Entre 1950 et 1957, nous passions nos vacances en famille à Stinval. Nous étions dix —huit enfants + les parents— à nous entasser dans la Dodge 1936 décapotable de couleur verte que Papa avait achetée de seconde main en Belgique. Je me souviens très bien du cuir rouge des banquettes arrière où nous étions 6 enfants à se chamailler pendant un voyage qui durait environ 7 heures. Nous passions par Luxembourg et Arlon, première ville belge, où nous achetions des gaufres, des gosettes fourrées à la rhubarbe, un sachet de cuberdons à se partager… On piqueniquait dans la voiture. Nous parcourions les derniers kilomètres au crépuscule. Il faisait de plus en plus sombre et je me souviens de mon soulagement quand nous abordions l’un des derniers virages devant l’enseigne lumineuse au néon vert du Relais Fleuri. Il y avait ensuite une scierie, puis, une petite descente vers l’immense maison dont Maman hériterait bientôt. Nous entrions alors dans la propriété de notre tante Zouzou, la sœur de notre grand-mère maternelle, qui nous attendait dans son salon dont les hautes baies vitrées donnaient sur la cour. Tante Zouzou guettait notre arrivée. Je la voyais à travers la fenêtre, à demi éclairée par un abat-jour ancien, se lever pour nous accueillir. C’était une petite femme énergique qui nous embrassait les uns après les autres en nous pressant d’entrer pour nous servir le dîner. Celui-ci se passait dans l’immense cuisine ancienne aux murs de laquelle était suspendue une magnifique collection de casseroles, moules à gâteaux, bassines de toutes tailles en cuivre rouge. Après le repas nous allions nous coucher. Je montais des escaliers étroits et sombres jusqu’à l’une des mansardes où m’attendait un grand lit sur lequel un édredon bien épais me garantissait un sommeil plein de rêves. Au petit matin, je descendais voir les poules qui picoraient en liberté devant la maison. Un petit couloir menait à l’extérieur et dans ce couloir, après une descente de quelques marches, deux grands miroirs se faisaient face. Il m’arrivait souvent de sauter pour franchir ce double abîme. Un matin, je suis sans doute descendu un peu plus tôt, et j’ai surpris ma tante Zouzou devant l’un des miroirs, en train de peigner ses longs cheveux blancs avant de les renfermer dans un petit filet noir qu’elle gardait ensuite pendant la journée.
Cher Baudouin quel bonheur de lire tes souvenirs d'enfance !!! Je reconnais au passage des noms de lieu et de personne dont tu me parlais si souvent. Et je suis étonnée comme si cela faisait aussi partie de mes propres souvenirs tant tu en parlais à l'époque.
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