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dimanche 20 septembre 2026

Maladies

À Visé, j’allais à l’école Saint Hadelin avec mes frères. J’étais bon élève et ma conduite était exemplaire. Ce qui fait que l’on m’a décerné un prix qui devait témoigner de cette excellence. Ce prix était intéressant car il s’agissait d’un baptême de l’air sur un petit avion de tourisme. Je devais y aller avec maman et je me réjouissais à l’avance de cet événement exceptionnel. La date était fixée. Le jour dit, je suis tombé malade suffisamment gravement pour que je ne puisse y aller. Du coup, c’est Dominique, mon frère aîné qui y est allé à ma place. Quand ils y sont allés, plusieurs photos ont été prises et je me souviens du visage rayonnant de mon frère après l’atterrissage !


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J’étais en 6ème bleue avec l’abbé Naegert dont j’ai déjà évoqué le souvenir (1952). La famille habitait au n°2 de la rue Ohmacht à Strasbourg. C’était une petite maison de cinq pièces alors que nous étions neuf. Patrick, le dernier, n’était pas encore né et Tommy était mort. Papa avait écrit une prière à Tommy censé intercéder pour nous auprès des divinités catholiques. Nous la récitions tous les soirs, après le repas, à genoux sur nos chaises orientées vers un crucifix accroché au mur. Cet hiver-là je suis tombé gravement malade. J’avais une double mastoidite. C’était sérieux et j’étais devenu complètement sourd. Je me souviens d’une visite de mon prof de 6ème, l’abbé Naegert, qui est venu à mon chevet et qui devait crier à mes oreilles pour se faire entendre. Je le revois au bord du lit, je revois ses cris sans rien entendre ! En principe, on devait m’hospitaliser en urgence le lendemain de cette visite. Mais la nuit me fut bénéfique car au matin, la fièvre était tombée, et l’hospitalisation annulée ! 

 

samedi 19 septembre 2026

Pavillon

Le Pavillon était un bâtiment un peu particulier au bord de la rue de Herve dont nous occupions le 615 à Bois-de-Breux. Il se situait un peu plus haut dans cette même rue sur le côté gauche de la chaussée en montant vers Aachen. C’était un petit immeuble carré, couvert d’ardoises et de lierre, dont notre grand-mère maternelle était devenue propriétaire à la mort de son mari, Raoul de Francquen, qui avait été désigné comme mon parrain à ma naissance. Le bâtiment était un peu isolé, comme une grosse villa, avec un petit parc sur l’un des côtés et à l’arrière. Quand on entrait dans cette maison, on était accueilli par les aboiements de Boulouf, un Scott terrier noir, plutôt sympathique. Il y avait à gauche, la chambre de l’oncle Jean et, plus loin, toujours sur la gauche une cuisine très chaleureuse où Bonne Maman nous attendait au moment des repas. Elle pelait les pommes de terre et nous racontait des histoires qui nous passionnaient. Je me souviens du récit de Rémy, le héros du roman d’Hector Malot, Sans famille. Bonne Maman ne lisait pas les histoires, elle nous les racontait dans ses propres mots. Nous étions tous à l’écoute autour de la table de la cuisine et dès qu’elle terminait une histoire nous en réclamions d’autres, encore et encore. L’oncle Jean était le frère de Bonne Maman. C’était un type assez bizarre avec une épaisse chevelure blanche dont il prenait grand soin. Il se moquait souvent de nous. Un jour, nous étions dehors avec lui et il plongea ses mains dans un bouquet d’orties. Quel exploit ! Et il nous disait qu’il ne sentait rien ! Quel homme ! 

vendredi 18 septembre 2026

Les cousins

À Stinval, vivait la famille de nos cousins germains de Terwangne. Ils étaient plus âgés que nous. J’aimais beaucoup l’aîné, Félix, qui devait avoir entre 25 et 30 ans, à l’époque où nous passions nos vacances dans la grande maison de la tante Zouzou dont ils occupaient la partie Est, si je me souviens bien. Il m’appelait souvent ‘laid singe’, un petit nom dont j’étais sans doute le seul à apprécier la tendresse moqueuse qu’il me semblait signifier. J’étais moins attiré par Raoul qui avait l’allure et le comportement d’un mauvais garçon et qui, bien plus tard, serait très épris de ma sœur Martine. Philippe avait la réputation d’être un peu bête. C’est de lui que j’hériterai d’une panoplie liturgique de curé avec chasuble, étole, aube et cingulum. Ce déguisement me permettra de jouer à la messe avec mes sœurs. J’allais me procurer des hosties non-consacrées à Louveigné auprès du curé qui m’en donnait quelques-unes… pour jouer ! Il y avait aussi Dédé, grand et très maigre, versé dans la radio-amateur et l’électronique.  « Aquoiboniste » de la première heure, il nous répondait toujours de la même façon quand on lui demandait quelque chose : « Pourquoi faire, donc ? » Il souriait gentiment, relevait la longue mèche qui lui barrait le front et le visage, puis, tirait une bouffée de la cigarette perpétuelle qu’il avait au bec. Les doigts de sa main droite étaient jaunes de nicotine. Nous adorions l’embêter en sautant sur ses genoux quand il était assis ou en grimpant sur ses épaules. Myriam était la seule fille de la famille. Elle devait avoir 18 ans mais nous ne la voyions guère. 

Le père, Victor, était chef d’une petite agence bancaire à Louveigné, le village le plus proche de Stinval. Tous les soirs, il rentrait chez lui avec l’argent de la banque dont il faisait méticuleusement les comptes. Son agence sera victime de plusieurs braquages dont il est toujours sorti indemne. Comme tous les hommes de cette famille, il fumait énormément. Des Saint-Michel verte qu’on achetait par paquets de 25. Ni Félix, ni Raoul n’avaient fait d’études poussées. On disait que quand ils ne voulaient pas aller à l’école, leur mère les gardait volontiers à la maison. Tous deux avaient la même passion pour la mécanique et les voitures. Ils achetaient de vieilles occasions, démontaient les moteurs, et les remontaient pour en faire des véhicules improbables. C’est ainsi qu’ils construisirent, avec un moteur de moto, un engin à trois roues —deux à l’avant et une à l’arrière—, qui filait à toute allure sur les routes tortueuses du pays de Herve. Raoul et Félix étaient de véritables « fous du volant ». Ils ne respectaient aucune règle du code de la route. En outre, quand Félix m’emmenait faire un tour en voiture, il me laissait prendre le volant pour de petites distances. J’étais ravi.

L’oncle Victor était le mari de tante Madeleine, la sœur aînée de Maman, une femme adorable et très permissive. Nous avions beaucoup de plaisir à retrouver tous les ans nos cousins de Stinval. Ils étaient débrouillards et pleins d’humour. Ils se moquaient des exploits de Papa en tant que résistant pendant la guerre ce qui nous mettait, nous ses enfants, très en colère. Félix en particulier était très ironique avec papa, comme s’il ne le prenait jamais vraiment au sérieux. Je me souviens de discussions vives dans le salon de tante Zouzou, au milieu de meubles Renaissance magnifiques d’origine espagnole.

 

jeudi 17 septembre 2026

OUI ou NON

C’est là, à Visé, que j’aurai ma première expérience politique, lors du referendum qui, en 1950, devait décider du retour, ou non, du roi Leopold III en Belgique. Je me suis longtemps demandé quels étaient les autocollants de propagande que moi et mes frères étions chargés par notre papa de coller partout en ville sur le chemin de l’école. C’était OUI ou NON mais je ne me souvenais absolument plus de ceux que l’on collait sur les murs. Papa était légitimiste. Catholique fervent, il se disait anarchiste mais cela ne garantissait en rien une vision de gauche. Il détestait les socialistes et je me souviens des diatribes virulentes qu’il sortait parfois contre Paul Henri Spaak, grand partisan du NON lors du referendum de 1950. D’où la certitude, acquise plus tard, que les autocollants colorés de rouge, jaune et noir en cercles concentriques, que nous dispersions sur les poteaux télégraphiques en allant à l’école étaient des OUI. Oui, pour le retour du roi après la guerre. Ce qui n’empêchera pas, sous l’impulsion de Paul Henri Spaak, le souverain d’abdiquer au profit de son fils, Baudouin, l’année suivante (en 1951). Voilà comment, à un âge peu fait pour les grandes décisions politiques, on se retrouve embarqué malgré soi, dans le sillage d’une vision qui très vite, ne correspondra plus à celle que j’adopterai pour le restant de ma vie. Car, depuis lors, c’est NON ! 

mercredi 16 septembre 2026

Tommy

En 1948, à Visé, ma mère donne naissance à son huitième enfant, Thomas, qu’on appellera Tommy. Je ne me souviens pas de la date précise de sa naissance mais il va très vite tomber gravement malade. C’est le début de l’été et, en récompense de ma bonne conduite, mes parents m’envoient dans une colonie de vacances à la mer. J’ai sept ans. J’y suis très malheureux. Je suis l’un des plus jeunes et je ne fais pas le poids. Au début de mon séjour, ma tante Any (la plus jeune sœur de ma mère) m’envoie des cartes postales, notamment, pour me donner des nouvelles de Tommy. Ces nouvelles ne sont pas bonnes. Et puis, tout à coup, après une semaine de pessimisme, les cartes de ma tante sont plus rassurantes. Ces cartes sont signées d’une série de points d’interrogation ce qui, au début, me rend perplexe. Les autres gamins me soupçonnent d’avoir des relations coupables avec une femme. À sept ans ! Je ne sais quoi répondre parce que je ne comprends pas de quoi ils parlent. Au bout d’un certain temps qui m’a paru une éternité, nous rentrons à la maison et mon père vient me chercher pour me conduire immédiatement à l’hôpital où maman vient d’être opérée à cause d’une apendicite. Je demande comment va notre nouveau petit frère et mon père me répond qu’il est mort pendant que j’étais en colonie. Mort et enterré ! Quoi ??? Tommy est mort ? Enterré ? Et vous ne m’avez rien dit ??? Je suis profondément indigné.

 

mardi 15 septembre 2026

Cerisier

Nous sommes à Bois-de-Breux. Derrière la maison, il y a un jardin qui, à mes yeux de gamin de 5 ans me paraissait immense. Mon frère aîné Dominique grimpait déjà aux arbres et ce jour-là il était monté dans le cerisier. Bien entendu, j’ai voulu le suivre et je me suis accroché aux premières branches. Je suis quand même arrivé à une certaine hauteur et quand je levais les yeux, je voyais mon frère très haut près du sommet de l’arbre. Il me parlait : « Quand tu vois un homme barbu, qu’est-ce que tu fais ? » Il me montre le geste approprié : tu dis 15 pour moi et tu lèches ton pouce droit, tu le plantes au milieu de ta paume gauche, tu fermes le poing droit et tu frappes la même paume de ton poing serré. Joignant le geste à la parole, il me montre comment faire. Je m’emploie à l’imiter mais comme j’avais besoin de mes deux mains pour le faire, je lâche la branche à laquelle j’étais accroché, et… je dégringole jusqu’au sol. Une chute dont je crois me souvenir des détails, rebondissant de branche en branche —ça dure une éternité— jusqu’à ce que je me retrouve allongé dans le pré, avec une jambe endolorie : victime sans gravité de la gravité ! À cet âge, on est en caoutchouc ! 

Question

Depuis environ une semaine, j'écris des souvenirs d'enfance à la demande de ma fille Célia et de Charlotte également qui m'a exprimé le désir de mieux connaître les événements de ma vie. Évidemment cela accentue la dimension très personnelle de ce blog qui s'adresse essentiellement à ma famille et mes amis. Il est bien possible que ces souvenirs ne soient pas du goût de tout le monde et que certains lecteurs puissent trouver ce blog impudique ou ennuyeux. Je vais essayer de garder un peu d'actualité. Par exemple, hier après-midi, je suis allé à mon groupe de lecteurs de la Livraria Inquieta. Nous avons discuté de beaucoup de livres et ce fut très intéressant. Je compte bien me procurer les livres de cette autrice d'origine japonaise, Aki Shimazaki qui publie des pentalogies (ensemble de cinq petits ouvrages) dont l'une intitulée Le poids des secrets (Collection Babel) m'attire tout particulièrement.

lundi 14 septembre 2026

Rire

Je devais avoir 6 ans. C’était encore à Visé. Nous avions souvent des invités et je me souviens d’une scène qui ne me fait guère honneur malgré cette réputation que j’avais dans la famille, d’être plutôt malin. C’était en hiver et l’un des invités, juste avant le dîner, s’était mis à nous raconter des blagues. Je l’écoutais, fasciné. Il racontait l’histoire de ce fermier dont la vache était tombée malade. Il fait venir le vétérinaire qui ausculte l’animal avec grand soin. Comme il ne trouve rien d’anormal, il a une idée. Il appelle le paysan et lui demande de soulever la queue de la bête et de coller son œil sur son trou de balle. Lui-même se pose devant la vache et lui ouvre la gueule toute grande. Puis il crie au fermier : « Est-ce que vous me voyez ? — Non ! répond l’homme. — Et bien, c’est qu’elle est constipée ! » Nous éclatons tous de rire avec celui-là même qui nous avait raconté la blague. Je ris comme les autres, peut-être même plus fort que les autres. Et puis, brusquement, je m’arrête de rire et, très sérieux, je pose la question suivante : « Mais… qu’est-ce que ça veut dire, constipée ? » Ce qui, de nouveau, a fait rire tout le monde, sauf moi !

Morale de l'histoire : On rit toujours plus fort quand on ne sait pas pourquoi on rit ! Ce qui me fait penser à cette scène inoubliable du film de Marcel Carné, Les visiteurs du soir (1942), où l'on voit le diable, incarné par Jules Berry, à table au milieu des habitants du château, se mettre tout à coup à rire. Toute la tablée se met progressivement à rire aussi à gorge déployée, de plus en plus fort jusqu'au moment où le diable, s'arrêtant brusquement de rire, pose la question : " Vous riez ! Mais pourquoi riez-vous ? Vous riez parce qu'il faut bien rire un peu de temps en temps, pour se distraire. Mais auriez-vous ri si je n'avais pas ri le premier ? " Etc., etc... Je cite de mémoire ce grand film. Il est possible que mon verbatim ne soit pas exactement le même que celui du film. À vérifier !

  

dimanche 13 septembre 2026

Visé

Fin 48, la famille déménage de Bois-de-Breux à Visé, une petite ville très proche de la frontière avec les Pays-Bas. Une très belle maison de 18 pièces (si je me souviens bien) avec un magnifique grenier que Papa avait transformé en théâtre grâce à de splendides tentures de velours. La maison avait devant elle une vue bien dégagée avec la Meuse au fond du paysage et l’île Robinson un peu plus loin, à droite. Entre le fleuve et notre maison il y avait une rue, et une voie ferrée. Nous allions souvent jouer près de la voie ferrée. Nous nous amusions à poser des pièces de monnaie —les pièces trouées qui correspondaient à des centimes— sur les rails pour voir ce qu’elles devenaient après le passage d’un train. 

Au moins une fois par an, un train s’arrêtait à la gare de marchandises et déversait des centaines de chevaux destinés à l’abattoir. Celui-ci se trouvait de l’autre côté de la ville et les chevaux y étaient conduits à travers les rues. Je me souviens de l’un de ces chevaux qui, pressentant sans doute le destin funeste qu’on lui réservait, s’était apparemment révolté, encourant la colère de ceux qui les gardaient. Une corde serrée autour de l’un de ses membres postérieurs, au niveau du jarret, le rendait fou. Il ruait en hennissant bruyamment. Il était blessé et l’on voyait son sang couler dans la rue. Les hommes n’ont réussi à le maitriser qu’après une lutte très spectaculaire. À cette époque, beaucoup de marchands transportaient encore leurs marchandises dans des carrioles tirées par un cheval. Je me souviens des vendeurs de blocs de glace qui s’arrêtaient parfois juste devant notre maison. Ma sœur Martine et moi, nous nous asseyions alors sur les marches de notre perron pour contempler cet animal magnifique qui nous fascinait. 

samedi 12 septembre 2026

Zouzou

Entre 1950 et 1957, nous passions nos vacances en famille à Stinval. Nous étions dix —huit enfants + les parents—  à nous entasser dans la Dodge 1936 décapotable de couleur verte que Papa avait achetée de seconde main en Belgique. Je me souviens très bien du cuir rouge des banquettes arrière où nous étions 6 enfants à se chamailler pendant un voyage qui durait environ 7 heures. Nous passions par Luxembourg et Arlon, première ville belge, où nous achetions des gaufres, des gosettes fourrées à la rhubarbe, un sachet de cuberdons à se partager… On piqueniquait dans la voiture. Nous parcourions les derniers kilomètres au crépuscule. Il faisait de plus en plus sombre et je me souviens de mon soulagement quand nous abordions l’un des derniers virages devant l’enseigne lumineuse au néon vert du Relais Fleuri. Il y avait ensuite une scierie, puis, une petite descente vers l’immense maison dont Maman hériterait bientôt. Nous entrions alors dans la propriété de notre tante Zouzou, la sœur de notre grand-mère maternelle, qui nous attendait dans son salon dont les hautes baies vitrées donnaient sur la cour. Tante Zouzou guettait notre arrivée. Je la voyais à travers la fenêtre, à demi éclairée par un abat-jour ancien, se lever pour nous accueillir. C’était une petite femme énergique qui nous embrassait les uns après les autres en nous pressant d’entrer pour nous servir le dîner. Celui-ci se passait dans l’immense cuisine ancienne aux murs de laquelle était suspendue une magnifique collection de casseroles, moules à gâteaux, bassines de toutes tailles en cuivre rouge. Après le repas nous allions nous coucher. Je montais des escaliers étroits et sombres jusqu’à l’une des mansardes où m’attendait un grand lit sur lequel un édredon bien épais me garantissait un sommeil plein de rêves. Au petit matin, je descendais voir les poules qui picoraient en liberté devant la maison. Un petit couloir menait à l’extérieur et dans ce couloir, après une descente de quelques marches, deux grands miroirs se faisaient face. Il m’arrivait souvent de sauter pour franchir ce double abîme. Un matin, je suis sans doute descendu un peu plus tôt, et j’ai surpris ma tante Zouzou devant l’un des miroirs, en train de peigner ses longs cheveux blancs avant de les renfermer dans un petit filet noir qu’elle gardait ensuite pendant la journée.