À Stinval, vivait la famille de nos cousins germains de Terwangne. Ils étaient plus âgés que nous. J’aimais beaucoup l’aîné, Félix, qui devait avoir entre 25 et 30 ans, à l’époque où nous passions nos vacances dans la grande maison de la tante Zouzou dont ils occupaient la partie Est, si je me souviens bien. Il m’appelait souvent ‘laid singe’, un petit nom dont j’étais sans doute le seul à apprécier la tendresse moqueuse qu’il me semblait signifier. J’étais moins attiré par Raoul qui avait l’allure et le comportement d’un mauvais garçon et qui, bien plus tard, serait très épris de ma sœur Martine. Philippe avait la réputation d’être un peu bête. C’est de lui que j’hériterai d’une panoplie liturgique de curé avec chasuble, étole, aube et cingulum. Ce déguisement me permettra de jouer à la messe avec mes sœurs. J’allais me procurer des hosties non-consacrées à Louveigné auprès du curé qui m’en donnait quelques-unes… pour jouer ! Il y avait aussi Dédé, grand et très maigre, versé dans la radio-amateur et l’électronique. « Aquoiboniste » de la première heure, il nous répondait toujours de la même façon quand on lui demandait quelque chose : « Pourquoi faire, donc ? » Il souriait gentiment, relevait la longue mèche qui lui barrait le front et le visage, puis, tirait une bouffée de la cigarette perpétuelle qu’il avait au bec. Les doigts de sa main droite étaient jaunes de nicotine. Nous adorions l’embêter en sautant sur ses genoux quand il était assis ou en grimpant sur ses épaules. Myriam était la seule fille de la famille. Elle devait avoir 18 ans mais nous ne la voyions guère.
Le père, Victor, était chef d’une petite agence bancaire à Louveigné, le village le plus proche de Stinval. Tous les soirs, il rentrait chez lui avec l’argent de la banque dont il faisait méticuleusement les comptes. Son agence sera victime de plusieurs braquages dont il est toujours sorti indemne. Comme tous les hommes de cette famille, il fumait énormément. Des Saint-Michel verte qu’on achetait par paquets de 25. Ni Félix, ni Raoul n’avaient fait d’études poussées. On disait que quand ils ne voulaient pas aller à l’école, leur mère les gardait volontiers à la maison. Tous deux avaient la même passion pour la mécanique et les voitures. Ils achetaient de vieilles occasions, démontaient les moteurs, et les remontaient pour en faire des véhicules improbables. C’est ainsi qu’ils construisirent, avec un moteur de moto, un engin à trois roues —deux à l’avant et une à l’arrière—, qui filait à toute allure sur les routes tortueuses du pays de Herve. Raoul et Félix étaient de véritables « fous du volant ». Ils ne respectaient aucune règle du code de la route. En outre, quand Félix m’emmenait faire un tour en voiture, il me laissait prendre le volant pour de petites distances. J’étais ravi.
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