Hier, j'ai terminé la lecture du roman de Marie Hélène Lafon, Histoire du fils (Buchet Castel). C'est un livre dont plusieurs membres de mon club de lecture à l'IFP ont chanté les louanges. C'est vrai que l'on déguste avec plaisir le rythme des phrases, bref une écriture assez élaborée mais qui nous coule dans les neurones comme une rivière tranquille. Mais, je ne suis pas aussi enthousiaste que mes compères de l'Institut. Je trouve les premières pages assez confuses. J'ai été déçu, sans doute parce que les éloges ayant précédé ma lecture m'ont fait espérer quelque chose de spectaculaire.
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mardi 22 septembre 2026
Monsieur Personne
Après notre déménagement qui nous a fait quitter la Belgique pour Strasbourg, au 2 rue Ohmacht, nous étions manifestement en surnombre dans cet espace qui nous paraissait d’autant plus petit que nous venions d’une grande maison aux plafonds très hauts avec un immense vestibule et des chambres très claires. Nous étions sept et, bien entendu, nous faisions des bêtises. Dès que notre père en découvrait une, il cherchait activement le coupable, nous interrogeant sans relâche pour conclure au bout d’un certain temps, au comble de l’exaspération, que « Bien sûr, c’est encore Monsieur Personne ! » Un jour, il nous réunit dans la salle à manger et nous proposa de « tuer Monsieur Personne ». On n’est pas auteur de polars pour rien ! Il nous garantissait l’impunité en échange de nos aveux. Nous défilions ensuite les uns après les autres devant notre père qui nous pardonnait pour ces peaux d’orange retrouvées dans la cuvette des WC, ce bol cassé dont on avait caché les restes au fond d’un tiroir, ces entailles sauvages dans la table de la cuisine, les taches d’encre sur la nappe, le chewing gum dans une serrure, etc., etc. Je me souviens de l’une de ces séances au cours de laquelle je me suis senti très ennuyé parce que je n’avais rien à avouer. Fallait-il que j’invente un truc pour partager la culpabilité générale ? Je suis resté muet, me mordant la lèvre inférieure, devant le regard sceptique et courroucé de papa. « Arrête de te mordre la lèvre », me dit-il. Aussitôt je retournai cette lèvre vers l’extérieur. Une effronterie que mon père accepta avec ces mots : « J’aime mieux ça », dit-il.
lundi 21 septembre 2026
Accidents
À Bois-de-Breux il y avait, derrière la maison, un jardin qui me paraissait évidemment très grand. C’était notre terrain de jeux. Nous disposions alors d’une charrette d’enfants, dont les deux roues avant reliées par un essieu transversal, pouvaient tourner à droite ou à gauche, selon l’impulsion que l’on donnait au petit timon qui permettait à l’un d’entre nous de tirer le véhicule. J’avais placé mes deux petites sœurs dans la charrette entre les ridelles tandis que moi, ayant empoigné le timon, je me faisais fort de les balader dans le jardin pour leur plaisir. Soucieux de leur sécurité, je les surveillais si attentivement que j’en oubliais de regarder devant moi. Or, il pouvait y avoir de nombreux obstacles sur mon chemin. En l’occurrence, ce fut un gros rouleau de fil de fer barbelé qui arrêta net ma progression. Je suis tombé dessus, m’écorchant profondément le genou droit, ce qui couvrit ma jambe de sang. C’était très impressionnant et je porte encore les cicatrices de ce petit accident.
J’eus un autre accident à Visé. Dominique et Jean-Pierre avaient chacun reçu une bicyclette. Celle de Dominique était bleue et disposait d’un freinage par rétropédalage. Celle de Jean-Pierre était rouge et avait la roue libre. Quand je l’ai empruntée à mon frère pour la première fois, je n’étais pas encore très sûr de mon équilibre. Je devais avoir 6 ans. Mais je réussis à rouler. Je suis sorti du jardin et pris la rue sur ma droite pour faire le tour du quartier. C’était magnifique. Arrivé au coin de la rue je tournai à droite pour revenir à la maison. La rue était en pente. Et, tout à coup, je vis un tracteur passer lentement dans la rue que je devais emprunter pour revenir à mon point de départ. Que faire ? Je ne savais pas comment fonctionnaient les freins sur ce vélo. Je dévalai donc la rue, allant droit vers le tracteur dont je heurtai violemment la roue arrière, me retrouvant dans les betteraves qu’il transportait. Plus de peur que de mal !
dimanche 20 septembre 2026
Maladies
À Visé, j’allais à l’école Saint Hadelin avec mes frères. J’étais bon élève et ma conduite était exemplaire. Ce qui fait que l’on m’a décerné un prix qui devait témoigner de cette excellence. Ce prix était intéressant car il s’agissait d’un baptême de l’air sur un petit avion de tourisme. Je devais y aller avec maman et je me réjouissais à l’avance de cet événement exceptionnel. La date était fixée. Le jour dit, je suis tombé malade suffisamment gravement pour que je ne puisse y aller. Du coup, c’est Dominique, mon frère aîné qui y est allé à ma place. Quand ils y sont allés, plusieurs photos ont été prises et je me souviens du visage rayonnant de mon frère après l’atterrissage !
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J’étais en 6ème bleue avec l’abbé Naegert dont j’ai déjà évoqué le souvenir (1952). La famille habitait au n°2 de la rue Ohmacht à Strasbourg. C’était une petite maison de cinq pièces alors que nous étions neuf. Patrick, le dernier, n’était pas encore né et Tommy était mort. Papa avait écrit une prière à Tommy censé intercéder pour nous auprès des divinités catholiques. Nous la récitions tous les soirs, après le repas, à genoux sur nos chaises orientées vers un crucifix accroché au mur. Cet hiver-là je suis tombé gravement malade. J’avais une double mastoidite. C’était sérieux et j’étais devenu complètement sourd. Je me souviens d’une visite de mon prof de 6ème, l’abbé Naegert, qui est venu à mon chevet et qui devait crier à mes oreilles pour se faire entendre. Je le revois au bord du lit, je revois ses cris sans rien entendre ! En principe, on devait m’hospitaliser en urgence le lendemain de cette visite. Mais la nuit me fut bénéfique car au matin, la fièvre était tombée, et l’hospitalisation annulée !
samedi 19 septembre 2026
Pavillon
Le Pavillon était un bâtiment un peu particulier au bord de la rue de Herve dont nous occupions le 615 à Bois-de-Breux. Il se situait un peu plus haut dans cette même rue sur le côté gauche de la chaussée en montant vers Aachen. C’était un petit immeuble carré, couvert d’ardoises et de lierre, dont notre grand-mère maternelle était devenue propriétaire à la mort de son mari, Raoul de Francquen, qui avait été désigné comme mon parrain à ma naissance. Le bâtiment était un peu isolé, comme une grosse villa, avec un petit parc sur l’un des côtés et à l’arrière. Quand on entrait dans cette maison, on était accueilli par les aboiements de Boulouf, un Scott terrier noir, plutôt sympathique. Il y avait à gauche, la chambre de l’oncle Jean et, plus loin, toujours sur la gauche une cuisine très chaleureuse où Bonne Maman nous attendait au moment des repas. Elle pelait les pommes de terre et nous racontait des histoires qui nous passionnaient. Je me souviens du récit de Rémy, le héros du roman d’Hector Malot, Sans famille. Bonne Maman ne lisait pas les histoires, elle nous les racontait dans ses propres mots. Nous étions tous à l’écoute autour de la table de la cuisine et dès qu’elle terminait une histoire nous en réclamions d’autres, encore et encore. L’oncle Jean était le frère de Bonne Maman. C’était un type assez bizarre avec une épaisse chevelure blanche dont il prenait grand soin. Il se moquait souvent de nous. Un jour, nous étions dehors avec lui et il plongea ses mains dans un bouquet d’orties. Quel exploit ! Et il nous disait qu’il ne sentait rien ! Quel homme !
vendredi 18 septembre 2026
Les cousins
À Stinval, vivait la famille de nos cousins germains de Terwangne. Ils étaient plus âgés que nous. J’aimais beaucoup l’aîné, Félix, qui devait avoir entre 25 et 30 ans, à l’époque où nous passions nos vacances dans la grande maison de la tante Zouzou dont ils occupaient la partie Est, si je me souviens bien. Il m’appelait souvent ‘laid singe’, un petit nom dont j’étais sans doute le seul à apprécier la tendresse moqueuse qu’il me semblait signifier. J’étais moins attiré par Raoul qui avait l’allure et le comportement d’un mauvais garçon et qui, bien plus tard, serait très épris de ma sœur Martine. Philippe avait la réputation d’être un peu bête. C’est de lui que j’hériterai d’une panoplie liturgique de curé avec chasuble, étole, aube et cingulum. Ce déguisement me permettra de jouer à la messe avec mes sœurs. J’allais me procurer des hosties non-consacrées à Louveigné auprès du curé qui m’en donnait quelques-unes… pour jouer ! Il y avait aussi Dédé, grand et très maigre, versé dans la radio-amateur et l’électronique. « Aquoiboniste » de la première heure, il nous répondait toujours de la même façon quand on lui demandait quelque chose : « Pourquoi faire, donc ? » Il souriait gentiment, relevait la longue mèche qui lui barrait le front et le visage, puis, tirait une bouffée de la cigarette perpétuelle qu’il avait au bec. Les doigts de sa main droite étaient jaunes de nicotine. Nous adorions l’embêter en sautant sur ses genoux quand il était assis ou en grimpant sur ses épaules. Myriam était la seule fille de la famille. Elle devait avoir 18 ans mais nous ne la voyions guère.
Le père, Victor, était chef d’une petite agence bancaire à Louveigné, le village le plus proche de Stinval. Tous les soirs, il rentrait chez lui avec l’argent de la banque dont il faisait méticuleusement les comptes. Son agence sera victime de plusieurs braquages dont il est toujours sorti indemne. Comme tous les hommes de cette famille, il fumait énormément. Des Saint-Michel verte qu’on achetait par paquets de 25. Ni Félix, ni Raoul n’avaient fait d’études poussées. On disait que quand ils ne voulaient pas aller à l’école, leur mère les gardait volontiers à la maison. Tous deux avaient la même passion pour la mécanique et les voitures. Ils achetaient de vieilles occasions, démontaient les moteurs, et les remontaient pour en faire des véhicules improbables. C’est ainsi qu’ils construisirent, avec un moteur de moto, un engin à trois roues —deux à l’avant et une à l’arrière—, qui filait à toute allure sur les routes tortueuses du pays de Herve. Raoul et Félix étaient de véritables « fous du volant ». Ils ne respectaient aucune règle du code de la route. En outre, quand Félix m’emmenait faire un tour en voiture, il me laissait prendre le volant pour de petites distances. J’étais ravi.
jeudi 17 septembre 2026
OUI ou NON
C’est là, à Visé, que j’aurai ma première expérience politique, lors du referendum qui, en 1950, devait décider du retour, ou non, du roi Leopold III en Belgique. Je me suis longtemps demandé quels étaient les autocollants de propagande que moi et mes frères étions chargés par notre papa de coller partout en ville sur le chemin de l’école. C’était OUI ou NON mais je ne me souvenais absolument plus de ceux que l’on collait sur les murs. Papa était légitimiste. Catholique fervent, il se disait anarchiste mais cela ne garantissait en rien une vision de gauche. Il détestait les socialistes et je me souviens des diatribes virulentes qu’il sortait parfois contre Paul Henri Spaak, grand partisan du NON lors du referendum de 1950. D’où la certitude, acquise plus tard, que les autocollants colorés de rouge, jaune et noir en cercles concentriques, que nous dispersions sur les poteaux télégraphiques en allant à l’école étaient des OUI. Oui, pour le retour du roi après la guerre. Ce qui n’empêchera pas, sous l’impulsion de Paul Henri Spaak, le souverain d’abdiquer au profit de son fils, Baudouin, l’année suivante (en 1951). Voilà comment, à un âge peu fait pour les grandes décisions politiques, on se retrouve embarqué malgré soi, dans le sillage d’une vision qui très vite, ne correspondra plus à celle que j’adopterai pour le restant de ma vie. Car, depuis lors, c’est NON !
mercredi 16 septembre 2026
Tommy
mardi 15 septembre 2026
Cerisier
Nous sommes à Bois-de-Breux. Derrière la maison, il y a un jardin qui, à mes yeux de gamin de 5 ans me paraissait immense. Mon frère aîné Dominique grimpait déjà aux arbres et ce jour-là il était monté dans le cerisier. Bien entendu, j’ai voulu le suivre et je me suis accroché aux premières branches. Je suis quand même arrivé à une certaine hauteur et quand je levais les yeux, je voyais mon frère très haut près du sommet de l’arbre. Il me parlait : « Quand tu vois un homme barbu, qu’est-ce que tu fais ? » Il me montre le geste approprié : tu dis 15 pour moi et tu lèches ton pouce droit, tu le plantes au milieu de ta paume gauche, tu fermes le poing droit et tu frappes la même paume de ton poing serré. Joignant le geste à la parole, il me montre comment faire. Je m’emploie à l’imiter mais comme j’avais besoin de mes deux mains pour le faire, je lâche la branche à laquelle j’étais accroché, et… je dégringole jusqu’au sol. Une chute dont je crois me souvenir des détails, rebondissant de branche en branche —ça dure une éternité— jusqu’à ce que je me retrouve allongé dans le pré, avec une jambe endolorie : victime sans gravité de la gravité ! À cet âge, on est en caoutchouc !
Question
Depuis environ une semaine, j'écris des souvenirs d'enfance à la demande de ma fille Célia et de Charlotte également qui m'a exprimé le désir de mieux connaître les événements de ma vie. Évidemment cela accentue la dimension très personnelle de ce blog qui s'adresse essentiellement à ma famille et mes amis. Il est bien possible que ces souvenirs ne soient pas du goût de tout le monde et que certains lecteurs puissent trouver ce blog impudique ou ennuyeux. Je vais essayer de garder un peu d'actualité. Par exemple, hier après-midi, je suis allé à mon groupe de lecteurs de la Livraria Inquieta. Nous avons discuté de beaucoup de livres et ce fut très intéressant. Je compte bien me procurer les livres de cette autrice d'origine japonaise, Aki Shimazaki qui publie des pentalogies (ensemble de cinq petits ouvrages) dont l'une intitulée Le poids des secrets (Collection Babel) m'attire tout particulièrement.
lundi 14 septembre 2026
Rire
Je devais avoir 6 ans. C’était encore à Visé. Nous avions souvent des invités et je me souviens d’une scène qui ne me fait guère honneur malgré cette réputation que j’avais dans la famille, d’être plutôt malin. C’était en hiver et l’un des invités, juste avant le dîner, s’était mis à nous raconter des blagues. Je l’écoutais, fasciné. Il racontait l’histoire de ce fermier dont la vache était tombée malade. Il fait venir le vétérinaire qui ausculte l’animal avec grand soin. Comme il ne trouve rien d’anormal, il a une idée. Il appelle le paysan et lui demande de soulever la queue de la bête et de coller son œil sur son trou de balle. Lui-même se pose devant la vache et lui ouvre la gueule toute grande. Puis il crie au fermier : « Est-ce que vous me voyez ? — Non ! répond l’homme. — Et bien, c’est qu’elle est constipée ! » Nous éclatons tous de rire avec celui-là même qui nous avait raconté la blague. Je ris comme les autres, peut-être même plus fort que les autres. Et puis, brusquement, je m’arrête de rire et, très sérieux, je pose la question suivante : « Mais… qu’est-ce que ça veut dire, constipée ? » Ce qui, de nouveau, a fait rire tout le monde, sauf moi !
Morale de l'histoire : On rit toujours plus fort quand on ne sait pas pourquoi on rit ! Ce qui me fait penser à cette scène inoubliable du film de Marcel Carné, Les visiteurs du soir (1942), où l'on voit le diable, incarné par Jules Berry, à table au milieu des habitants du château, se mettre tout à coup à rire. Toute la tablée se met progressivement à rire aussi à gorge déployée, de plus en plus fort jusqu'au moment où le diable, s'arrêtant brusquement de rire, pose la question : " Vous riez ! Mais pourquoi riez-vous ? Vous riez parce qu'il faut bien rire un peu de temps en temps, pour se distraire. Mais auriez-vous ri si je n'avais pas ri le premier ? " Etc., etc... Je cite de mémoire ce grand film. Il est possible que mon verbatim ne soit pas exactement le même que celui du film. À vérifier !
dimanche 13 septembre 2026
Visé
Fin 48, la famille déménage de Bois-de-Breux à Visé, une petite ville très proche de la frontière avec les Pays-Bas. Une très belle maison de 18 pièces (si je me souviens bien) avec un magnifique grenier que Papa avait transformé en théâtre grâce à de splendides tentures de velours. La maison avait devant elle une vue bien dégagée avec la Meuse au fond du paysage et l’île Robinson un peu plus loin, à droite. Entre le fleuve et notre maison il y avait une rue, et une voie ferrée. Nous allions souvent jouer près de la voie ferrée. Nous nous amusions à poser des pièces de monnaie —les pièces trouées qui correspondaient à des centimes— sur les rails pour voir ce qu’elles devenaient après le passage d’un train.
Au moins une fois par an, un train s’arrêtait à la gare de marchandises et déversait des centaines de chevaux destinés à l’abattoir. Celui-ci se trouvait de l’autre côté de la ville et les chevaux y étaient conduits à travers les rues. Je me souviens de l’un de ces chevaux qui, pressentant sans doute le destin funeste qu’on lui réservait, s’était apparemment révolté, encourant la colère de ceux qui les gardaient. Une corde serrée autour de l’un de ses membres postérieurs, au niveau du jarret, le rendait fou. Il ruait en hennissant bruyamment. Il était blessé et l’on voyait son sang couler dans la rue. Les hommes n’ont réussi à le maitriser qu’après une lutte très spectaculaire. À cette époque, beaucoup de marchands transportaient encore leurs marchandises dans des carrioles tirées par un cheval. Je me souviens des vendeurs de blocs de glace qui s’arrêtaient parfois juste devant notre maison. Ma sœur Martine et moi, nous nous asseyions alors sur les marches de notre perron pour contempler cet animal magnifique qui nous fascinait.
samedi 12 septembre 2026
Zouzou
Entre 1950 et 1957, nous passions nos vacances en famille à Stinval. Nous étions dix —huit enfants + les parents— à nous entasser dans la Dodge 1936 décapotable de couleur verte que Papa avait achetée de seconde main en Belgique. Je me souviens très bien du cuir rouge des banquettes arrière où nous étions 6 enfants à se chamailler pendant un voyage qui durait environ 7 heures. Nous passions par Luxembourg et Arlon, première ville belge, où nous achetions des gaufres, des gosettes fourrées à la rhubarbe, un sachet de cuberdons à se partager… On piqueniquait dans la voiture. Nous parcourions les derniers kilomètres au crépuscule. Il faisait de plus en plus sombre et je me souviens de mon soulagement quand nous abordions l’un des derniers virages devant l’enseigne lumineuse au néon vert du Relais Fleuri. Il y avait ensuite une scierie, puis, une petite descente vers l’immense maison dont Maman hériterait bientôt. Nous entrions alors dans la propriété de notre tante Zouzou, la sœur de notre grand-mère maternelle, qui nous attendait dans son salon dont les hautes baies vitrées donnaient sur la cour. Tante Zouzou guettait notre arrivée. Je la voyais à travers la fenêtre, à demi éclairée par un abat-jour ancien, se lever pour nous accueillir. C’était une petite femme énergique qui nous embrassait les uns après les autres en nous pressant d’entrer pour nous servir le dîner. Celui-ci se passait dans l’immense cuisine ancienne aux murs de laquelle était suspendue une magnifique collection de casseroles, moules à gâteaux, bassines de toutes tailles en cuivre rouge. Après le repas nous allions nous coucher. Je montais des escaliers étroits et sombres jusqu’à l’une des mansardes où m’attendait un grand lit sur lequel un édredon bien épais me garantissait un sommeil plein de rêves. Au petit matin, je descendais voir les poules qui picoraient en liberté devant la maison. Un petit couloir menait à l’extérieur et dans ce couloir, après une descente de quelques marches, deux grands miroirs se faisaient face. Il m’arrivait souvent de sauter pour franchir ce double abîme. Un matin, je suis sans doute descendu un peu plus tôt, et j’ai surpris ma tante Zouzou devant l’un des miroirs, en train de peigner ses longs cheveux blancs avant de les renfermer dans un petit filet noir qu’elle gardait ensuite pendant la journée.
vendredi 11 septembre 2026
Pope
On ne l’appelait pas encore « Le Pope », quand il nous faisait réciter, en classe de 6ème bleue, au Collège Saint Étienne à Strasbourg, les premières déclinaisons latines : rosa, rosa, rosae, rosae, rosa, rosam (avec l’accusatif en dernier contrairement aux habitudes !). Cheveux blonds, brosse très courte, un regard bleu qui vous pénétrait jusqu’à l’âme, une soutane noire bien sûr, allant du col au sol, c’était l’abbé Naegert, notre professeur principal qui nous racontait parfois des histoires de guerre, celle de 39/45, à partir de ses propres expériences du front russe, "malgré nous" dans la Wehrmacht. J’étais très bon élève à l’époque. C’était en 1952 et j’avais dix ans. Un jour, à la fin des cours de la journée, l’abbé Naegert me dit : « Va m’attendre dans mon bureau. J’ai quelque chose à te dire. » Je savais où était son bureau et je m’y rendis, peu rassuré sur les raisons mystérieuses qui avaient motivé cette convocation. J’attendis quelques minutes et, peu après, je le vis s’asseoir dans son fauteuil en face de moi et me regarder droit dans les yeux. Puis il parla. « Je ne peux pas imaginer que dans votre famille il n’y ait personne pour s’engager comme prêtre au service de Notre Seigneur…» Silence. « … et je crois que Dieu t’a choisi ! » Quand je suis sorti de son bureau, j’étais plutôt fier et content. J’ai raconté l’événement à mes parents qui s’en réjouirent. Mais ces paroles m’ont ensuite plongé dans un scepticisme de plus en plus marqué. « Dieu s’est trompé » me disais-je. Je m’inventais de nombreuses objections visant à contrecarrer ce destin qui, après tout, ne me semblait guère enviable. Je me souviens que ce qui me déplaisait le plus dans cet avenir, c’était l’impossibilité de me marier. J’ai revu l’abbé Naegert bien plus tard, quand il était connu à Strasbourg sous son surnom très orthodoxe et populaire de Pope. Je ne lui ai pas rappelé le choix de Dieu. Il est mort le 20 février 2015.
jeudi 10 septembre 2026
Mont Joly
En août 1958, Papa a emmené toute la famille à Saint Gervais en Haute Savoie pour les vacances. Il avait obtenu d’y faire une cure de repos quelques semaines auparavant. Je me souviens vaguement de la grande maison qu’il avait louée. Maman était là. Elle était déjà très malade mais elle avait des moments de répit. Je venais de tenter mon premier bac et je n’avais pas été reçu à l’issue de la première session. Je pouvais me représenter à la session de septembre et maman m’y encourageait vivement contrairement à mon père et mes frères qui voulaient me convaincre de redoubler. « Tu es encore très jeune, me disaient-il, tu n’as pas la maturité pour faire ton année de philo, si tu réussis en septembre. » Mais maman insistait et aujourd’hui je regrette vivement de ne pas avoir suivi son conseil, par paresse parce que si je voulais me présenter, il aurait fallu que je passe mes vacances à bosser. Or c’est tout autre chose qui m’est arrivé. Sur la place de Saint Gervais, une troupe parisienne de théâtre de rue a monté un petit spectacle comique qui a eu un certain succès. Mes frères et moi, avons pris contact avec les jeunes comédiens qui furent ravis par le projet que nous leur avons soumis : partir vers 11 heures du soir pour atteindre le sommet du Mont Joly (environ 2500 mètres) à l’aube et contempler le lever du soleil sur la chaîne du Mont Blanc, ses glaciers et ses sommets enneigés. Nous étions une belle et joyeuse bande quand nous sommes partis. Moi, je n’avais d’yeux que pour une jeune femme qui faisait partie de cette troupe. Elle n’était pas comédienne comme son frère Kosta mais s’occupait de la régie. J’en suis tombé très amoureux. Elle s’appelait Nicole. Elle était très belle, avec des traits asiatiques. Elle portait un joli pantalon bleu. J’osais à peine lui adresser la parole. Elle m’intimidait. J’appris très vite qu’elle avait dix huit ans. J’en avais seize. Nous avons échangé nos adresses. Et, à Noël, je suis allé à Paris, en stop, pour la retrouver !
mercredi 9 septembre 2026
Naître dans le froid
Je n’ai aucun souvenir de ma naissance, le 2 février 1942. Il faisait très froid. La température se situait entre —15° et —20°. Il avait neigé et le 5 février, la couche de neige atteignait 90 cm. Je suis né à la maison, au 615 de la rue de Herve à Bois-de-Breux dans la commune de Grivegnée. J’étais le troisième fils de Bernadette de Francquen, ma mère. En fait, elle attendait une fille, après ses deux premiers garçons. Je devais m'appeler Françoise. Elle m’a dit, bien des années plus tard, que je l’avais fait beaucoup souffrir avec cette grosse tête qui ne voulait pas quitter la chaleur de son ventre. Pour des raisons que j’ignore, ma mère a demandé d’accoucher sur le plancher de la chambre, juste à côté du lit. Comme je l’ai dit, il faisait très froid dans les faubourgs de Liège à ce moment-là et ma mère utilisait des bouillottes de métal pour chauffer le berceau. C’est comme ça que j’ai été brûlé au troisième degré peu de temps après ma naissance. Ma mère m’avait placé dans mon berceau mais aussitôt je me suis mis à crier de toutes mes forces. Elle me reprend dans ses bras et réussit à me calmer avant de me replacer dans le berceau Nouveaux cris, nouvelle prise dans les bras. Ce n’est que le lendemain matin, qu’en me changeant, ma mère découvre la brûlure dont je porte encore la cicatrice. Bon, maman, on est quitte.
mardi 8 septembre 2026
Bois la
C'est un. souvenir qui date du début des années 50. Je devais avoir 9 ans et mon frère Jean-Pierre avait sans doute 11 ans. Le pneu de son vélo avait crevé et Papa s'est dévoué pour coller une rustine sur la chambre à air. Mais avant ça, il fallait repérer le trou et pour ce faire, Papa demande à Jean-Pierre de lui ramener une bassine pleine d'eau. Le trou est repéré et la rustine est collée. Papa devait être un peu énervé parce que, quand son fils lui demande ce qu'il doit faire de l'eau, il répond de façon un peu abrupte : "Bois la !" Et Jean-Pierre, gravement, de prendre la bassine à deux mains pour l'élever jusqu'à ses lèvres. Évidemment, Papa l'a arrêté à temps, mais ce geste d'obéissance aveugle a toujours fait rire toute la famille. En fait ce n'est pas une histoire drôle. Elle démontre cette autorité quasi absolue à laquelle nous devions nous soumettre.
lundi 7 septembre 2026
Inspiration
Célia m'a encouragé à poursuivre l'écriture de ce blog en me proposant d'élargir mes sources d'inspiration qui, jusqu'ici, étaient très dépendantes de ce qui se passait, au jour le jour, dans ma vie. Cela comprenait les problèmes de ma santé qui se multiplient avec l'âge, les lectures que je peux faire avec les commentaires qu'elles m'inspirent de temps en temps, les événements familiaux (mariage, anniversaires) qui rythment le passage du temps, etc... Célia me dit que je pourrais raconter des souvenirs de mon enfance. L'idée me sembla assez bonne d'autant plus que j'ai une demi ndébélé sur ce plan là de la part de Charlotte également. Cela va certainement m'amuser pendant un bon moment !
dimanche 6 septembre 2026
Blog ?
Je me pose des questions sur la poursuite de ce blog qui, je le crains, est devenu très ennuyeux : j’y raconte mes problèmes de santé ayant le souci d’informer ma famille sur l’évolution de ma santé. J’y parle parfois de mes lectures mais sans vraiment approfondir mes analyses qui se résument à quelques commentaires assez superficiels. J’ai pratiquement cessé de parler de mes rêves. Au début de cet été, j’ai nourri l’espoir d’actualiser mon texte sur les langues en m’adjoignant le soutien de René Kahn, l’un de mes premiers étudiants quand j’ai été nommé à Strasbourg après mes cinq années de Grande Bretagne. Mais plus j’y pense moins je crois à la possibilité de redonner à ce texte une pertinence actuelle. Certes je me suis donné un objectif ambitieux : celui de parler Portugais avant ma mosrt. J’y travaille sérieusement tous les jours mais je progresse lentement. Il y a encore mon engagement au Lycée Ermesinde de Mersch mais là également, j’ai l’impression de perdre la main ! Bref, la vie d’un homme de 84 ans n’est pas facile.
samedi 5 septembre 2026
Orient-Express
Très belle émission sur Arte rapportant l'histoire de l'Orient-Express, ce train de légende qui traverse l'Europe pour aller à Constantinople. On y voit les images de ces wagons-lits très luxueux, de ces voitures restaurants où les voyageurs venaient se restaurer grâce à la cuisine de chefs célèbres qui œuvraient dans des cuisines minuscules grâce à des ravitaillements qui se faisaient tout au long du trajet. Mais, aujourd'hui, c'était aussi l'anniversaire de Henryque à qui nous avons offert de magnifique chaussures Timberland de couleur verte. À vrai dire, très élégantes. Ce matin Henryque et Charlotte nous ont invité à un brunch délicieux que nous ne connaissions pas. Ambiance brésilienne remarquable de par son efficacité joyeuse.
vendredi 4 septembre 2026
Maigret
Je termine le roman de Simenon. Celui qui, en 1929, a vu naître le commissaire Maigret. Ce premier roman qui campe le personnage de Maigret est intéressant. Le célèbre commissaire ne correspond pas vraiment à celui qu'il deviendra dans les romans ultérieurs. Il est plus nerveux, presque stressé parfois, il sera blessé par une balle, sa femme n'existe pratiquement pas et l'un de ses adjoints immédiats trouve la mort. Bien sûr, on voit poindre le rôle de sa pipe, ce calmant universel pour commissaires de police. Ce sont les indices de son évolution ultérieure !
jeudi 3 septembre 2026
Julie
J'ai téléphoné ce matin à Julie, ma filleule, la fille aînée de mon frère Patrick, pour lui souhaiter un bon anniversaire. Elle m'a appris que Patrick était à l'hôpital. Mais je ne sais pas les maux ou la maladie qui l'ont poussé à se faire soigner à l'hôpital. Je demanderai à Françoise de me dire ce qui se passe.
Aujourd'hui, j'ai reçu un livre que j'ai commandé sur internet. Il s'agit du livre de Simenon, Pietr-le-Letton, première publication en 1977, c'est le roman qui fait apparaître le commissaire Maigret dans la littérature.
mercredi 2 septembre 2026
Academia
Academia est un site qui vous renseigne sur l'écho que vous avez dans la communauté des enseignants et des chercheurs de votre domaine d'étude et de recherche. J'y ai été abonné pendant des années et maintenant les responsables du site me demandent si je veux renouveler mon abonnement. J'y ai réfléchi. C'est vrai que cela m'a fait parfois plaisir de voir que certains de mes articles étaient encore lus par des gens (rares) mais disséminés un peu partout dans le monde. Ma notoriété académique est vraiment très limitée mais elle a pu exister pendant quelque temps. En fait, je crois que je vais renoncer à cet abonnement qui ne sert plus à rien et qui coûte assez cher. Donc, adieu Academia !
mardi 1 septembre 2026
Cœurs
C’est maintenant Isabel qui a ressenti des pincements à son cœur. Elle est allée aux urgences et ils sont en train de faire les examens nécessaires pour avoir un diagnostic. Décidément, nos cœurs sont peut être en train de flancher. Quant à moi le service public de santé portugais me donné rendez-vous pou le 8 octobre prochain. D’ici là j’espère que j’aurai une réponse (positive) de la MGEN et que je pourrai subir mes opérations dans le privé.