Fin 48, la famille déménage de Bois-de-Breux à Visé, une petite ville très proche de la frontière avec les Pays-Bas. Une très belle maison de 18 pièces (si je me souviens bien) avec un magnifique grenier que Papa avait transformé en théâtre grâce à de splendides tentures de velours. La maison avait devant elle une vue bien dégagée avec la Meuse au fond du paysage et l’île Robinson un peu plus loin, à droite. Entre le fleuve et notre maison il y avait une rue, et une voie ferrée. Nous allions souvent jouer près de la voie ferrée. Nous nous amusions à poser des pièces de monnaie —les pièces trouées qui correspondaient à des centimes— sur les rails pour voir ce qu’elles devenaient après le passage d’un train.
Au moins une fois par an, un train s’arrêtait à la gare de marchandises et déversait des centaines de chevaux destinés à l’abattoir. Celui-ci se trouvait de l’autre côté de la ville et les chevaux y étaient conduits à travers les rues. Je me souviens de l’un de ces chevaux qui, pressentant sans doute le destin funeste qu’on lui réservait, s’était apparemment révolté, encourant la colère de ceux qui les gardaient. Une corde serrée autour de l’un de ses membres postérieurs, au niveau du jarret, le rendait fou. Il ruait en hennissant bruyamment. Il était blessé et l’on voyait son sang couler dans la rue. Les hommes n’ont réussi à le maitriser qu’après une lutte très spectaculaire. À cette époque, beaucoup de marchands transportaient encore leurs marchandises dans des carrioles tirées par un cheval. Je me souviens des vendeurs de blocs de glace qui s’arrêtaient parfois juste devant notre maison. Ma sœur Martine et moi, nous nous asseyions alors sur les marches de notre perron pour contempler cet animal magnifique qui nous fascinait.
J’adore lire tes souvenirs d’enfance même si je les connais par cœur.
RépondreSupprimerLove
Isabel