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jeudi 28 mai 2026

—scopies

Je suis revenu à la maison hier soir après un séjour de trois jours et demi à l'hôpital Sao Jose, qui est à deux pas de chez nous. Nous y sommes allés dimanche matin vers 11h aux urgences parce que j'avais remarqué une anomalie dans mon élimination quotidienne, anomalie qui devait avoir été causée par une hémorragie soit dans l'estomac, soit dans les intestins. Très vite, le service des urgences de l'hôpital me garde afin d'établir un diagnostic. On m'installe pour la nuit dans un fauteuil à côté d'autres fauteuils occupés par des vieux comme moi. On les sent méditatifs. Ils viennent tous parce que leur corps se révèle à eux dans sa fragilité essentielle, à laquelle on ne pense pas quand il n'y a pas lieu d'y penser. Finalement, on me fait sortit du fauteuil pour me catapulter dans un lit à l'intérieur d'une chambre à six. Mon lit se trouve juste sous la soufflerie de l'air conditionné. J'ai froid. Je demande une couverture. On m'apporte un drap supplémentaire. Sous mes deux draps, je grelotte. Je passe une nuit difficile avec de nombreux réveils. Avant de dormir on me fait une transfusion de plaquettes, en soupçonnant le Clopidogrel d'être à l'origine de mon hypothétique hémorragie. Le lendemain, dans l'après-midi, c'est l'endoscopie. J'avale la caméra qui, au bout d'un long tube, va inspecter les parois de mon estomac. Pas très agréable. Je vois l'écran et je peux inspecter moi-même cette partie invisible de moi-même qui, sans doute, est très semblable à la partie invisible de n'importe qui d'autre. Nos invisibilités intimes se ressemblent. Est-ce la raison pour laquelle nous tenons tant à nous rendre visible ailleurs, pour les autres ? En tout cas, l'endoscopie ne révèle aucune hémorragie dans l'estomac. Conclusion : il faut faire une colonoscopie. Je croyais savoir ce que c'était pour en avoir fait deux auparavant. Il y a cette période de préparation avant l'acte. Deux litres d'un liquide qui est censé vous vider complètement. Ça marche drôlement bien mais ça me réveille à de nombreuses reprises. Bien que pour ma deuxième nuit il m'avait trouvé une couverture, je n'ai pu guère en profiter à cause de la multiplicité de mes réveils. J'ai parfois besoin d'aide. Elle m'a été accordée deux fois. Un jeune Portugais (ou Brésilien plus vraisemblablement) parlant bien l'anglais et joyeux comme si c'était la fête. C'est jovial ! Ça compense l'humiliation que me causent mes ennuis. L'infirmière en charge de ma chambre, très jolie et sympa, n'est pas très efficace. En fait, elle dort dans le fauteuil dont elle dispose près de la fenêtre qui s'illumine de lueurs bleues de temps en temps, quand les véhicules d'urgences apportent d'autres invisibilités des corps à soigner en urgence. La colonoscopie s'annonce dès le matin mais elle n'aura lieu que le lendemain en fin d'après-midi. J'ai déjà lu deux livres : La bonne mère (l'Iconoclaste, 2025) de Mathilda di Matteo, et  La collision (NRF, 2025) de Paula Gasnier. Le premier livre me parle de Marseille en effet, de la vie des Marseillais, des différences entre Marseille et Paris, entre les Marseillais et les Parisiens. C'est une écriture attachante et pleine de vivacité marseillaise. Le deuxième livre est plus triste. Il y a d'abord cet accident : une moto roulant à vive allure cabrée sur sa roue arrière dans la rue Romarin au cœur de la Croix Rousse, heurte une cycliste avec violence. Cette femme, qui tient dans cette même rue, une petite échoppe centrée sur l'Inde et le yoga, mourra peu après de ses blessures à la tête. C'est son fils qui écrit sur son désir de rencontrer le jeune meurtrier, Saïd, ou en tout cas sur son désire de comprendre l'incompréhensible. J'ai encore beaucoup de choses à raconter sur l'hôpital mais ça attendra un peu.

1 commentaire:

  1. Quel bagne ! Pour info, la coloscopie est déconseillée après 75 ans.

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