Je devais avoir 6 ans. C’était encore à Visé. Nous avions souvent des invités et je me souviens d’une scène qui ne me fait guère honneur malgré cette réputation que j’avais dans la famille, d’être plutôt malin. C’était en hiver et l’un des invités, juste avant le dîner, s’était mis à nous raconter des blagues. Je l’écoutais, fasciné. Il racontait l’histoire de ce fermier dont la vache était tombée malade. Il fait venir le vétérinaire qui ausculte l’animal avec grand soin. Comme il ne trouve rien d’anormal, il a une idée. Il appelle le paysan et lui demande de soulever la queue de la bête et de coller son œil sur son trou de balle. Lui-même se pose devant la vache et lui ouvre la gueule toute grande. Puis il crie au fermier : « Est-ce que vous me voyez ? — Non ! répond l’homme. — Et bien, c’est qu’elle est constipée ! » Nous éclatons tous de rire avec celui-là même qui nous avait raconté la blague. Je ris comme les autres, peut-être même plus fort que les autres. Et puis, brusquement, je m’arrête de rire et, très sérieux, je pose la question suivante : « Mais… qu’est-ce que ça veut dire, constipée ? » Ce qui, de nouveau, a fait rire tout le monde, sauf moi !
Morale de l'histoire : On rit toujours plus fort quand on ne sait pas pourquoi on rit ! Ce qui me fait penser à cette scène inoubliable du film de Marcel Carné, Les visiteurs du soir (1942), où l'on voit le diable, incarné par Jules Berry, à table au milieu des habitants du château, se mettre tout à coup à rire. Toute la tablée se met progressivement à rire aussi à gorge déployée, de plus en plus fort jusqu'au moment où le diable, s'arrêtant brusquement de rire, pose la question : " Vous riez ! Mais pourquoi riez-vous ? Vous riez parce qu'il faut bien rire un peu de temps en temps, pour se distraire. Mais auriez-vous ri si je n'avais pas ri le premier ? " Etc., etc... Je cite de mémoire ce grand film. Il est possible que mon verbatim ne soit pas exactement le même que celui du film. À vérifier !