On ne l’appelait pas encore « Le Pope », quand il nous faisait réciter, en classe de 6ème bleue, au Collège Saint Étienne à Strasbourg, les premières déclinaisons latines : rosa, rosa, rosae, rosae, rosa, rosam (avec l’accusatif en dernier contrairement aux habitudes !). Cheveux blonds, brosse très courte, un regard bleu qui vous pénétrait jusqu’à l’âme, une soutane noire bien sûr, allant du col au sol, c’était l’abbé Naegert, notre professeur principal qui nous racontait parfois des histoires de guerre, celle de 39/45, à partir de ses propres expériences du front russe, "malgré nous" dans la Wehrmacht. J’étais très bon élève à l’époque. C’était en 1952 et j’avais dix ans. Un jour, à la fin des cours de la journée, l’abbé Naegert me dit : « Va m’attendre dans mon bureau. J’ai quelque chose à te dire. » Je savais où était son bureau et je m’y rendis, peu rassuré sur les raisons mystérieuses qui avaient motivé cette convocation. J’attendis quelques minutes et, peu après, je le vis s’asseoir dans son fauteuil en face de moi et me regarder droit dans les yeux. Puis il parla. « Je ne peux pas imaginer que dans votre famille il n’y ait personne pour s’engager comme prêtre au service de Notre Seigneur…» Silence. « … et je crois que Dieu t’a choisi ! » Quand je suis sorti de son bureau, j’étais plutôt fier et content. J’ai raconté l’événement à mes parents qui s’en réjouirent. Mais ces paroles m’ont ensuite plongé dans un scepticisme de plus en plus marqué. « Dieu s’est trompé » me disais-je. Je m’inventais de nombreuses objections visant à contrecarrer ce destin qui, après tout, ne me semblait guère enviable. Je me souviens que ce qui me déplaisait le plus dans cet avenir, c’était l’impossibilité de me marier. J’ai revu l’abbé Naegert bien plus tard, quand il était connu à Strasbourg sous son surnom très orthodoxe et populaire de Pope. Je ne lui ai pas rappelé le choix de Dieu. Il est mort le 20 février 2015.
Dedalus
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vendredi 11 septembre 2026
jeudi 10 septembre 2026
Mont Joly
En août 1958, Papa a emmené toute la famille à Saint Gervais en Haute Savoie pour les vacances. Il avait obtenu d’y faire une cure de repos quelques semaines auparavant. Je me souviens vaguement de la grande maison qu’il avait louée. Maman était là. Elle était déjà très malade mais elle avait des moments de répit. Je venais de tenter mon premier bac et je n’avais pas été reçu à l’issue de la première session. Je pouvais me représenter à la session de septembre et maman m’y encourageait vivement contrairement à mon père et mes frères qui voulaient me convaincre de redoubler. « Tu es encore très jeune, me disaient-il, tu n’as pas la maturité pour faire ton année de philo, si tu réussis en septembre. » Mais maman insistait et aujourd’hui je regrette vivement de ne pas avoir suivi son conseil, par paresse parce que si je voulais me présenter, il aurait fallu que je passe mes vacances à bosser. Or c’est tout autre chose qui m’est arrivé. Sur la place de Saint Gervais, une troupe parisienne de théâtre de rue a monté un petit spectacle comique qui a eu un certain succès. Mes frères et moi, avons pris contact avec les jeunes comédiens qui furent ravis par le projet que nous leur avons soumis : partir vers 11 heures du soir pour atteindre le sommet du Mont Joly (environ 2500 mètres) à l’aube et contempler le lever du soleil sur la chaîne du Mont Blanc, ses glaciers et ses sommets enneigés. Nous étions une belle et joyeuse bande quand nous sommes partis. Moi, je n’avais d’yeux que pour une jeune femme qui faisait partie de cette troupe. Elle n’était pas comédienne comme son frère Kosta mais s’occupait de la régie. J’en suis tombé très amoureux. Elle s’appelait Nicole. Elle était très belle, avec des traits asiatiques. Elle portait un joli pantalon bleu. J’osais à peine lui adresser la parole. Elle m’intimidait. J’appris très vite qu’elle avait dix huit ans. J’en avais seize. Nous avons échangé nos adresses. Et, à Noël, je suis allé à Paris, en stop, pour la retrouver !
mercredi 9 septembre 2026
Naître dans le froid
Je n’ai aucun souvenir de ma naissance, le 2 février 1942. Il faisait très froid. La température se situait entre —15° et —20°. Il avait neigé et le 5 février, la couche de neige atteignait 90 cm. Je suis né à la maison, au 615 de la rue de Herve à Bois-de-Breux dans la commune de Grivegnée. J’étais le troisième fils de Bernadette de Francquen, ma mère. En fait, elle attendait une fille, après ses deux premiers garçons. Je devais m'appeler Françoise. Elle m’a dit, bien des années plus tard, que je l’avais fait beaucoup souffrir avec cette grosse tête qui ne voulait pas quitter la chaleur de son ventre. Pour des raisons que j’ignore, ma mère a demandé d’accoucher sur le plancher de la chambre, juste à côté du lit. Comme je l’ai dit, il faisait très froid dans les faubourgs de Liège à ce moment-là et ma mère utilisait des bouillottes de métal pour chauffer le berceau. C’est comme ça que j’ai été brûlé au troisième degré peu de temps après ma naissance. Ma mère m’avait placé dans mon berceau mais aussitôt je me suis mis à crier de toutes mes forces. Elle me reprend dans ses bras et réussit à me calmer avant de me replacer dans le berceau Nouveaux cris, nouvelle prise dans les bras. Ce n’est que le lendemain matin, qu’en me changeant, ma mère découvre la brûlure dont je porte encore la cicatrice. Bon, maman, on est quitte.
mardi 8 septembre 2026
Bois la
C'est un. souvenir qui date du début des années 50. Je devais avoir 9 ans et mon frère Jean-Pierre avait sans doute 11 ans. Le pneu de son vélo avait crevé et Papa s'est dévoué pour coller une rustine sur la chambre à air. Mais avant ça, il fallait repérer le trou et pour ce faire, Papa demande à Jean-Pierre de lui ramener une bassine pleine d'eau. Le trou est repéré et la rustine est collée. Papa devait être un peu énervé parce que, quand son fils lui demande ce qu'il doit faire de l'eau, il répond de façon un peu abrupte : "Bois la !" Et Jean-Pierre, gravement, de prendre la bassine à deux mains pour l'élever jusqu'à ses lèvres. Évidemment, Papa l'a arrêté à temps, mais ce geste d'obéissance aveugle a toujours fait rire toute la famille. En fait ce n'est pas une histoire drôle. Elle démontre cette autorité quasi absolue à laquelle nous devions nous soumettre.
lundi 7 septembre 2026
Inspiration
Célia m'a encouragé à poursuivre l'écriture de ce blog en me proposant d'élargir mes sources d'inspiration qui, jusqu'ici, étaient très dépendantes de ce qui se passait, au jour le jour, dans ma vie. Cela comprenait les problèmes de ma santé qui se multiplient avec l'âge, les lectures que je peux faire avec les commentaires qu'elles m'inspirent de temps en temps, les événements familiaux (mariage, anniversaires) qui rythment le passage du temps, etc... Célia me dit que je pourrais raconter des souvenirs de mon enfance. L'idée me sembla assez bonne d'autant plus que j'ai une demi ndébélé sur ce plan là de la part de Charlotte également. Cela va certainement m'amuser pendant un bon moment !
dimanche 6 septembre 2026
Blog ?
Je me pose des questions sur la poursuite de ce blog qui, je le crains, est devenu très ennuyeux : j’y raconte mes problèmes de santé ayant le souci d’informer ma famille sur l’évolution de ma santé. J’y parle parfois de mes lectures mais sans vraiment approfondir mes analyses qui se résument à quelques commentaires assez superficiels. J’ai pratiquement cessé de parler de mes rêves. Au début de cet été, j’ai nourri l’espoir d’actualiser mon texte sur les langues en m’adjoignant le soutien de René Kahn, l’un de mes premiers étudiants quand j’ai été nommé à Strasbourg après mes cinq années de Grande Bretagne. Mais plus j’y pense moins je crois à la possibilité de redonner à ce texte une pertinence actuelle. Certes je me suis donné un objectif ambitieux : celui de parler Portugais avant ma mosrt. J’y travaille sérieusement tous les jours mais je progresse lentement. Il y a encore mon engagement au Lycée Ermesinde de Mersch mais là également, j’ai l’impression de perdre la main ! Bref, la vie d’un homme de 84 ans n’est pas facile.
samedi 5 septembre 2026
Orient-Express
Très belle émission sur Arte rapportant l'histoire de l'Orient-Express, ce train de légende qui traverse l'Europe pour aller à Constantinople. On y voit les images de ces wagons-lits très luxueux, de ces voitures restaurants où les voyageurs venaient se restaurer grâce à la cuisine de chefs célèbres qui œuvraient dans des cuisines minuscules grâce à des ravitaillements qui se faisaient tout au long du trajet. Mais, aujourd'hui, c'était aussi l'anniversaire de Henryque à qui nous avons offert de magnifique chaussures Timberland de couleur verte. À vrai dire, très élégantes. Ce matin Henryque et Charlotte nous ont invité à un brunch délicieux que nous ne connaissions pas. Ambiance brésilienne remarquable de par son efficacité joyeuse.
vendredi 4 septembre 2026
Maigret
Je termine le roman de Simenon. Celui qui, en 1929, a vu naître le commissaire Maigret. Ce premier roman qui campe le personnage de Maigret est intéressant. Le célèbre commissaire ne correspond pas vraiment à celui qu'il deviendra dans les romans ultérieurs. Il est plus nerveux, presque stressé parfois, il sera blessé par une balle, sa femme n'existe pratiquement pas et l'un de ses adjoints immédiats trouve la mort. Bien sûr, on voit poindre le rôle de sa pipe, ce calmant universel pour commissaires de police. Ce sont les indices de son évolution ultérieure !
jeudi 3 septembre 2026
Julie
J'ai téléphoné ce matin à Julie, ma filleule, la fille aînée de mon frère Patrick, pour lui souhaiter un bon anniversaire. Elle m'a appris que Patrick était à l'hôpital. Mais je ne sais pas les maux ou la maladie qui l'ont poussé à se faire soigner à l'hôpital. Je demanderai à Françoise de me dire ce qui se passe.
Aujourd'hui, j'ai reçu un livre que j'ai commandé sur internet. Il s'agit du livre de Simenon, Pietr-le-Letton, première publication en 1977, c'est le roman qui fait apparaître le commissaire Maigret dans la littérature.
mercredi 2 septembre 2026
Academia
Academia est un site qui vous renseigne sur l'écho que vous avez dans la communauté des enseignants et des chercheurs de votre domaine d'étude et de recherche. J'y ai été abonné pendant des années et maintenant les responsables du site me demandent si je veux renouveler mon abonnement. J'y ai réfléchi. C'est vrai que cela m'a fait parfois plaisir de voir que certains de mes articles étaient encore lus par des gens (rares) mais disséminés un peu partout dans le monde. Ma notoriété académique est vraiment très limitée mais elle a pu exister pendant quelque temps. En fait, je crois que je vais renoncer à cet abonnement qui ne sert plus à rien et qui coûte assez cher. Donc, adieu Academia !