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lundi 31 mai 2021

Suite

Pour me défendre contre les accusations que j’ai évoquées hier d’être un grand « séducteur », j’avais l’habitude de dire : « Le séducteur est celui que l’on déduit du séduit ! »  Ce qui était une manière assez séduisante de se défausser de telles accusations malveillantes. Kierkegaard associe étroitement le séducteur à l’intention de séduire, aux stratégies et aux pièges utilisés délibérément par le séducteur pour capturer sa proie innocente. Cela m’amuse de considérer mon vieux professeur de logique comme une proie innocente qui a résisté vaillamment à tous les efforts que j’étais censé avoir faits pour le séduire. Nul doute qu’à une autre époque il se serait mis à la tête d’une cabale pour m’envoyer au bûcher sous l’inculpation de sorcellerie ! Mais les choses ne sont pas aussi simples. L’intention peut très bien se satisfaire de peu pour être reconnue comme telle. Il suffit parfois d’un regard teinté d’une légère lubricité pour que les âmes s’enflamment. Mais, est-on responsable de son propre regard ?  Ai-je eu parfois, à mon insu, l’œillade incendiaire des sorciers du Moyen-Âge ? Peut-être. Mais certainement pas en regardant mon professeur de logique ! 

Le séducteur a au moins cette qualité d’assumer pleinement sa responsabilité dans ses entreprises de séduction. Il est parfaitement conscient de ses propres manigances pour capturer sa victime. Il veut vaincre les obstacles qui s’opposent à l’accomplissement de son désir. Le séducteur « déduit du séduit » cherche à vaincre sans véritablement combattre. Il n’est pas une « bonne personne ».

dimanche 30 mai 2021

Sulfureux

 Au cours de l’insomnie de cette nuit —qui n’a pas duré très longtemps— j’ai repensé à certaines figures de mon passé et, notamment, à Zbyscek, cet ami ange-polonais [j’avais écrit « anglo-polonais » mais l’ordinateur m’a proposé ce beau lapsus que je ne corrige qu’aujourd’hui, c’est-à-dire, le lendemain !], qui est mort en septembre 2017. Je me souviens que Zbyscek était très préoccupé par le fait d’être une « bonne personne ». Il me posait souvent la question sans pourtant, qu’il en doutât un seul instant. Je crois qu’il avait raison. C’était très certainement une « bonne personne ». Mais on ne peut pas s’empêcher de poser la même question à propos de soi-même : suis-je une « bonne personne » ? C’est d’ailleurs les termes mêmes que Zbyscek utilisait pour exprimer sa préoccupation. Quant à moi, cette question m’a immédiatement fait penser aux personnes que j’ai connues et qui, non seulement ne me considéraient pas comme une bonne personne, mais au contraire comme quelqu’un de sulfureux, une émanation du diable lui-même ! Je pense à mon ancien professeur de logique à la Faculté de Philosophie de Strasbourg, Hervé Barreau, qui, paraît-il, me considérait véritablement comme le diable. Je me suis demandé ce qui pouvait fonder cette opinion très négative. Comme toujours, quand il est question de diable, il y a le problème de la séduction. Le séducteur est un diable. J’ai longtemps été considéré comme un grand séducteur. Cela m’étonnait dans la mesure où je ne ressentais aucunement cette intention de séduire, telle que Kierkegaard en parle dans son ouvrage célèbre. Mais l’intention est-elle indispensable pour définir le séducteur ? En tout cas, je ressentais très nettement cette méfiance dans l’attitude que certaines personnes, comme Hervé Barreau par exemple, exprimaient à mon égard. 

Cela me fait évidemment penser au diable dans le film de Marcel Carné, Les visiteurs du soir, film qui date de 1942, l’année de ma naissance. Jules Berry, dans le rôle qui lui a été confié d’être le diable dans ce film magnifique, me semblait absolument génial. C’est un film qui nous montre clairement que le mal vient de la séduction justement. 

samedi 29 mai 2021

Lenteurs

Isabel a repeint le mur de la chambre du studio du 2e étage. C’est très beau. Elle va également peindre de la même couleur une vieille commode, un peu déglinguée.  Je me demande vraiment ce que ça va donner !

Ce matin, nous avons donc sélectionné les projets qui obtiendront un financement de la Fondation. Celle-ci, malheureusement, a de moins en moins d’argent et nous avons décidé de subventions à la baisse. Il s’agit surtout de stimuler les initiatives qui visent à renforcer la solidarité des communautés. Les femmes Mapuche auront droit à une aide pour s’organiser ainsi que certaines communautés linguistiques au Kenya. J’ai fait peu d’interventions. Il faut dire que je suis très mal équipé. Mon ancien MacBook Air était sollicité pour afficher les projets pendant que l’iPad était consacré à la discussion en zoom. Mais ma vue baisse et le repérage des points pertinents dans le texte des projets me prenait trop de temps par rapport aux avancées de la discussion. Bref, je me sentais en retard sur les points discutés. En outre, les lenteurs de mon vieux Mac n’arrangeaient vraiment pas les choses. Vivement ce nouveau Mac 12 pouces dont ils promettent la sortie pour cet automne.

vendredi 28 mai 2021

PKF

 J’ai passé toute la journée à lire les projets de financement que la Fondation Paul Feyerabend a reçu pur cette année 2021. Beaucoup de projets impliquant très souvent des associations féminines en Amérique latine, en Inde et en Afrique. Des projets intéressants dont le comité discutera demain et après-demain pendant deux jours en vue de la sélection la plus pertinente possible.

J’ai aussi téléphoné à Sasha qui m’a envoyé un livre de Tyson Yunkaporta, un auteur australien, que je me réjouis de lire. En tout cas Sasha m’en a dit le plus grand bien. 

jeudi 27 mai 2021

Finalement..

 ... on l’a reçu, ce fameux papier de l’électricien qui doit nous permettre de clore le dossier d’habilitation de notre habitation à la mairie de Lisbonne. Au retour de sa première injection du vaccin Pfizer, Isabel m’a annoncé la bonne nouvelle. Il n’y a plus qu’à attendre maintenant l’enregistrement de notre immeuble auprès de la municipalité, ce qui nous permettrait également de lancer notre business Airbnb, en ce qui concerne le studio du 2e étage, puisque les autres chambres sont actuellement louées. Je ne sais pas encore combien de temps la mairie prendra pour nous communiquer notre numéro d’enregistrement mais il est à parier que ce ne sera pas immédiat. Enfin ! Nous verrons. 

mercredi 26 mai 2021

Départs

Jeanne et Simon ont repris l’avion ce matin pour Paris. Ils étaient très contents de leur séjour et ont trouvé le studio du 2e étage —qu’ils avaient loué pour une semaine— très confortable. Ils vont nous faire de la pub à Paris, à commencer par leurs parents respectifs. Je trouve que le bouche à oreille est l’une des meilleures façons de faire de la pub pour nos logements. Implicitement, il y a une sorte de garantie concernant les gens qui seraient susceptibles de venir. J’ai trouvé Simon, l’ami de Jeanne, tout-à-fait charmant : intelligent, souriant et serviable. 

Hier soir, sur Arte, j’ai regardé un documentaire sur la mafia :: Togo Riina de Corleone, ce petit village sicilien qui fournissait au « parrain des parrains » les tueurs nécessaire à son pouvoir. C’était assez effrayant. À la suite de ce documentaire il y en avait un autre sur les rapports entre la mafia et l’Église. Pas joli, joli ces complicités qui permet à l’Église de blanchir l’argent qu’elle recevait des mafieux. La Banque du Vatican a été impliquée dans ces opérations de blanchiment. Il semblerait que le pape François veuille remettre les pendules à l’heure.

mardi 25 mai 2021

Réservation

 Je viens de modifier mon billet d’avion Lisbonne - Paris et retour pour pouvoir assister au concerte de ma fille Célia. Je partirai donc de Lisbonne le 18 juin et serai de retour à Lisbonne le 28. 

lundi 24 mai 2021

Angoisse

Pour que notre habitation soit habilitée et enregistrée par la mairie de Lisbonne, nous avons encore besoin d’un papier qui attesterait que notre installation électrique a été réalisée par un professionnel habilité. Or, celui-ci nous fait des difficultés pour nous donner le papier qui certifierait son habilitation. Le délai est très court. La mairie exige ce document avant jeudi prochain. Isabel a téléphoné cinquante fois à cet électricien mais il ne répond pas. Nous avons sollicité l’aide de l’architecte, d’abord, puis de l’entrepreneur. Il paraît que cet électricien est vexé d’avoir été rappelé à l’ordre par l’architecte. Du coup, il ne veut rien savoir. Pour nous ce serait vraiment catastrophique si nous ne pouvions pas produire ce papier, le dernier qui soit nécessaire pour être enregistré. Il y a de quoi être angoissé.

dimanche 23 mai 2021

Congo

Mon intuition d’hier quant à la localisation de la ville dont parle Naipaul dans ce roman que je suis en train de finir ne m’a pas trompé, semble-t-il. Naipaul lui-même a évoqué le Congo quand on lui a demandé où se situait les événements dont il parle. La capitale qui revient souvent dans le texte comme le lieu du Président omniprésent à travers les photographies que l’on voit partout est sans doute Kinshasa. Dans la revue critique que j’ai lue aujourd’hui, Naipaul aurait été inspiré par Conrad’s In the Heart of Darkness, pour écrire ce roman qui figure parmi les 100 meilleurs romans du siècle. Naipaul a également été récompensé par le Prix Nobel !

VS Naipaul, 100 best novels

samedi 22 mai 2021

Africa

 Du livre de Naipaul se dégage une atmosphère très particulière : des bribes de modernité émergent de façon dépareillée à la surface d’un monde encore ancré dans la chaleur et la poussière des traditions. Ma lecture, qui a suivi d’assez près celle que j’ai faite d’Adichie, Half of a Yellow Sun, me replonge dans le désordre humain de l’Afrique. Le héros de Naipaul est un Indien, tenant un petit bazar dans une ville au détour d’une rivière. Les lieux ne sont pas nommés mais les références au « Big Man », le nouveau président du pays, avec son bonnet en peau de panthère et le sceptre-fétiche qui symbolise son pouvoir fait penser à Mobutu. Les Blancs apparaissent ici et là, un peu comme ces bribes de modernité que j’évoquais plus haut, avec leur langue parfaite au milieu d’un peuple hétéroclite, à peine sorti de la forêt et qui cherche les traces qui pourraient le mener à une sorte de rédemption aussi lointaine qu’un horizon reculant sans cesse pour bien rester hors de toute portée. L’atmosphère est très prenante. Le style magnifique de Naipaul m’hypnotise. 

Isabel et l’une de ses amies psychanalystes ont repeint aujourd’hui trois des murs de notre chambre à coucher : entre sable et feuilles sèches. C’est moins austère que le blanc que nous avions jusqu’à maintenant. Nous allons pouvoir accrocher les masques en terre qu’Agnès m’avait donnés et qui seront bien mis en valeur avec cette couleur.