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lundi 31 juillet 2017

9ème jour

Dans l'eau bleue du ciel
Un avion nage en silence
Sans bouger la queue

Le clapotis du vent
Dans les feuilles du peuplier
Fait naviguer l'âme



Et oui ! nous avons obtenu un jour de rab, pour vider vraiment l'appartement de tout ce qu'il contenait. Hier après-midi, j'ai fait un grand vide dans mes archives. Deux exemplaires annotés de ma thèse de troisième cycle sont partis à la poubelle, ainsi que de nombreux tirés à part qui ne me servent plus à rien puisque je ne savais pas où ils se trouvaient. En fait, pour garder des archives il faut, au préalable, avoir beaucoup d'ordre et savoir exactement où se trouve quoi. Sinon, ça ne sert qu'à mettre durement à l'épreuve les nerfs de vos héritiers qui auront beaucoup de mal à comprendre le fratras que vous leur laissez. C'est donc demain que nous remettrons nos jeux de clés à la représentante du propriétaire. Pendant qu'on bouge les choses, pendant qu'on les transporte d'un endroit à un autre, on pense beaucoup. Les bras (et le dos) sont occupés, la tête peut s'activer avec mille pensées. 

En levant les yeux au ciel je m'aperçois que le spectacle que me livre ma fenêtre est assez varié : le vert des feuilles de peuplier, le bleu du ciel, le gris des nuages, le blanc des immeubles, etc... J'aimerais bien qu'un oiseau vienne discuter avec moi en se perchant sur une branche de mon peuplier. Pas facile cependant, car les branches de peuplier s'élèvent très verticalement vers le ciel. Je m'aperçois cependant que l'une des branches a un parcours pratiquement horizontal. Comment signaler cette opportunité formidable aux oiseaux du coin  ?

* * *

Le trou de mon passé, qui était comblé à ras bord par de lourdes caisses d'archives, est maintenant plein de trous, au nom de ce détricotage de ma carrière qui me fait retenir telle période plutôt que telle autre, tels documents plutôt que ceux-là, telles correspondances plutôt que ces autres qui ont été écartées, avec peine d'ailleurs. C'est fou ce qu'on peut avoir du mal à jeter des écritures manuscrites. Les documents d'ordinateur ne suscite guère cette peine. Ils s'en vont parce qu'on croit qu'ils sont ailleurs, quelque part, inscrits dans des puces numériques qu'on imagine pouvoir retrouver si l'on s'en donne la peine. 

dimanche 30 juillet 2017

8ème jour

Il faut brûler ces livres
Qui nous bourrent le cerveau
De transcendance



Ça ne finira donc jamais. En principe, nous rendons les clés de l'appartement demain, au moment de l'état des lieux. Toujours en principe, nous devrions récupérer en tout cas une bonne partie de la caution. Cela nous permettra de survivre parce que jusqu'ici, ce déménagement nous a coûté plus que nous ne l'imaginions. Mais je dois dire que nos déménageurs, tous Brésiliens, ont été remarquables d'efficacité et de gentillesse malgré la nécessité de faire des efforts physiques importants par une chaleur qui dépassait régulièrement les 30°.  Je vais passer cette journée dans l'ancien appartement où un nombre impressionnant de livres attendent d'en savoir plus sur leur sort. J'ai sacrifié beaucoup de livres d'épistémologie, de sociologie des sciences et relevant du domaine STS. Ce faisant, je ne pouvais m'empêcher de réactiver un souvenir : cela se passait à Stinval quand il a fallu que nous quittions notre maison de vacances. Il a fallu faire le vide et nous sommes tombés à un moment donné sur une immense armoire noire, bourrée de livres. Des livres religieux. Missels et catéchismes évidemment, mais aussi théologie, livres sur la foi chrétienne, l'Imitation de Jésus-Christ, etc., etc. Mon père décida de s'en débarrasser et nous fîmes un immense autodafé dans le jardin avec tous ces livres sensés nous parler de Dieu et des mystères de la foi. Même chose quand, avec mon fils, nous avons vidé la maison de Préfailles, mais là ce sont plutôt les polars en anglais qui sont partis en fumée. Bien entendu, il n 'est pas question de brûler les livres dont j'ai décidé de me séparer. Ils seront mis en vente dans une excellent librairie à Obidos. J'irai voir de temps en temps s'ils nourrissent la vie intellectuelle de nouveaux lecteurs.

samedi 29 juillet 2017

7ème jour

Si près, peuplier,
Tes feuilles et mes oreilles
Sur la même branche



Ce ne sera pas encore le jour du repos, malheureusement. J'ai passé toute la journée à trier des livres, à en écarter beaucoup pour que le reste puisse avoir une place et magré la sévérité de mes jugements, il y en a encore trop. Trop de livres, trop de choses. Les déménagements servent à cela : repartir sans cette charge d'objets, de livres et de meubles accumulés sans discernement en raison de l'espace dont on disposait dans l'ancien appartement. Il existe une sorte d'illusion étrange : on croit se séparer de son propre passé, alors qu'en réalité, on se sépare de la séparation, tout simplement.

vendredi 28 juillet 2017

6ème jour

Sens dessus dessous
Au désordre un seul remède :
Marcher au plafond



Notre chat vit dans un monde de bruits : il y a ceux qu'il connaît bien parce qu'ils se répètent chaque jour, et il y a ceux qu'il ne connaît pas et qui l'inquiètent. Dans ce nouvel appartement où nous sommes,  les premiers jours ont été très difficiles parce que son environnement sonore était tout chamboulé. Je poursuivrai cet article un peu plus tard car des tâches urgentes m'attendent.

jeudi 27 juillet 2017

5ème jour

Le ballet des phares
Qui balayent un mur de livres
Dans l'obscurité


Cinquième jour du déménagement. Nous avons rapatrié des "tonnes" de vêtements divers malgré une première fournée de dons. Il va falloir se séparer encore un peu plus de nous-mêmes, moi de ma taille 42 à laquelle je renonce, Isabel des textiles magnifiques dont elle avait hérité de sa mère. Je dois me séparer de mon passé, ou plutôt des traces de ce passé qui, à travers les archives de mon père, remonte bien avant ma naissance. Cette cinquième journée sera celle du renoncement. Nous gardons quand même beaucoup de choses. Sans doute trop. Mais voilà : comme le disait Isabel, nous attendons un tremblement de terre pour faire un deuil plus radical des choses, les choses les plus précieuses, les plus fragiles, que nous avons emballées avec un soin tout particulier. Soyons migrants. Ayons l'esprit migrant. Pas seulement parce que c'est la mode. Plutôt parce que c'est de l'humain. De la bonne matière humaine.

Coïncidence étrange (comme toutes les coïncidences, d'ailleurs), je lis dans l'Express d'aujourd'hui :



"Comme une partie de la matière avec laquelle nous avons été formés peut provenir d'autres galaxies, nous pourrions nous considérer comme des voyageurs spatiaux ou des immigrants extragalactiques", déclare Daniel Anglés-Alcázar. 
Voilà qui est bien dit.

mercredi 26 juillet 2017

4ème jour

Ah... mais c'est qu'il bouge
Ce grand échalas feuillu
Que le vent chatouille


Notre nouvel appartement prend forme tout doucement. Mais ce n'est pas fini. J'ai trié des livres hier soir encore jusque vers 23 heures, mais je crains que cela ne suffise pas. Je vais me débarrasser des Pères de l'Eglise, une collection datant du début du XIXe siècle. Il y a aussi La Vie des hommes illustres de Plutarque, en 12 volumes : cela prend une place folle alors que l'on peut avoir la même chose en un volume dans la collection Quarto de Gallimard. Bref il n'est pas facile de passer de 160 à 130 m2 surtout quand on n'y a jamais pensé auparavant. J'ai fait de grandes coupes également dans les archives de mon père. Même si je ne suis guère séduit ni par sa prose ni par sa poésie, cela me fait mal au cœur de jeter des poèmes manuscrits inédits. Ceci dit, s'ils sont restés inédits, c'est peut-être parce qu'ils étaient médiocres. En tout cas, si moi, je les ai sacrifiés c'est parce qu'ils ne me plaisaient pas. J'ai gardé ses romans. Par contre ses articles "éducatifs" sont aussi partis.

mardi 25 juillet 2017

3ème jour

Livres, livres, livres
Pleins de poussière et de bêtes,
De lumière aussi



Une troisième journée difficile s'annonce, une journée qui devra être consacrée au tri de mes livres : d'un côté ceux que je vendrai à une librairie d'occasion de Lisbonne, de l'autre, ceux que je garderai pour moi. Moments difficiles en perspective.

lundi 24 juillet 2017

2ème jour

Le chat sous le lit
Est tout désorienté
Hé, mon bac à sable

C'est fou ce qu'on peut accumuler de choses en six années de vie. Il faut dire que aussi bien moi, qu'Isabel, sommes assez conservateurs et ne jetons pas facilement des choses qui "pourraient encore servir". Mais là, il n'y a pas d'alternative : il faut se débarrasser de beaucoup de choses et notamment d'une grande partie de mes livres. Je connais ceux que je ne lirai plus et pourtant, ce sont ceux qu'on a lus, relus et que l'on connait le mieux que l'on veut garder. Comme disait mon ex-beau-père, on veut garder les "amis" et dire adieu à tous ceux qui n'étaient que des "connaissances" et parfois assez vagues, il faut le dire.

dimanche 23 juillet 2017

Premier matin

La rue est déserte
Ecrasée de soleil
Tiens ! Un avion passe



Première nuit dans notre nouvel appartement : je suis assis à ma table de travail, juste devant une fenêtre d'où je découvre quand même un bon bout de ciel, très bleu aujourd'hui. Mon regard enfile la rue qui, perpendiculaire à la nôtre, me fait face. Au bout de la rue, par dessus les immeubles ensoleillés, les avions passent de gauche à droite, filant silencieusement vers l'aéroport. Ils ressemblent à des poissons exotiques traversant l'eau bleue d'un aquarium. Malgré un double vitrage assez efficace, j'entends le vent chuchoter dans les feuilles d'un grand peuplier argenté qui, à deux mètres de moi, penche ses branches vers ma fenêtre du premier étage, comme pour me souhaiter la bienvenue. 

* * *

Clara est arrivée hier. Elle m'a apporté un livre de la part de sa grand mère, les Journaux de voyage, de Bashô. Je me réjouis de m'y plonger.

samedi 22 juillet 2017

Wifi

Visages du ciel
En pleurs, barbus, blancs ou vides
Parsemés de rides
Que leurs creusent les avions
En sillonnant l'horizon


Notre abonnement wifi doit en principe s'éteindre dans notre appartement aujourd'hui, pour reprendre aussitôt dans notre nouvel appartement. Pour le moment, ça marche encore. Bientôt je n'aurai plus cette vue sur le ciel qui a si vivement marqué mon inspiration dans ce blog. A la place du ciel, il y aura un arbre, un peuplier pour être plus précis, qui j'espère saura guider mes prochains élans poétiques. Là, je vois les antennes osciller sous la poussée du vent tandis que les nuages, immensément floconeux, semblent ne pas bouger. Pendant que je déplacerai toutes ces choses hors de leurs trous que la quotidienneté leur a ménagés pendant 6 ans, j'essaierai de penser à mon haïku habituel. Il s'agit d'ailleurs, non d'un haïku, mais d'un tanka, qui est une sorte de poème japonais en 5 vers totalisant 31 syllabes.