placé mes deux petites sœurs dans la charrette entre les ridelles tandis que moi, ayant empoigné le timon, je me faisais fort de les balader dans le jardin pour leur plaisir. Soucieux de leur sécurité, je les surveillais si attentivement que j’en oubliais de regarder devant moi. Or, il pouvait y avoir de nombreux obstacles sur mon chemin. En l’occurrence, ce fut un gros rouleau de fil de fer barbelé qui arrêta net ma progression. Je suis tombé dessus, m’écorchant profondément le genou droit, ce qui couvrit ma jambe de sang. C’était très impressionnant et je porte encore les cicatrices de ce petit accident.
J’eus un autre accident à Visé. Dominique et Jean-Pierre avaient chacun reçu une bicyclette. Celle de Dominique était bleue et disposait d’un freinage par rétropédalage. Celle de Jean-Pierre était rouge et avait la roue libre. Quand je l’ai empruntée à mon frère pour la première fois, je n’étais pas encore très sûr de mon équilibre. Je devais avoir 6 ans. Mais je réussis à rouler. Je suis sorti du jardin et pris la rue sur ma droite pour faire le tour du quartier. C’était magnifique. Arrivé au coin de la rue je tournai à droite pour revenir à la maison. La rue était en pente. Et, tout à coup, je vis un tracteur passer lentement dans la rue que je devais emprunter pour revenir à mon point de départ. Que faire ? Je ne savais pas comment fonctionnaient les freins sur ce vélo. Je dévalai donc la rue, allant droit vers le tracteur dont je heurtai violemment la roue arrière, me retrouvant dans les betteraves qu’il transportait. Plus de peur que de mal !
dimanche 20 septembre 2026
Maladies
À Visé, j’allais à l’école Saint Hadelin avec mes frères. J’étais bon élève et ma conduite était exemplaire. Ce qui fait que l’on m’a décerné un prix qui devait témoigner de cette excellence. Ce prix était intéressant car il s’agissait d’un baptême de l’air sur un petit avion de tourisme. Je devais y aller avec maman et je me réjouissais à l’avance de cet événement exceptionnel. La date était fixée. Le jour dit, je suis tombé malade suffisamment gravement pour que je ne puisse y aller. Du coup, c’est Dominique, mon frère aîné qui y est allé à ma place. Quand ils y sont allés, plusieurs photos ont été prises et je me souviens du visage rayonnant de mon frère après l’atterrissage !
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J’étais en 6ème bleue avec l’abbé Naegert dont j’ai déjà évoqué le souvenir (1952). La famille habitait au n°2 de la rue Ohmacht à Strasbourg. C’était une petite maison de cinq pièces alors que nous étions neuf. Patrick, le dernier, n’était pas encore né et Tommy était mort. Papa avait écrit une prière à Tommy censé intercéder pour nous auprès des divinités catholiques. Nous la récitions tous les soirs, après le repas, à genoux sur nos chaises orientées vers un crucifix accroché au mur. Cet hiver-là je suis tombé gravement malade. J’avais une double mastoidite. C’était sérieux et j’étais devenu complètement sourd. Je me souviens d’une visite de mon prof de 6ème, l’abbé Naegert, qui est venu à mon chevet et qui devait crier à mes oreilles pour se faire entendre. Je le revois au bord du lit, je revois ses cris sans rien entendre ! En principe, on devait m’hospitaliser en urgence le lendemain de cette visite. Mais la nuit me fut bénéfique car au matin, la fièvre était tombée, et l’hospitalisation annulée !
samedi 19 septembre 2026
Pavillon
Le Pavillon était un bâtiment un peu particulier au bord de la rue de Herve dont nous occupions le 615 à Bois-de-Breux. Il se situait un peu plus haut dans cette même rue sur le côté gauche de la chaussée en montant vers Aachen. C’était un petit immeuble carré, couvert d’ardoises et de lierre, dont notre grand-mère maternelle était devenue propriétaire à la mort de son mari, Raoul de Francquen, qui avait été désigné comme mon parrain à ma naissance. Le bâtiment était un peu isolé, comme une grosse villa, avec un petit parc sur l’un des côtés et à l’arrière. Quand on entrait dans cette maison, on était accueilli par les aboiements de Boulouf, un Scott terrier noir, plutôt sympathique. Il y avait à gauche, la chambre de l’oncle Jean et, plus loin, toujours sur la gauche une cuisine très chaleureuse où Bonne Maman nous attendait au moment des repas. Elle pelait les pommes de terre et nous racontait des histoires qui nous passionnaient. Je me souviens du récit de Rémy, le héros du roman d’Hector Malot, Sans famille. Bonne Maman ne lisait pas les histoires, elle nous les racontait dans ses propres mots. Nous étions tous à l’écoute autour de la table de la cuisine et dès qu’elle terminait une histoire nous en réclamions d’autres, encore et encore. L’oncle Jean était le frère de Bonne Maman. C’était un type assez bizarre avec une épaisse chevelure blanche dont il prenait grand soin. Il se moquait souvent de nous. Un jour, nous étions dehors avec lui et il plongea ses mains dans un bouquet d’orties. Quel exploit ! Et il nous disait qu’il ne sentait rien ! Quel homme !
vendredi 18 septembre 2026
Les cousins
À Stinval, vivait la famille de nos cousins germains de Terwangne. Ils étaient plus âgés que nous. J’aimais beaucoup l’aîné, Félix, qui devait avoir entre 25 et 30 ans, à l’époque où nous passions nos vacances dans la grande maison de la tante Zouzou dont ils occupaient la partie Est, si je me souviens bien. Il m’appelait souvent ‘laid singe’, un petit nom dont j’étais sans doute le seul à apprécier la tendresse moqueuse qu’il me semblait signifier. J’étais moins attiré par Raoul qui avait l’allure et le comportement d’un mauvais garçon et qui, bien plus tard, serait très épris de ma sœur Martine. Philippe avait la réputation d’être un peu bête. C’est de lui que j’hériterai d’une panoplie liturgique de curé avec chasuble, étole, aube et cingulum. Ce déguisement me permettra de jouer à la messe avec mes sœurs. J’allais me procurer des hosties non-consacrées à Louveigné auprès du curé qui m’en donnait quelques-unes… pour jouer ! Il y avait aussi Dédé, grand et très maigre, versé dans la radio-amateur et l’électronique. « Aquoiboniste » de la première heure, il nous répondait toujours de la même façon quand on lui demandait quelque chose : « Pourquoi faire, donc ? » Il souriait gentiment, relevait la longue mèche qui lui barrait le front et le visage, puis, tirait une bouffée de la cigarette perpétuelle qu’il avait au bec. Les doigts de sa main droite étaient jaunes de nicotine. Nous adorions l’embêter en sautant sur ses genoux quand il était assis ou en grimpant sur ses épaules. Myriam était la seule fille de la famille. Elle devait avoir 18 ans mais nous ne la voyions guère.
Le père, Victor, était chef d’une petite agence bancaire à Louveigné, le village le plus proche de Stinval. Tous les soirs, il rentrait chez lui avec l’argent de la banque dont il faisait méticuleusement les comptes. Son agence sera victime de plusieurs braquages dont il est toujours sorti indemne. Comme tous les hommes de cette famille, il fumait énormément. Des Saint-Michel verte qu’on achetait par paquets de 25. Ni Félix, ni Raoul n’avaient fait d’études poussées. On disait que quand ils ne voulaient pas aller à l’école, leur mère les gardait volontiers à la maison. Tous deux avaient la même passion pour la mécanique et les voitures. Ils achetaient de vieilles occasions, démontaient les moteurs, et les remontaient pour en faire des véhicules improbables. C’est ainsi qu’ils construisirent, avec un moteur de moto, un engin à trois roues —deux à l’avant et une à l’arrière—, qui filait à toute allure sur les routes tortueuses du pays de Herve. Raoul et Félix étaient de véritables « fous du volant ». Ils ne respectaient aucune règle du code de la route. En outre, quand Félix m’emmenait faire un tour en voiture, il me laissait prendre le volant pour de petites distances. J’étais ravi.
jeudi 17 septembre 2026
OUI ou NON
C’est là, à Visé, que j’aurai ma première expérience politique, lors du referendum qui, en 1950, devait décider du retour, ou non, du roi Leopold III en Belgique. Je me suis longtemps demandé quels étaient les autocollants de propagande que moi et mes frères étions chargés par notre papa de coller partout en ville sur le chemin de l’école. C’était OUI ou NON mais je ne me souvenais absolument plus de ceux que l’on collait sur les murs. Papa était légitimiste. Catholique fervent, il se disait anarchiste mais cela ne garantissait en rien une vision de gauche. Il détestait les socialistes et je me souviens des diatribes virulentes qu’il sortait parfois contre Paul Henri Spaak, grand partisan du NON lors du referendum de 1950. D’où la certitude, acquise plus tard, que les autocollants colorés de rouge, jaune et noir en cercles concentriques, que nous dispersions sur les poteaux télégraphiques en allant à l’école étaient des OUI. Oui, pour le retour du roi après la guerre. Ce qui n’empêchera pas, sous l’impulsion de Paul Henri Spaak, le souverain d’abdiquer au profit de son fils, Baudouin, l’année suivante (en 1951). Voilà comment, à un âge peu fait pour les grandes décisions politiques, on se retrouve embarqué malgré soi, dans le sillage d’une vision qui très vite, ne correspondra plus à celle que j’adopterai pour le restant de ma vie. Car, depuis lors, c’est NON !
mercredi 16 septembre 2026
Tommy
mardi 15 septembre 2026
Cerisier
Nous sommes à Bois-de-Breux. Derrière la maison, il y a un jardin qui, à mes yeux de gamin de 5 ans me paraissait immense. Mon frère aîné Dominique grimpait déjà aux arbres et ce jour-là il était monté dans le cerisier. Bien entendu, j’ai voulu le suivre et je me suis accroché aux premières branches. Je suis quand même arrivé à une certaine hauteur et quand je levais les yeux, je voyais mon frère très haut près du sommet de l’arbre. Il me parlait : « Quand tu vois un homme barbu, qu’est-ce que tu fais ? » Il me montre le geste approprié : tu dis 15 pour moi et tu lèches ton pouce droit, tu le plantes au milieu de ta paume gauche, tu fermes le poing droit et tu frappes la même paume de ton poing serré. Joignant le geste à la parole, il me montre comment faire. Je m’emploie à l’imiter mais comme j’avais besoin de mes deux mains pour le faire, je lâche la branche à laquelle j’étais accroché, et… je dégringole jusqu’au sol. Une chute dont je crois me souvenir des détails, rebondissant de branche en branche —ça dure une éternité— jusqu’à ce que je me retrouve allongé dans le pré, avec une jambe endolorie : victime sans gravité de la gravité ! À cet âge, on est en caoutchouc !
Question
Depuis environ une semaine, j'écris des souvenirs d'enfance à la demande de ma fille Célia et de Charlotte également qui m'a exprimé le désir de mieux connaître les événements de ma vie. Évidemment cela accentue la dimension très personnelle de ce blog qui s'adresse essentiellement à ma famille et mes amis. Il est bien possible que ces souvenirs ne soient pas du goût de tout le monde et que certains lecteurs puissent trouver ce blog impudique ou ennuyeux. Je vais essayer de garder un peu d'actualité. Par exemple, hier après-midi, je suis allé à mon groupe de lecteurs de la Livraria Inquieta. Nous avons discuté de beaucoup de livres et ce fut très intéressant. Je compte bien me procurer les livres de cette autrice d'origine japonaise, Aki Shimazaki qui publie des pentalogies (ensemble de cinq petits ouvrages) dont l'une intitulée Le poids des secrets (Collection Babel) m'attire tout particulièrement.
lundi 14 septembre 2026
Rire
Je devais avoir 6 ans. C’était encore à Visé. Nous avions souvent des invités et je me souviens d’une scène qui ne me fait guère honneur malgré cette réputation que j’avais dans la famille, d’être plutôt malin. C’était en hiver et l’un des invités, juste avant le dîner, s’était mis à nous raconter des blagues. Je l’écoutais, fasciné. Il racontait l’histoire de ce fermier dont la vache était tombée malade. Il fait venir le vétérinaire qui ausculte l’animal avec grand soin. Comme il ne trouve rien d’anormal, il a une idée. Il appelle le paysan et lui demande de soulever la queue de la bête et de coller son œil sur son trou de balle. Lui-même se pose devant la vache et lui ouvre la gueule toute grande. Puis il crie au fermier : « Est-ce que vous me voyez ? — Non ! répond l’homme. — Et bien, c’est qu’elle est constipée ! » Nous éclatons tous de rire avec celui-là même qui nous avait raconté la blague. Je ris comme les autres, peut-être même plus fort que les autres. Et puis, brusquement, je m’arrête de rire et, très sérieux, je pose la question suivante : « Mais… qu’est-ce que ça veut dire, constipée ? » Ce qui, de nouveau, a fait rire tout le monde, sauf moi !
Morale de l'histoire : On rit toujours plus fort quand on ne sait pas pourquoi on rit ! Ce qui me fait penser à cette scène inoubliable du film de Marcel Carné, Les visiteurs du soir (1942), où l'on voit le diable, incarné par Jules Berry, à table au milieu des habitants du château, se mettre tout à coup à rire. Toute la tablée se met progressivement à rire aussi à gorge déployée, de plus en plus fort jusqu'au moment où le diable, s'arrêtant brusquement de rire, pose la question : " Vous riez ! Mais pourquoi riez-vous ? Vous riez parce qu'il faut bien rire un peu de temps en temps, pour se distraire. Mais auriez-vous ri si je n'avais pas ri le premier ? " Etc., etc... Je cite de mémoire ce grand film. Il est possible que mon verbatim ne soit pas exactement le même que celui du film. À vérifier !
dimanche 13 septembre 2026
Visé
Fin 48, la famille déménage de Bois-de-Breux à Visé, une petite ville très proche de la frontière avec les Pays-Bas. Une très belle maison de 18 pièces (si je me souviens bien) avec un magnifique grenier que Papa avait transformé en théâtre grâce à de splendides tentures de velours. La maison avait devant elle une vue bien dégagée avec la Meuse au fond du paysage et l’île Robinson un peu plus loin, à droite. Entre le fleuve et notre maison il y avait une rue, et une voie ferrée. Nous allions souvent jouer près de la voie ferrée. Nous nous amusions à poser des pièces de monnaie —les pièces trouées qui correspondaient à des centimes— sur les rails pour voir ce qu’elles devenaient après le passage d’un train.
Au moins une fois par an, un train s’arrêtait à la gare de marchandises et déversait des centaines de chevaux destinés à l’abattoir. Celui-ci se trouvait de l’autre côté de la ville et les chevaux y étaient conduits à travers les rues. Je me souviens de l’un de ces chevaux qui, pressentant sans doute le destin funeste qu’on lui réservait, s’était apparemment révolté, encourant la colère de ceux qui les gardaient. Une corde serrée autour de l’un de ses membres postérieurs, au niveau du jarret, le rendait fou. Il ruait en hennissant bruyamment. Il était blessé et l’on voyait son sang couler dans la rue. Les hommes n’ont réussi à le maitriser qu’après une lutte très spectaculaire. À cette époque, beaucoup de marchands transportaient encore leurs marchandises dans des carrioles tirées par un cheval. Je me souviens des vendeurs de blocs de glace qui s’arrêtaient parfois juste devant notre maison. Ma sœur Martine et moi, nous nous asseyions alors sur les marches de notre perron pour contempler cet animal magnifique qui nous fascinait.
samedi 12 septembre 2026
Zouzou
Entre 1950 et 1957, nous passions nos vacances en famille à Stinval. Nous étions dix —huit enfants + les parents— à nous entasser dans la Dodge 1936 décapotable de couleur verte que Papa avait achetée de seconde main en Belgique. Je me souviens très bien du cuir rouge des banquettes arrière où nous étions 6 enfants à se chamailler pendant un voyage qui durait environ 7 heures. Nous passions par Luxembourg et Arlon, première ville belge, où nous achetions des gaufres, des gosettes fourrées à la rhubarbe, un sachet de cuberdons à se partager… On piqueniquait dans la voiture. Nous parcourions les derniers kilomètres au crépuscule. Il faisait de plus en plus sombre et je me souviens de mon soulagement quand nous abordions l’un des derniers virages devant l’enseigne lumineuse au néon vert du Relais Fleuri. Il y avait ensuite une scierie, puis, une petite descente vers l’immense maison dont Maman hériterait bientôt. Nous entrions alors dans la propriété de notre tante Zouzou, la sœur de notre grand-mère maternelle, qui nous attendait dans son salon dont les hautes baies vitrées donnaient sur la cour. Tante Zouzou guettait notre arrivée. Je la voyais à travers la fenêtre, à demi éclairée par un abat-jour ancien, se lever pour nous accueillir. C’était une petite femme énergique qui nous embrassait les uns après les autres en nous pressant d’entrer pour nous servir le dîner. Celui-ci se passait dans l’immense cuisine ancienne aux murs de laquelle était suspendue une magnifique collection de casseroles, moules à gâteaux, bassines de toutes tailles en cuivre rouge. Après le repas nous allions nous coucher. Je montais des escaliers étroits et sombres jusqu’à l’une des mansardes où m’attendait un grand lit sur lequel un édredon bien épais me garantissait un sommeil plein de rêves. Au petit matin, je descendais voir les poules qui picoraient en liberté devant la maison. Un petit couloir menait à l’extérieur et dans ce couloir, après une descente de quelques marches, deux grands miroirs se faisaient face. Il m’arrivait souvent de sauter pour franchir ce double abîme. Un matin, je suis sans doute descendu un peu plus tôt, et j’ai surpris ma tante Zouzou devant l’un des miroirs, en train de peigner ses longs cheveux blancs avant de les renfermer dans un petit filet noir qu’elle gardait ensuite pendant la journée.
vendredi 11 septembre 2026
Pope
On ne l’appelait pas encore « Le Pope », quand il nous faisait réciter, en classe de 6ème bleue, au Collège Saint Étienne à Strasbourg, les premières déclinaisons latines : rosa, rosa, rosae, rosae, rosa, rosam (avec l’accusatif en dernier contrairement aux habitudes !). Cheveux blonds, brosse très courte, un regard bleu qui vous pénétrait jusqu’à l’âme, une soutane noire bien sûr, allant du col au sol, c’était l’abbé Naegert, notre professeur principal qui nous racontait parfois des histoires de guerre, celle de 39/45, à partir de ses propres expériences du front russe, "malgré nous" dans la Wehrmacht. J’étais très bon élève à l’époque. C’était en 1952 et j’avais dix ans. Un jour, à la fin des cours de la journée, l’abbé Naegert me dit : « Va m’attendre dans mon bureau. J’ai quelque chose à te dire. » Je savais où était son bureau et je m’y rendis, peu rassuré sur les raisons mystérieuses qui avaient motivé cette convocation. J’attendis quelques minutes et, peu après, je le vis s’asseoir dans son fauteuil en face de moi et me regarder droit dans les yeux. Puis il parla. « Je ne peux pas imaginer que dans votre famille il n’y ait personne pour s’engager comme prêtre au service de Notre Seigneur…» Silence. « … et je crois que Dieu t’a choisi ! » Quand je suis sorti de son bureau, j’étais plutôt fier et content. J’ai raconté l’événement à mes parents qui s’en réjouirent. Mais ces paroles m’ont ensuite plongé dans un scepticisme de plus en plus marqué. « Dieu s’est trompé » me disais-je. Je m’inventais de nombreuses objections visant à contrecarrer ce destin qui, après tout, ne me semblait guère enviable. Je me souviens que ce qui me déplaisait le plus dans cet avenir, c’était l’impossibilité de me marier. J’ai revu l’abbé Naegert bien plus tard, quand il était connu à Strasbourg sous son surnom très orthodoxe et populaire de Pope. Je ne lui ai pas rappelé le choix de Dieu. Il est mort le 20 février 2015.
jeudi 10 septembre 2026
Mont Joly
En août 1958, Papa a emmené toute la famille à Saint Gervais en Haute Savoie pour les vacances. Il avait obtenu d’y faire une cure de repos quelques semaines auparavant. Je me souviens vaguement de la grande maison qu’il avait louée. Maman était là. Elle était déjà très malade mais elle avait des moments de répit. Je venais de tenter mon premier bac et je n’avais pas été reçu à l’issue de la première session. Je pouvais me représenter à la session de septembre et maman m’y encourageait vivement contrairement à mon père et mes frères qui voulaient me convaincre de redoubler. « Tu es encore très jeune, me disaient-il, tu n’as pas la maturité pour faire ton année de philo, si tu réussis en septembre. » Mais maman insistait et aujourd’hui je regrette vivement de ne pas avoir suivi son conseil, par paresse parce que si je voulais me présenter, il aurait fallu que je passe mes vacances à bosser. Or c’est tout autre chose qui m’est arrivé. Sur la place de Saint Gervais, une troupe parisienne de théâtre de rue a monté un petit spectacle comique qui a eu un certain succès. Mes frères et moi, avons pris contact avec les jeunes comédiens qui furent ravis par le projet que nous leur avons soumis : partir vers 11 heures du soir pour atteindre le sommet du Mont Joly (environ 2500 mètres) à l’aube et contempler le lever du soleil sur la chaîne du Mont Blanc, ses glaciers et ses sommets enneigés. Nous étions une belle et joyeuse bande quand nous sommes partis. Moi, je n’avais d’yeux que pour une jeune femme qui faisait partie de cette troupe. Elle n’était pas comédienne comme son frère Kosta mais s’occupait de la régie. J’en suis tombé très amoureux. Elle s’appelait Nicole. Elle était très belle, avec des traits asiatiques. Elle portait un joli pantalon bleu. J’osais à peine lui adresser la parole. Elle m’intimidait. J’appris très vite qu’elle avait dix huit ans. J’en avais seize. Nous avons échangé nos adresses. Et, à Noël, je suis allé à Paris, en stop, pour la retrouver !
mercredi 9 septembre 2026
Naître dans le froid
Je n’ai aucun souvenir de ma naissance, le 2 février 1942. Il faisait très froid. La température se situait entre —15° et —20°. Il avait neigé et le 5 février, la couche de neige atteignait 90 cm. Je suis né à la maison, au 615 de la rue de Herve à Bois-de-Breux dans la commune de Grivegnée. J’étais le troisième fils de Bernadette de Francquen, ma mère. En fait, elle attendait une fille, après ses deux premiers garçons. Je devais m'appeler Françoise. Elle m’a dit, bien des années plus tard, que je l’avais fait beaucoup souffrir avec cette grosse tête qui ne voulait pas quitter la chaleur de son ventre. Pour des raisons que j’ignore, ma mère a demandé d’accoucher sur le plancher de la chambre, juste à côté du lit. Comme je l’ai dit, il faisait très froid dans les faubourgs de Liège à ce moment-là et ma mère utilisait des bouillottes de métal pour chauffer le berceau. C’est comme ça que j’ai été brûlé au troisième degré peu de temps après ma naissance. Ma mère m’avait placé dans mon berceau mais aussitôt je me suis mis à crier de toutes mes forces. Elle me reprend dans ses bras et réussit à me calmer avant de me replacer dans le berceau Nouveaux cris, nouvelle prise dans les bras. Ce n’est que le lendemain matin, qu’en me changeant, ma mère découvre la brûlure dont je porte encore la cicatrice. Bon, maman, on est quitte.
mardi 8 septembre 2026
Bois la
C'est un. souvenir qui date du début des années 50. Je devais avoir 9 ans et mon frère Jean-Pierre avait sans doute 11 ans. Le pneu de son vélo avait crevé et Papa s'est dévoué pour coller une rustine sur la chambre à air. Mais avant ça, il fallait repérer le trou et pour ce faire, Papa demande à Jean-Pierre de lui ramener une bassine pleine d'eau. Le trou est repéré et la rustine est collée. Papa devait être un peu énervé parce que, quand son fils lui demande ce qu'il doit faire de l'eau, il répond de façon un peu abrupte : "Bois la !" Et Jean-Pierre, gravement, de prendre la bassine à deux mains pour l'élever jusqu'à ses lèvres. Évidemment, Papa l'a arrêté à temps, mais ce geste d'obéissance aveugle a toujours fait rire toute la famille. En fait ce n'est pas une histoire drôle. Elle démontre cette autorité quasi absolue à laquelle nous devions nous soumettre.
lundi 7 septembre 2026
Inspiration
Célia m'a encouragé à poursuivre l'écriture de ce blog en me proposant d'élargir mes sources d'inspiration qui, jusqu'ici, étaient très dépendantes de ce qui se passait, au jour le jour, dans ma vie. Cela comprenait les problèmes de ma santé qui se multiplient avec l'âge, les lectures que je peux faire avec les commentaires qu'elles m'inspirent de temps en temps, les événements familiaux (mariage, anniversaires) qui rythment le passage du temps, etc... Célia me dit que je pourrais raconter des souvenirs de mon enfance. L'idée me sembla assez bonne d'autant plus que j'ai une demi ndébélé sur ce plan là de la part de Charlotte également. Cela va certainement m'amuser pendant un bon moment !
dimanche 6 septembre 2026
Blog ?
Je me pose des questions sur la poursuite de ce blog qui, je le crains, est devenu très ennuyeux : j’y raconte mes problèmes de santé ayant le souci d’informer ma famille sur l’évolution de ma santé. J’y parle parfois de mes lectures mais sans vraiment approfondir mes analyses qui se résument à quelques commentaires assez superficiels. J’ai pratiquement cessé de parler de mes rêves. Au début de cet été, j’ai nourri l’espoir d’actualiser mon texte sur les langues en m’adjoignant le soutien de René Kahn, l’un de mes premiers étudiants quand j’ai été nommé à Strasbourg après mes cinq années de Grande Bretagne. Mais plus j’y pense moins je crois à la possibilité de redonner à ce texte une pertinence actuelle. Certes je me suis donné un objectif ambitieux : celui de parler Portugais avant ma mosrt. J’y travaille sérieusement tous les jours mais je progresse lentement. Il y a encore mon engagement au Lycée Ermesinde de Mersch mais là également, j’ai l’impression de perdre la main ! Bref, la vie d’un homme de 84 ans n’est pas facile.
samedi 5 septembre 2026
Orient-Express
Très belle émission sur Arte rapportant l'histoire de l'Orient-Express, ce train de légende qui traverse l'Europe pour aller à Constantinople. On y voit les images de ces wagons-lits très luxueux, de ces voitures restaurants où les voyageurs venaient se restaurer grâce à la cuisine de chefs célèbres qui œuvraient dans des cuisines minuscules grâce à des ravitaillements qui se faisaient tout au long du trajet. Mais, aujourd'hui, c'était aussi l'anniversaire de Henryque à qui nous avons offert de magnifique chaussures Timberland de couleur verte. À vrai dire, très élégantes. Ce matin Henryque et Charlotte nous ont invité à un brunch délicieux que nous ne connaissions pas. Ambiance brésilienne remarquable de par son efficacité joyeuse.
vendredi 4 septembre 2026
Maigret
Je termine le roman de Simenon. Celui qui, en 1929, a vu naître le commissaire Maigret. Ce premier roman qui campe le personnage de Maigret est intéressant. Le célèbre commissaire ne correspond pas vraiment à celui qu'il deviendra dans les romans ultérieurs. Il est plus nerveux, presque stressé parfois, il sera blessé par une balle, sa femme n'existe pratiquement pas et l'un de ses adjoints immédiats trouve la mort. Bien sûr, on voit poindre le rôle de sa pipe, ce calmant universel pour commissaires de police. Ce sont les indices de son évolution ultérieure !
jeudi 3 septembre 2026
Julie
J'ai téléphoné ce matin à Julie, ma filleule, la fille aînée de mon frère Patrick, pour lui souhaiter un bon anniversaire. Elle m'a appris que Patrick était à l'hôpital. Mais je ne sais pas les maux ou la maladie qui l'ont poussé à se faire soigner à l'hôpital. Je demanderai à Françoise de me dire ce qui se passe.
Aujourd'hui, j'ai reçu un livre que j'ai commandé sur internet. Il s'agit du livre de Simenon, Pietr-le-Letton, première publication en 1977, c'est le roman qui fait apparaître le commissaire Maigret dans la littérature.
mercredi 2 septembre 2026
Academia
Academia est un site qui vous renseigne sur l'écho que vous avez dans la communauté des enseignants et des chercheurs de votre domaine d'étude et de recherche. J'y ai été abonné pendant des années et maintenant les responsables du site me demandent si je veux renouveler mon abonnement. J'y ai réfléchi. C'est vrai que cela m'a fait parfois plaisir de voir que certains de mes articles étaient encore lus par des gens (rares) mais disséminés un peu partout dans le monde. Ma notoriété académique est vraiment très limitée mais elle a pu exister pendant quelque temps. En fait, je crois que je vais renoncer à cet abonnement qui ne sert plus à rien et qui coûte assez cher. Donc, adieu Academia !
mardi 1 septembre 2026
Cœurs
C’est maintenant Isabel qui a ressenti des pincements à son cœur. Elle est allée aux urgences et ils sont en train de faire les examens nécessaires pour avoir un diagnostic. Décidément, nos cœurs sont peut être en train de flancher. Quant à moi le service public de santé portugais me donné rendez-vous pou le 8 octobre prochain. D’ici là j’espère que j’aurai une réponse (positive) de la MGEN et que je pourrai subir mes opérations dans le privé.
dimanche 30 août 2026
Livraria Inquieta
C'était aujourd'hui le jour de la rentrée pour le groupe de lecteurs animé par Benjamin Audrey à la Livraria Inquieta , rua de Campolide. Nous étions cinq hommes et quatre femmes. C'est rare que dans ce genre de groupe, il y ait plus d'hommes que de femmes. Les présentations de livres étaient vraiment intéressantes : L'âge de détruire de Pauline Peyrade, Paris-Bresse de Tanguy Viel, Kennedy et moi de Jean-Paul Dubois, Peste noire de Patrick Boucheron, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee, Les hauts de Hurlevent d'Emily Bronte, Les yeux qu'on ferme de Thana Nanou, Rosie Carpe de Marie Ndiaye, Le jardin d'acclimatation de Yves Navarre, Les âmes grises de Philippe Claudel, etc. Quant à moi, j'ai dit quelques mots sur Roberto Bolaño et sur Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome, livre que j'ai beaucoup aimé.
samedi 29 août 2026
Avisa
C'est notre grande amie iranienne qui, aujourd'hui, avait cinquante ans et qui, avec son mari Alimo, recevait une trentaine d'amis, dont nous quatre : Isabel, Henyque, Charlotte et moi-même, pour une garden party fantastique : champagne et buffet très riche en amuse-gueules iraniens, bref, Un après-midi absolument parfait.
jeudi 27 août 2026
Patience
Je n'ai toujours pas de réponse de la MGEN. Donc je ne sais toujours pas quand on installera des stents dans mes coronaires. J'aimerais que cela ne tarde pas trop. Mais il faut être patient avec les administrations.
mardi 25 août 2026
Femmes
Je continue ma lecture de Bolaño. C'est parfois éprouvant, en particulier cette troisième partie, "la partie des crimes", qui recense tous les assassinats de femmes qui se sont produits pendant plusieurs années à Santa Teresa, une ville mexicaine juste après la frontière avec les États Unis, des centaines de crimes restés impunis. À chaque fois, l'auteur détaille les circonstances de la découverte des cadavres, il décrit les corps, les blessures que ces corps portent, les vêtements des victimes, les outrages sexuels qu'elles ont subis, la manière dont les policiers entament les enquêtes qui restent sans solution pour la plupart, bref c'est une longue litanie du calvaire enduré par les jeunes femmes mexicaines de la région. Comme ça n'arrête pas, c'est, comme je l'ai dit plus haut, assez éprouvant.
lundi 24 août 2026
Canard réfractaire
Excellent commentaire du Canard réfractaire sur la performance de Glucksmann à TF1, soulignant le vide de cette présentation à laquelle il est vraiment difficile de croire. Glucksmann, ça sonne creux du début à la fin. Lui-même n'a pas l'air d'y croire. Certains le comparent à Manuel Walls. En plus mou. Mais pas moins con !
samedi 22 août 2026
Amphis LFI
J'ai écouté attentivement l'interview de Mathieu Pigasse par Emmanuel Bompard dans le cadre des amphis de la France insoumise. L'interview portait notamment sur le déficit de la France, la dette, bref, la situation économique et financière, désastreuse selon les médias main stream, de la France. Ce fut vraiment intéressant de découvrir les idées de ce "milliardaire de gauche" qui a démystifié les alarmes pathétiques de la droite. Pigasse était également très intéressant sur la situation médiatique du pays avec cette espèce de monopole de la droite sur les journaux, la radio et la télé. J'ai trouvé que ce que disait cet homme était très encourageant pour la gauche.
vendredi 21 août 2026
Devis
J'ai envoyé à la MGEN le devis que nous a préparé l'Hospital da Luz pour les opérations que je devrai subir prochainement (mise en place de deux stents dans mes coronaires + d'autres choses que je n'ai pas retenues). L'ensemble se chiffre à environ 15000 euros. Je ne sais pas si la MGEN va accepter ce devis. En principe, oui. Mais comme c'est une grosse somme, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Je suis déjà en train de prendre les médicaments qui doivent me préparer à ces opérations qui devraient avoir lieu dans un proche avenir.
jeudi 20 août 2026
Assassinats
J'ai terminé "La partie de Fate" et je viens de commencé la quatrième partie qui s'intitule "La partie des crimes" et qui témoigne de l'assassinat des femmes à Santa Teresa au Mexique. C'est assez pénible à lire non pas en raison du style qui est très lisible mais plutôt en raison du contenu des histoires qui sont racontées sans complaisance par Roberto Bolaño.
mercredi 19 août 2026
Bolaño
Je me suis replongé dans le gros livre de Roberto Bolaño, 2666, Christian Bourgois, 2008. Ce roman est divisé en cinq parties/ J'avais déjà lu "La partie des critiques" et "La partie d'Amalfitano". J'ai entamé "La partie de Fate" et je l'ai presque finie, ce qui me laisse penser que je viendrai bientôt à bout de ces 1025 pages qui, parfois, sont un peu austères. Mais la partie que je lis actuellement est vraiment passionnante.
mardi 18 août 2026
Alcool
Je viens de terminer L'effondrement d'Édouard Louis. Dans la description qu'il fait de l'effondrement de son frère, tué par l'alcool et par les humiliations constantes de son père dans l'enfance, oui, j'ai reconnu beaucoup de traits qui ont marqué la vie de mon propre frère qui, même si, en raison sans doute d'une origine bourgeoise, a été moins violent que le frère aîné de Louis. Mais ce lent pourrissement de tout ce qui fait de la vie un truc intéressant à vivre a été le même chez mon propre frère aîné et je crains que mon plus jeune frère ne suive une voie analogue. Ce livre est d'une grande tristesse, surtout à cause de cette sorte d'indifférence que l'auteur a fini par ressentir pour son aîné.
lundi 17 août 2026
Louis
À la FNAC aujourd'hui, j'ai acheté L'effondrement d'Édouard Louis. Le thème de ce livre m'intéresse parce que, semble-t-il, il s'agit de l'expérience que l'auteur a faite de l'effondrement de son frère. Comme j'ai eu le malheur de faire une expérience analogue avec mon propre frère, je suis curieux de voir comment Édouard Louis s'en tire pour raconter ça. Mais, il ne s'agit pas pour moi, de me lancer dans l'écriture de l'expérience que j'ai vécue. En août 2015, j'avais lu En finir avec Eddy Bellegueule que j'avais bien aimé.
samedi 15 août 2026
Feher
Je viens de terminer le livre de Michel Feher, Redevenir juif. La fin d'un pacte de blanchiment réciproque, La Découverte 2026. J'ai trouvé ce livre très intéressant où j'ai retrouvé cette idée d'une judéité profondément liée à l'expérience de la diaspora, idée que mon ami Jean-Marc avait exprimée lors de l'une de nos dernières rencontres. Certains passages du livre m'ont fait penser à ce que j'écrivais moi-même dans mon essai Hommes et langues du Tiers-Monde, à propos de l'identité du scientifique : "C'est dans un tel contexte qu'il faut comprendre les ressorts individuels[1] de ce que nous avons appelé la créativité scientifique. Celle-ci n'est-elle pas liée à l'expérience que font certains hommes d'une profonde incertitude concernant leur propre identité familiale ou culturelle ? Et ce serait bien en cherchant à se connaître lui-même, à se définir indépendamment de ce que sa culture lui enseignerait à ce propos, que le scientifique serait amené à rencontrer certains aspects de la réalité, inaperçus auparavant et qui font singulièrement écho à ses pensées, apparemment en dehors de toute codification préétablie pour structurer les rapports sociaux à l'intérieur desquels il se sentirait comme perdu."
[1] La référence individuelle qui est évoquée ici ne vise pas à rendre compte des « causes » de la créativité scientifique. Elle fonctionne socialement pour identifier ces « causes » et renvoie de ce fait à ce qui est considéré comme une «explication» socialement acceptable du progrès des sciences et des techniques dans les pays développés. [Note de 1993]
vendredi 14 août 2026
Ferrari
Le sermon sur la chute de Rome, Actes Sud, 2012. Ce roman de Jérôme Ferrari me change du monde un peu étroit de Foenkinos. Il a eu le prix Goncourt en 2012 et ça se comprend parce qu'il s'agit d'une écriture merveilleuse. L'intrigue est très mince : tout se passe autour d'un bar de village corse qui sert de base à la construction d'un monde qui, bien entendu, va s'effondrer, comme toutes les constructions humaines. Ce roman n'est pas d'une lecture très facile mais dès qu'on s'accroche on est emporté par un rythme et un style qui ne vous lâche plus, on se sent comme pris par les eaux d'une rivière sauvage.
jeudi 13 août 2026
Foenkinos
De son prénom David, auteur du roman que m’a offert Fianna quand elle est venue nous rendre visite à Lisbonne. Je suis en train de finir cet ouvrage que j’ai trouvé très médiocre. J’avais déjà lu des textes de cet auteur que, décidément, je n’aime pas. En 2014, j’ai lu son livre Charlotte, qui retrace l’histoire d’une juive pendant l’occupation, dans le Sud de la France. J’avais bien aimé ce livre qui relate une histoire vraie. Mais La vie heureuse, NRF, 2024, ne déroge pas à mon évaluation négative de cet auteur. L’écriture n’a aucun rythme, l’histoire est niaise, bref, ce n’est pas un livre que je recommanderais à mes amis. Fabien et Fianna l’ont apprécié. Je ne comprends ce qu’ils ont aimé dans ce texte insipide. Il faudra qu’ils m’expliquent !
mercredi 12 août 2026
Bartov
Israël, une course vers l'abîme, d'Omer Bartov, publié au Seuil en 2026. C'est le livre dont Fabien m'a fait cadeau quand il est arrivé à Lisbonne. Je viens de le terminer. Le livre est passionnant par la mesure des propos qu'il tient sur un thème qui peut facilement déclencher des positions extrémistes. Pour sûr, le génocide en cours laissera des traces durables aussi bien en Israël qu'ailleurs. L'idée d'une confédération dans une sorte d'État bi-national semble être l'une des seules solutions envisageables mais, combien d'obstacles faudra-t-il surmonter pour en arriver là ?
mardi 11 août 2026
Noël en vue...
Fabien et Fianna sont partis ce matin, en train, pour Porto. Ainsi s'est clos leur bref séjour à Lisbonne. J'ai proposé que, cette année, la famille revienne à Lisbonne pour passer les fêtes de Noël (et de Nouvel An pour certains). Bien sûr il faudra caser la plupart des membres de la famille dans des AirBnB à proximité (Fabien en a déjà trouvé deux dans notre rue, qu'il a réservés pour Noël). Mais il en faudra peut-être plus. Nous pourrons loger quatre ou cinq personnes dans mon bureau et celui d'Isabel. En tout cas cela s'annonce bien car plusieurs membres de la famille ont souscrit avec enthousiasme à cette proposition. Je m'en réjouis, bien entendu.
lundi 10 août 2026
MAAT
Hier, nous sommes allés déjeuner au MAAT, ce musée dont l'architecture est si intéressante et esthétiquement si réussie, au bord du Tage, avec vue sur le pont du 25 avril. Le restaurant de ce musée est assez bon mais il faut attendre longtemps. Fabien et Fianna sont allés voir l'expo des oiseaux pinçant des guitares électriques et cela leur a beaucoup plu. Au cours de ce déjeuner, nous avons décidé de proposer à la famille de passer Noël chez nous, à Lisbonne. Cette proposition semble avoir été bien accueillie par l'ensemble des membres de la famille. Ce sera la deuxième fois depuis Noël 2019 dans un immeuble qui n'était pas encore tout à fait fini. Cette fois-ci, nous serons prêts à recevoir tout le monde pour les repas de Noël mais nos invités devront se trouver des AirBandB à proximité pour passer les nuits.
samedi 8 août 2026
Cogumelos
Aujourd'hui à midi, nous sommes allés déjeuner au restaurant Santa Clara dos Cogumelos, où tous les plats du menu sont à base champignons. Fabien était ravi et Fianna a trouvé l'endroit très sympathique. Je n'avais plus été là-bas depuis quelque temps et le patron, italien, m'a chaleureusement serré la main en me demandant de mes nouvelles. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup même si je ne le connais pas très bien.
vendredi 7 août 2026
Infarctus
Au cours de l'échographie de mon cœur, mon médecin d'origine indienne a remarqué que j'avais dû avoir un infarctus. La cicatrice de cet événement est claire et nette. Quand a-t-il eu lieu ? Était-ce récemment ? En tout cas je n'ai rien senti. Peut-être cela s'est-il produit pendant l'opération que j'ai subie au ventre ?!
jeudi 6 août 2026
Cœur
Voilà ! Je viens de passer plusieurs examens destinés à vérifier l’état de santé de mon cœur ! J’ai marché sur un tapis roulant dont la pente augmentait petit à petit. À la fin, j’étais vraiment fatigué et même un peu dizzy. Je suis arrivé à l’hôpital à 10h30 et il est maintenant 14h00. Au cours de l’un des examens j’ai reçu un coup de fil de mon ami Marc. Cela faisait longtemps que je n’avais plus de contact avec lui. Il m’a raconté le petit accident au cours duquel il s’est fracturé la cheville. Il était seul dans son appartement. Il a réussi à appeler le 115 et une ambulance est venue le secourir au Bour d’un quart d’heure. Il était étonné de l’efficacité des services de secours. À part ça, il a toujours très mal au bout des doigts ce qui fait qu’il ne peut plus se servir de son ordinateur. Rien que de frapper les touches est devenu impossible. Il me semble qu’il y a une possibilité de commandes vocales. Il faut que je lui en parle lors de notre prochain contact.
Hier soir j’ai lu rapidement un petit roman d’Amélie Nothomb. Certainement partiellement autobiographique. Elle y décrit comment une petite fille de huit ans se découvre une vocation pour la danse. Les émotions qui accompagnent ses premiers pas de danse sont décrites avec beaucoup de justesse.
mercredi 5 août 2026
Pasolini
Je viens de terminer ce petit texte de Pasolini, L’odeur de l’Inde, Denoël/Folio, 1984. Un texte qui raconte le voyage en Inde de Pasolini avec Moravia. J’ai beaucoup aimé cette écriture très simple qui nous fait sentir toutes les contradictions douces de cet immense pays. Le livre m’a été donné hier par Benjamin, l’animateur du groupe de lecteurs de la Livraria Inquieta. Demain, je retourne à l’Hôpital da Luz où je vais subir un long examen du cœur pour être sûr que rien de grave ne s’annonce.
lundi 3 août 2026
Luz
J’ai vu cet après -midi, le mèdecin cardiologue qui m’avait été recommandé par celui qui nous a fait faux bond, vendredi dernier. C’est un médecin d’origine indienne, manifestement. Il a été très rassurant en ce qui concerne mon cœur. Il m’a prescrit d’autres examens pour être bien sûr qu’il n’y a rien de grave ou d’urgent.
dimanche 2 août 2026
Teste
Hier soir, je me suis replongé dans l'un des premiers textes de Paul Valéry, Monsieur Teste, livre qui m'avait passionné quand j'avais 17 ans et que je redécouvre avec plaisir et un certain étonnement : comment ai-je pu à 17 ans me passionner pour ce texte ?
samedi 1 août 2026
Juliana
Hier soir, comme chaque été, nous avons reçu Juliana et Carlos à dîner sur la terrasse avec, au menu, une soupe délicieuse d'avocats suivie d'un ceviche au lait de tigre excellent. Avant le dîner, j'ai un peu parlé avec Juliana qui a préparé son doctorat avec moi quand j'étais à Paris 7. Nous discutions de choses et d'autres quand, au détour d'un sujet sur les hommes et les femmes, elle me déclare :"Les hommes ne mûrissent pas." Autrement dit ils restent immatures toute leur vie, ce sont d'éternels gamins qui ne réfléchissent guère aux conséquences de leurs actes. Je comprends fort bien ce jugement et je trouve qu'il y a beaucoup de vrai là-dedans. Il y a une différence énorme entre les hommes et les femmes sur ce plan là. Serait-ce la maternité qui fait la différence ?
vendredi 31 juillet 2026
Report
Nous étions à l’hôpital de Santa Cruz à 9h30 précises pour nôtre rendez-vous avec un cardiologue, ami de notre amie Paula Duque. Nous patientons. Vers 13 heures Isabel va s’informer. Elle apprend que notre médecin a une otite très douloureuse et qu’il est parti pour attraper son avion pour partir en vacances. Apparemment il nous avait oublié mais la secrétaire a réussi à l’avoir au téléphone et Isabel a pu lui parler. Elle lui a dit que j’avais deux coronaires bouchées à 70/75%. Le médecin n’a pas qualifié mon état d’urgent. Il nous renvoie à un de ses collègues du privé, ce qui ne nous arrange pas vraiment. Bon ! Tout est reporté à plus tard.
jeudi 30 juillet 2026
Terrasse
Les travaux sur notre terrasse semblent toucher à leur fin. Un certain nombre de nos plantes ont été replantées mais je ne suis pas sûr qu'elles survivront toutes à cette période pendant laquelle elles étaient hors sol. En tout cas l'étanchéité de nos bacs à fleurs sera apparemment garantie. Daniel, qui a conçu le système, est un travailleur remarquable : réfléchi et efficace.
À 16h30, je suis allé me promener. J'ai marché pendant environ une heure avec deux arrêts, le premier pour boire de l'eau et le second pour manger une glace de chez Mu. Ce n'est pas beaucoup. Je devrais faire le double tous les jours. L'essentiel c'est que ça devienne régulier, ce qui n'est pas évident.
mercredi 29 juillet 2026
Prise de sang
Ce matin, à jeun, prise de sang pour vérifier mon cholestérol et tous les autres ingrédients qui doivent témoigner de t'état de santé de mon corps. En fait, j'en ai un peu marre d'être en permanence sollicité par mon corps. Bon ! Vendredi, je vois le cardiologue. Les stents approchent. Aujourd'hui j'ai fait environ 4000 pas. Pas mal ! En plus, au moins la moitié de ces pas ont été effectués en montée assez raide, ce qui ne rend pas les promenades aussi aisées qu'on pourrait le croire à Lisbonne.
mardi 28 juillet 2026
Stents
L'examen de mon cœur n'est pas totalement rassurant. J'ai trois coronaires bouchées à 70%. C'est beaucoup. Il faudra donc m'implanter environ trois stents pour que mon sang puisse continuer à circuler dans mon corps jusqu'à 100 ans ! La perspective de ces soins ne m'enchante pas mais il le faut si je veux continuer à vivre. Le veux-je ? Oui, je ne tiens pas à mourir dans un proche avenir. J'ai encore quelques projets à réaliser. Et puis... tous ces livres que je veux encore écrire...
lundi 27 juillet 2026
Changer notre conscience
J'ai relu L'Homme de Londres de Simenon mais j'ai été déçu. La fin a éé bâclée. C'est souvent le cas avec les polars, malheureusement.
J'ai reçu des messages de René, avec qui je veux retravailler mon projet d'initiation au relativisme linguistique. L'objectif de mon texte initial était de modifier la conscience que nous, occidentaux, avons des pays du Tiers Monde qu'on appelle aujourd'hui le "Sud global" ! Je voulais atteindre cet objectif par le biais des langues, c'est-à-dire cette caractéristique universelle chez les humains : la faculté de langage. L'enjeu est : voulons-nous que l'avenir soit marqué par une vraie solidarité entre tous les humains, ou bien souhaitons-nous que l'humanité se déchire et que les humains s'entretuent dans ces guerres innombrables qui ont commencé à remplir notre actualité ?
dimanche 26 juillet 2026
Progrès
Hier, j'ai marché plus que d'habitude. J'ai fait 4245 pas, sans avoir besoin de m'assoir toutes les cinq minutes. Et en soirée, quand nous sommes allés au cinéma, j'ai même oublié ma canne. Ainsi, je m'aperçois que je progresse.
samedi 25 juillet 2026
Invitation
Ce soir, nous sommes allés voir L'invitation, un film très intéressant sur le couple, les non-dits, l'agressivité, la vie sexuelle, etc. Film américain, plein d'humour, une vraie pièce de théâtre comme le disait Lucia juste après le film. Nous sommes ensuite allés manger au 7ème étage du magasin Cortès Ingles.
vendredi 24 juillet 2026
Polar
En fait, pour me redonner le goût de la lecture, il me faudrait un bon polar. Je vais voir s'il me serait possible d'en commander un sur Amazon.
En fait, je suis aller voir sur mon Kindle s'il y avait des polars que je n'avais pas encore lus. Je suis tombé sur L'homme de Londres de Simenon. Je l'ai lu il y a quelque temps mais je m'y suis remis avec beaucoup de plaisir. Je reconnaissais l'histoire au fur et à mesure que je la redécouvrais comme si elle m'était inconnue. C'est un sentiment assez étrange dont j'ai fait l'expérience au cours d'un voyage qui m'avait fait revenir au Belize, plusieurs années après l'avoir quitté. Je me promène dans les rues d'El Cayo, pas loin de la frontière avec le Guatemala à l'Ouest de Belize. Je suis mes pas. Ceux-ci me portent vers les endroits que je fréquentais sans que j'aie besoin de reconnaître les maisons. Celles-ci avaient bien changé d'apparence d'ailleurs. Mais c'est le mouvement de ma marche qui, comme le mouvement de ma lecture, me fait reconnaître les choses dont je n'ai pas conscience de les avoir connues.
jeudi 23 juillet 2026
Epiphyllum chrysocardium
Les ratés du corps
Toujours préoccupé par les ratés de mon corps et de ma santé. Cela n'arrête plus. Je ne sais plus quoi faire. Je suis maintenant de nouveau paralysé par une diarrhée éprouvante et épouvantable. Samedi je vais à l'hôpital pour un examen de mon cœur mais pour l'instant ce sont mes tripes qui déconnent.
mercredi 22 juillet 2026
Lipome
C'est aujourd'hui qu'Isabel se fait charcuter pour lui enlever cette bosse graisseuse que je lui ai découverte dans le dos. Elle sera opérée ce soir à l'hôpital CUF Tejo, un hôpital construit récemment et dont j'admire l'architecture chaque fois que je passe devant. Ce n'est pas une opération très grave mais toutes les opérations sont sérieuses. Il ne faut pas les prendre à la légère.
mardi 21 juillet 2026
Fils
Elle (l'infirmière du Centre de Santé) m' a enlevé les fils. Cela ne veut pas dire que la peau de mon ventre est redevenue comme celle d'un bébé, une longue cicatrice me rappellera pour toujours ce mois de juin 2026 qui m'a vu aux soins intensifs et au bord de la mort. Il faut maintenant que je reprenne goût à la vie. Pas facile, tant ma conviction que j'allais mourir m'a détaché de tout. Il faut dire que le silence soudain de Luxembourg n'a pas aidé. Je me demande même comment je vais pouvoir faire la conférence dans le cadre des salons d'Isabel sur le modèle Ermesinde. Il me faut réapprendre ce qui m'intéressait tant dans la collaboration que j'avais avec ce lycée.
lundi 20 juillet 2026
Marcher
Je suis descendu en ville ce matin avec Isabel. J'ai marché assez facilement et je n'ai eu besoin de m'asseoir qu'une seule fois à la suite d'une montée un peu raide. J'ai l'impression que ça va mieux. Nous sommes allés manger à Honest Green, une chaîne brésilienne qui offre des assiettes composées délicieuses avec une grande variété de légumes et de fruits.
dimanche 19 juillet 2026
Piñata
samedi 18 juillet 2026
Toro ?
Hier soir, après mon rendez-vous avec le médecin de l'hôpital où j'ai subi mon opération, ce médecin était très sympathique, c'est elle qui m'a dit que l'épreuve des soins intensifs a bien failli avoir une issue fatale, ce que je sentais quand je suis passé par cette épreuve, j'étais sûr que j'étais en train de mourir, donc après ce rendez-vous plutôt rassurant, nous sommes allés dans un restaurant japonais pour le dîner d'anniversaire de Charlotte. Ce fut délicieux. Je crois même que j'ai un peu trop mangé. J'avais pris des sashimis de thon et de toro, ces derniers étant censés être meilleurs et plus chers que le thon naturel, ce qui n'est pas mon avis. J'ai goûté à nouveau au vin, blanc assez fruité en l'occurrence, ce que je n'avais plus fait depuis plus d'un mois, en fait depuis le mariage de Charlotte et Henryque où il y avait de l'excellent champagne portugais.
vendredi 17 juillet 2026
25 ans
C'est aujourd'hui l'anniversaire de Charlotte. Elle a 25 ans. Un quart de siècle. La question se posait ce matin au brunch que Henryque avait organisé sur la terrasse : quelle importance donnons-nous à nos anniversaires ? Pour Charlotte, c'est très important et je pense que pour Isabel aussi, c'est important. Par contre, pour Henryque et pour Joba (le mari d'Elsa) c'est peu important et je dirais volontiers la même chose même si, comme mon anniversaire est une occasion pour festoyer ensemble, c'est assez agréable !
jeudi 16 juillet 2026
Makaremi
Je viens de recevoir le livre de Chowra Makaremi, Résistances affectives, La Découverte, 2025, dont j'avais lu le beau compte-rendu rédigé par Joëlle Le Marec récemment. C'est d'ailleurs ce compte-rendu qui m'a fait immédiatement commander le livre sur Amazon. Chowra Makaremi est une anthropologue iranienne qui travaille au CNRS. Aujourd'hui, j'ai reçu un coup de fil de Sasha, ma petite fille qui vit en Colombie et qui est un peu inquiète en raison de la victoire du président d'extrême droite soutenu par Trump, Abelardo de la Espriella qui veut inonder la Colombie de glyphosate et reprendre la guerre contre les groupes armés. Sasha m'a beaucoup parlé de l'iboga, une plante qui pousse au Gabon et qui a des vertus médicinales assez spectaculaires. Cette plante serait en mesure de provoquer un "reset" du cerveau. Elle permet de vaincre assez facilement n'importe quelle addiction.
mercredi 15 juillet 2026
Déprime
Je ne me sentais pas bien ce matin : nausées + vertiges, et angoissé aussi. Nous avons fait venir un médecin, une Ukrainienne, qui parlait un excellent portugais selon Isabel. Elle a pris ma tension qui, pour une fois, était plutôt normale. Elle m'a prescrit un médicament contre les nausées. Mais je ne me sens toujours pas très bien. En fait, je m'aperçois que je suis assez déprimé par tout ce qui se passe autour de moi. L'actualité politique qui est catastrophique, le silence de Jeannot, mon corps qui se détraque de plus en plus...
mardi 14 juillet 2026
Le quotidien
Au Centre de santé, mon infirmière habituelle a regardé ma plaie et observé le processus de cicatrisation qui se poursuit. Elle m'a enlevé quelques agrafes mais n'a pas touché aux points de suture. Elle m'a refait mon pansement et voilà. Nous sommes allés manger vietnamien, pour moi, des rouleaux de printemps avec des crevettes et une soupe très visqueuse mais délicieuse. De retour chez nous, je me repose un peu avant de poursuivre mes activités : et surtout, la reprise avec René du document HLTM en vue d'une publication. Entre les contraintes auxquelles m'oblige ma santé déclinante, l'apprentissage du Portugais, et mes petites tâches quotidiennes comme de donner à manger aux chats, j'ai l'impression d'être surchargé. Je ne le suis pas bien sûr mais, à mon âge, tout est un peu plus lent.
lundi 13 juillet 2026
Parole de généraliste
Je suis revenu de chez le médecin généraliste qui avait diagnostiqué mon premier cancer en 2013. Nous lui avons raconté les différents épisodes de mon parcours à partir du 24 mai. Il s'est dit surpris de me voir vivant et même souriant. Mes aventures hospitalières au Portugal auraient dû avoir raison de moi. Bon ! demain, je retourne au Centre de santé pour me faire panser à nouveau. On doit avoir l'autorisation de l'hôpital pour m'enlever les points de sutures et les agrafes qui ferment désormais mon ventre.
Boursier-Mougenot
dimanche 12 juillet 2026
Pedro
La petite conférence de Pedro, vendredi dernier, sur l'histoire des droits d'auteur dans le cadre des salons du Contrefort était superbe : intéressante, bien documentée, bien illustrée et dans un portugais que je comprenais relativement bien. Ce fut un grand moment. Nous avons vu arriver de nouveaux invités qui ont promis qu'ils reviendraient. Nous étions une trentaine vendredi soir et la conférence de Pedro a duré environ une heure et demi. Prochain salon en septembre. Ce sera peut-être moi avec une conférence en français sur l'éducation. Le titre pourrait être "L'école devient-elle absurde ?" C'est dommage que Jeannot ne donne plus aucun signe de vie.
vendredi 10 juillet 2026
Oubli
J'ai complètement oublié mon rendez-vous d'hier après-midi avec le groupe de lecteurs de l'Institut français du Portugal. Pourtant, j'avais plusieurs livres à rendre à Joana et un autre à Jean-Luc. Je le regrette d'autant plus que cette réunion aurait peut-être relancé ma soif de lectures. On ne sait jamais.
jeudi 9 juillet 2026
Jachère
J'ai mis mon cerveau en jachère, neurones au repos. Et pourtant j'ai plusieurs projets en cours. Je veux revenir avec René sur le texte HLTM, pour l'actualiser et le rendre publiable. Mais quand je reprends le texte pour le modifier, la tâche me semble trop grande et je baisse un peu les bras. Et puis il y a ma collaboration avec Jeannot qui est en rade depuis longtemps maintenant. En outre, et c'est ce qui me chagrine le plus, je n'éprouve pas de goût pour la lecture. Je crois que ça passera mais, pour l'instant, je suis un peu désanimé. J'essaye de me supporter avec ce ventre encore un peu gonflé et fragile. Pas facile ! Et l'affaire du détournement de fonds publics par Marine Le Pen, sa double condamnation et son intention de se présenter à la présidentielle, tout est là pour nous rendre triste et désemparé devant tant de corruption au plus haut niveau de l'État.
mercredi 8 juillet 2026
Quel monde !
Je trouve incroyable qu'il puisse y avoir des gens capables d'accepter la candidature de Marine Le Pen, délinquante condamnée pour avoir volé plusieurs millions d'argent public, à la présidence de la République. Nous vivons dans un monde où toutes les limites de la décence la plus élémentaire sont allègrement franchies par les gens au pouvoir. Peut-être s'agit-il d'une contamination trumpienne ? À force de voir et d'entendre le guignol de la Maison Blanche s'affranchir de toutes les règles, on se demande si ce n'est pas normal, si le monde n'a pas effectivement changé pour devenir un monde sans foi ni loi, un monde perdu et qui pourtant revendique d'être un monde religieux, évangélique. Même la religion n'empêche plus aucun mensonge, aucune tricherie.
mardi 7 juillet 2026
Marine Le Pen
Voilà ! Elle a décidé de se présenter à l'élection présidentielle de 2027. Elle a détourné de l'argent public, elle a été condamnée, mais elle se présente. Mais comment est-ce possible ? Et, si l'on en croit les médias main stream cela ne dérange guère les électeurs du RN. La France est devenue un pays corrompu dont la population accepte de se faire gouverner par des gens malhonnêtes. Je comprends l'indignation de François Ruffin que j'ai entendu déplorer cette situation.
Cicatrice
Demain, on m'enlève les fils et agrafes qui ont servi à me recoudre le ventre après l'opération. Cela va me laisser une cicatrice analogue à celle que, jadis, les femmes pouvaient avoir après une césarienne qui se faisait de bas en haut plutôt que de gauche à droite comme cela se fait aujourd'hui pour rendre les cicatrices moins visibles. Cet après-midi, j'ai eu la visite de Jérôme, mon voisin et ami corniste, dont j'apprécie l'extrême gentillesse.
Il y a eu inversion de mes posts. Celui-ci date du 6 juillet mais j'avais oublié de cliquer sur "publier". Celui intitulé 2500 est d'aujourd'hui 7 juillet.
2500
C'est le nombre de pas que j'ai faits aujourd'hui. D'abord au centre de santé où, contrairement à ce que je pensais, on ne m'a pas enlevé les fils et les agrafes qui ornent actuellement mon ventre de haut en bas. Ensuite à Amoreiras, un centre commercial où nous avons fait quelques courses : des myrtilles, des framboises, des jus de fruit, du yaourt de brebis. C'est là que nous avons mangé à midi. Ensuite nous sommes allés d'un garage à l'autre pour diagnostiquer un problème de la voiture. Tout ça, dans une chaleur très étouffante. Bref, la vie n'est pas facile pour le moment. Et toujours aucune nouvelle de Jeannot !
dimanche 5 juillet 2026
Tranquille
Mon ventre est toujours assez gonflé. Je suis impatient de le voir revenir à la normale. J'ai passé la journée d'hier de manière assez tranquille même si je devais régulièrement manger une lamelle de gingembre pour contrer la montée des nausées.
vendredi 3 juillet 2026
Nausée
Hier, en fin d'après-midi, j'avais une réunion du conseil scientifique de l'Association Paul K Feyerabend, réunion que j'ai dû quitter très vite parce que je souffrais d'une nausée insupportable. Cette nausée s'accompagnait de crises d'angoisse très aigües. Mes yeux se fermaient à cause de la fatigue et mon angoisse était qu'ils ne s'ouvriraient plus. Mon état était tel que j'ai posé quelques questions à l'IA : comment faire cesser un état nauséeux ? La réponse ne s'est pas fait attendre : le gingembre ! Par chance nous avions au frigidaire des lamelles de gingembre confit. À peine en avais-je pris une ou deux que mon état nauséeux s'améliorait nettement. Une sorte de miracle. En plus, l'IA me recommandait de boire de l'eau, légèrement citronnée de préférence, par toute petites gorgées fréquentes. Même chose pour l'alimentation : prendre de petits encas très fréquents pendant toute la journée. Ce qui est surprenant, c'est que non seulement mon état nauséeux s'est progressivement amélioré, mais les angoisses qui l'accompagnaient se sont également calmées. Merci, l'IA !
mercredi 1 juillet 2026
Morizot
Mon ami René m'a envoyé un texte magnifique que j'ai lu avec une joie intellectuelle que je n'avais plus connue depuis longtemps. Il s'agit du petit livre de la collection Tracts (NRF) intitulé Liberté, dignité, habitabilité signé par Bernard Morizot, philosophe, et Laurent Neyret, vraisemblablement juriste, car ce livre nous fait pénétrer assez profondément dans la philosophie du Droit. C'est un texte qui propose d'introduire dans le Droit international, à côté des valeurs universellement protégées que sont la liberté (depuis les révolutions du XVIIIe siècle) et la dignité (depuis Nuremberg), cette valeur maladroitement portée par l'écologie qu'est l'habitabilité. La grande différence entre cette valeur et les grands mots de l'écologie (nature, environnement, biodiversité, etc.) c'est que l'habitabilité ne concerne pas seulement les êtres humains, mais aussi et surtout elle met l'accent sur les conditions de vie de tous les êtres vivants. Ce n'est pas comme le concept d'environnement qui nous désigne ce qui est autour de nous et qui donc n'a pas la pertinence d'une exigence propre à la vie même. Merci infiniment, René pour la joie que m'a procuré ce texte magnifique, un peu aride per endroits, mais tellement juste.
mardi 30 juin 2026
10 kg...
... perdus en trois ou quatre semaines. D'après l'IA, c'est beaucoup. Trop. En effet, j'ai interrogé l'IA sur mon cas et les réponses que j'ai reçues étaient un peu inquiétantes au début, puis plutôt rassurantes au fur et à mesure que je donnais les informations qu'elle requérait pour compléter son diagnostic. En tout cas, elle préconise une consultation rapide avec mon médecin généraliste, pour faire le point. Ma perte de poids s'explique partiellement par le jeûne qui m'a été imposé aux soins intensifs, puis par mes propres réticences à manger. Cela revient tout doucement à une alimentation plus normale. Je ne mange pas le matin. Enfin, aujourd'hui, j'ai avalé trois framboises et une tomate "cœur de bœuf" avec un filet d'huile d'olive. Étrangement, je n'ai plus de goût pour le thé. Ni le café d'ailleurs. Hier à midi, au cours d'un déjeuner où j'ai mangé des pâtes aux crevettes, j'ai bu un grand verre de limonade aux herbes, glacée, non sucrée. C'est ce que je supporte le mieux. Je n'ai pas de goût pour l'eau sauf si elle est glacée. D'ailleurs j'ai actuellement des envies de glaces, le moins sucrées possible. J'ai l'impression que ça facilite la normalisation de mon fonctionnement intestinal. Comme on peut le voir, je suis à l'écoute d'un corps que je ne reconnais plus très bien. Autre élément d'information plutôt positive : j'ai repris mes leçons de portugais, interrompues en raison de mes séjours à l'hôpital. Je progresse bien. À un moment donné, les médecins n'étaient pas très optimistes sur l'évolution de mon état de santé, craignant même une issue fort indésirable. Je crois aujourd'hui que je suis en train de me remettre tout en gardant un ventre assez gonflé.
lundi 29 juin 2026
Dormir
Au cours d'une de mes nuits récentes sans sommeil, je me suis mis à retravailler le texte d'une chanson dont j'avais écrit les paroles il y a environ 50 ans et qui avait été mise en musique par mon grand ami Paul Guérin (que j'ai revu récemment chez Danièle Schlumberger).
dimanche 28 juin 2026
Football
Je ne suis pas un fan mais je regarde parfois des matchs de la coupe du monde quand soit les Français, soit les Belges, soit les Portugais, soit les Brésiliens sont impliqués. J'ai l'impression que jusqu'ici, tout va bien pour la France, le Portugal et la Belgique. Je ne sais pas pour le Brésil. Bon, le foot d'accord, mais cela ne m'a pas empêché d'aller à mon groupe de lecteurs où nous avons entendus les présentations et commentaires de plus d'une vingtaine de livres. Il y en a un qui a retenu mon attention : Lincoln in the Bardo par Georges Saunders qui était présenté par Olivier, un membre de notre groupe qui est, semble-t--il, chercheur à Champalimo, un centre de recherches en neurosciences et sur le cancer. Je vais lire ce livre en anglais.
samedi 27 juin 2026
Jumelles
C'est aujourd'hui qu'Isabel et moi, allons nous acheter une paire de bonnes jumelles pour célébrer nos 25 ans de mariage. Je serai en fauteuil roulant car je suis encore un peu fragile sur mes jambes et je ne peux guère marcher très longtemps, surtout dans un Decathlon portugais.
vendredi 26 juin 2026
Négociations
Je suis enfin sorti de l'hôpital mais ça n'a pas été chose aisée. Il a fallu négocier ferme parce que le médecin de service ne voulait pas me laisser sortir sous prétexte d'un problème de cœur "sérieux" nécessitant de toute urgence, c'est-à-dire dès lundi au plus tôt, un électrocardiogramme. Il voulait donc que je reste à l'hôpital pendant tout le week-end pour faire un électrocardiogramme lundi dans l'après-midi. Le médecin ne voulait vraiment pas me laisser sortir. J'ai dû utiliser toutes mes armes rhétoriques pour réussir. J'ai même utilisé pour la première et dernière fois (j'espère) de ma vie un argument d'autorité. Devant le scepticisme dont il témoignait quant à ma compréhension profonde des risques encourus, je lui ai sorti que j'étais prof de philosophie des sciences à l'Université de Paris (je n'ai quand même pas été jusqu'à évoquer le mot Sorbonne qui impressionne toujours) et qu'il pouvait être sûr que c'est en toute "pleine conscience" que je voulais qu'il signe mon papier de sortie. Je me sentais comme un élève de troisième qui demande une autorisation de sortie au surveillant général dont l'air sévère était censé impressionner n'importe quel élève. Finalement il m'a signé mon papier non sans me faire signer une décharge au cas où... Bref nous sommes restés quatre heures dans cet hôpital en raison de la réticence d'un médecin qui jouait de son petit pouvoir pour m'humilier.