Rechercher dans ce blog

lundi 29 février 2016

Foi

Nous sommes allés manger à la Fabrik, hier soir, un nouveau restaurant semble-t-il, situé près de la Gare à Mersch, rempli de la jeunesse locale, mais il n'y avait plus de place, ce qui fait que l'on a commandé, Charlotte une pizza, moi un Tartare, que nous avons mangé dans la salle où je prends tous les matins mon petit déjeuner, en face de ma chambre à l'Hôtel Sigefroid de l'internat. Cela m"a permis de voir les informations sur France 2.

J'ai fait, comme toujours, beaucoup de rêves cette nuit. L'un d'eux portait sur la foi, un état de foi qui, pour être authentique, doit refuser toute raison, toute intelligence critique. Croire, ce serait seulement croire absolument, sans le moindre doute. Cela exigerait une fermeture complète à toute incertitude et, à dire vrai, une telle foi résulterait d'une décision, la décision d'être bête, faire le sacrifice de ses propres capacités de raisonnement. Ce ne serait qu'à cette seule condition que la foi pourrait vous apporter une sorte de réconfort associé au divin, à la transcendance. Les images que ce rêve évoque sont très floues, mais je vois deux membres du clergé — des jésuites ? —avec des options divergentes sur cette question. Peut-être ce rêve est-il né de la discussion que j'ai eue récemment avec Martine quand nous avons parlé de l'abbé Chauveau et de René Naegert, "le Pope", qui furent pendant un certain temps des amis de notre famille à Strasbourg.


dimanche 28 février 2016

Korzybski

Je tourne le dos à la grande baie vitrée qui donne sur les collines boisées de la ville de Luxembourg. Nous sommes arrivés hier soir, après avoir mangé dans notre restaurant de sushis habituel. Très bon comme d'habitude mais avec des prix luxembourgeois. J'ai pris un bus pour aller de l'aéroport à la gare où Charlotte m'attendait. Toute belle. Très dynamique. Nous avons discuté un peu de tout. De son école et des films qu'elle venait de voir sur son ordinateur. De ses lectures aussi. Elle lit les nouvelles de Maupassant, actuellement.

Parmi les nombreux rêves que j'ai fait cette nuit, il y en a un qui insiste. J'étais avec Jean. Nous allons voir sa soeur qui habite à la lisière de la ville dans une sorte de favella misérable. Mais cette soeur se transforme en un frère qui nous invite. Son chauffeur habituel n'est pas disponible. Il vit dans une cabane de pauvre mais il est riche.

Dans l'avion, j'ai parcouru un petit livre d'Alfred Korzybski : Prolégomènes aux systèmes non-aristotéliciens et à la Sémantique générale. Il s'agit d'extraits choisis de ses ouvrages principaux. Ça date un peu mais c'est quand même intéressant. Korzybski voulait résoudre tous les problèmes politiques grâce à la sémantique générale. Tous les conflits, selon lui, proviennent d'une mésentente sur le sens que nous donnons aux mots quand nous communiquons les uns avec les autres. Comme je lisais également les débats sur l'anthropologie organisés par Tim Ingold à la fin des années 80, où l'on voit les anthropologues se parler souvent "at cross purposes" et le reconnaître aisément, il y avait une sorte de coïncidence ironique à rapprocher ces deux textes, si éloignés l'un de l'autre.

samedi 27 février 2016

Inamical

Pourquoi enfonce-t-il ma valise en carton gris d'émigré portugais dans l'eau ? Elle flottait et il me propose d'aller la chercher. J'y consens mais au lieu de me l'apporter, il l'enfonce dans l'eau du lac. J'entends le bruit de l'eau qui pénètre dans la valise, mouillant la chemise toute neuve que je venais d'acheter. J'ai trouvé ce geste inamical. Ensuite, toutes les chambres sont prises. La seule disponible est une sorte de trou, assez sale, aux voies d'accès difficiles. Je m'y résoudrai sans doute mais l'accueil me fait penser que c'est fini.

J'ai écrit ce qui précède après m'être levé à 6h42. Il pleuvait abondamment dehors. Aujourd'hui je m'envole pour Luxembourg. Ce rêve traduit une sorte d'appréhension qui n'est pas exceptionnelle. Ni peur ni angoisse mais comme une réserve. Hier soir j'ai vu le documentaire que nous avait recommandé Julia avec Mathieu Ricard qui nous invite à l'altruisme à travers la méditation. Les écoles du monde occidental et d'ailleurs auraient bien besoin d'inscrire cette pratique de la méditation à leur programme.

Il est maintenant 7h31. Une sorte d'immense nuage gris foncé a posé son couvercle sur les collines de Lisbonne. Un nuage de fin du monde, un peu effrayant par l'obscurité qu'il génère. La pluie ne cesse pas. Comme celle des atomes dans Lucrèce.

Je rajoute la référence d'un article du Guardian que j'ai lu ce matin :
http://www.theguardian.com/lifeandstyle/2016/feb/27/how-to-raise-a-brilliant-child-without-screwing-them-up?utm_source=esp&utm_medium=Email&utm_campaign=GU+Today+main+NEW+H&utm_term=159060&subid=13292981&CMP=EMCNEWEML6619I2

vendredi 26 février 2016

Insomnie

Généralement, je gère assez bien mes insomnies. Non seulement je ne les crains pas, mais elles me permettent de penser à des tas de choses de manière très tranquille. J'en profite pour avoir des idées et boire un verre d'eau de temps en temps. Cette nuit, cependant, ce fut un peu différent. Commencée à 2h30, elle m'a tenu réveillé jusque vers 5h30. La langue me présentait des mots, beaucoup de mots, sans ces aspérités dont j'ai besoin pour en faire quelque chose. Puis, je me mis à réfléchir sur l'insomnie elle-même. Celle-ci a une dimension paradoxale. On est réveillé, bien réveillé et on ne peut pas s'empêcher de regretter de ne pas être endormi, tout-à-fait endormi. Veut-on se rendormir ? Les mots, en rangs serrés, nous en empêchent. On se rend compte qu'il faudrait une image, une seule image sans aucun mot susceptible d'en reconnaître les aspects essentiels, pour que l'on réussisse. Une image de ce genre m'est apparue vers 5h30 : une sorte de mur en ruines d'où s'échappaient des bouffées de fumée bleue, ou plutôt des traînées lentes de fumée bleue.

jeudi 25 février 2016

Cadi

C'est cet objet moderne, conçu semble-t-il en Alsace et qui a envahi la planète toute entière, qui a mobilisé mes capacités oniriques cette nuit : le cadi.
Je critiquais cet objet dans mon rêve. Objet mono-fonctionnel, à l'esthétique plus que douteuse, qui forme, une fois emboîté avec ses semblables, des chenilles d'au moins une vingtaine de mètres, se contorsionnant difficilement pour éviter les passants. Poussées par des commis aux tabliers gris, ces chenilles gémissent de toutes leurs petites pattes rouges en forme de roues affolées, secouées de petits cris métalliques désaccordés dont l'ensemble forme une sorte d'accord dissonant de partout, avant de s'immobiliser, en attente. Parfois, les cadis ne se désemboîtent pas facilement comme s'ils ne voulaient pas quitter leur bande. Il faut forcer un peu. Le métal rechigne. Allons, bon ! Voilà. Le cadi s'ébroue mais l'une de ses petites pattes rouges est faussée, il tire vers la gauche, pas facile de le diriger entre les rayonnages. Rien de plus triste qu'un cadi vide, que le vide d'un cadi, souvent souligné par une feuille de salade délaissée, qui n'est là que pour colorer ce vide, le manque de tout ce qui peut le remplir, l'absence de tout ce qui l'a rempli et qui s'en va, dans le coffre d'une voiture, vers la maison. Le cadi n'est-il pas le symbole le plus puissant de notre civilisation moderne, l'objet ultime, le squelette hebdomadaire —vendredi ou samedi — de tous nos désirs quotidiens de supermarché ? 
Parfois les cadis s'échappent et quittent leur nid de néon. On en retrouve dans le canal Saint Martin, leurs petits os fins couverts de vase. Parfois on les voit tout seuls, perdus sur un trottoir, ignorés de tous. Ils n'ont rien à faire là. 

mercredi 24 février 2016

Bouger

Je bouge beaucoup dans mes rêves : je cours, je marche, je saute, je vole... Je ne nage guère, c'est vrai. Cette nuit je marchais de manière tout-à-fait obsessionnelle, en plaçant mes pas tous les trois ou quatre pavés du trottoir. En fait, nous étions deux, et nous faisions une sorte de course. Mais sans la prendre trop au sérieux.

Le fait d'en avoir entendu parler avant-hier m'a donné envie de rouvrir l'ouvrage de Lucrèce, le De rerum natura, que j'ai commencé à relire.

Sinon, rien de bien nouveau dans mon petit monde. Charlotte m'a écrit un très gentil message malgré sa tristesse liée à une rupture avec son ami franco-russe. Mais elle est vaillante. Elle me dit qu'elle a envie d'écrire à Sasha. A part cela, je lui ai parlé d'Aristote et sa définition de l'argent, comme "substitut du besoin", ce qui veut dire que l'argent (la monnaie) est le signe (social) de l'expérience que nous faisons, nous les humains, du manque (le besoin). Ce dont on peut inférer que plus on a d'argent, plus on manque. L'homme riche est celui qui manque le plus. C'est pour cela qu'il est beaucoup moins généreux que l'homme pauvre. Bon ! me voilà en train de re-parcourir les allées conceptuelles de ma thèse de doctorat. Dans un langage plus simple et plus radical, évidemment. Mais cela n'intéresse sans doute plus personne.

mardi 23 février 2016

Lucrèce

Je suis allé écouter David Webb hier à l'Université de Lisbonne au Centre de Philosophie des Sciences. Il concluait un petit colloque international sur l'atomisme, notamment. L'intervention de David a été magnifique : une interprétation de Lucrèce inspirée par Michel Serres et qui soulignait les parentés entre Lucrèce et Lee Smolin. Du moins c'est le nom que j'ai compris à partir de la référence à la théorie des cordes que David a évoquée. J'ai lu Rien ne va plus en physique de Lee Smolin, il y a quelques années. Cela m'a donné envie de relire certains passages et de les comparer avec le De rerum natura de Lucrèce. Mais je ne m'aventurerai dans ces eaux-là qu'après avoir terminé mes tâches actuelles en liaison avec Luxembourg.

Petite remarque sur ce blog : quand je vois que certaines pages anciennes (datant de deux ou trois ans) de ce blog ont été consultées, il m'arrive d'aller les relire moi aussi — et, généralement, de supprimer l'affichage de la date puisque celle-ci est indiquée par le logiciel lui-même—. Ceci dit, je tombe, assez souvent, il faut le dire, sur des récits de rêve, ceux que mes enfants, Fabien et Célia, n'aiment pas trop voir figurer dans mes messages. Mais, ces relectures m'étonnent dans la mesure où, quand je relis ces rêves, souvent très anciens, je revis les émotions qui accompagnaient leur mise en récit et qui étaient, apparemment, celles que le rêve lui-même pouvait avoir suscitées. Dès les premiers mots, je revois certaines images de ces rêves, je revis les sensations vécues en les rêvant. Je trouve cela assez étrange. N'oublie-t-on pas nos rêves ? Surtout ceux qui, par leur absurdité, devraient s'effacer rapidement ?

lundi 22 février 2016

Maths

Hier soir, sur Arte, il y avait un documentaire sur les maths : Comment j'ai détesté les maths d'Olivier Peyon avec Cédric Villani, Jean Dhombres, Jean-Pierre Bourguignon, etc. J'ai trouvé ce film très superficiel et tombant dans beaucoup des travers de la vulgarisation scientifique. Par exemple, on montre des tableaux noirs (ou verts) couverts de formules mathématiques, dont on ne dit rien, pas plus qu'on ne dit quoique ce soit sur l'écriture mathématique. Alors que c'est bien là que ça se passe : à la surface d'un tableau ou d'une feuille de papier, non ? Bref c'est un film qui ne fait qu'épaissir ce qu'il y a de mystérieux dans cette passion qui habite certaines personnes. On évoque les banques et les "produits" financiers, ces formules que les mathématiciens inventent pour diminuer les risques dans le cadre de spéculations financières. Mais cela va trop vite. On pouvait espérer qu'un film sur les mathématiques nous ferait comprendre quelque chose... Mais non, rien. On est soit dans l'amour des mathématiques soit dans leur détestation complète comme la grande majorité des élèves ordinaires. Cedric Villani se promène dans — sur ? — les images avec beaucoup de grâce et d'élégance. Dhombres est manifestement très content d'être dans le film.

L'après-midi, nous sommes allés voir une exposition d'oeuvres de Robert et Sonia Delaunay à la Fondation Gulbenkian. Sonia et Robert Delaunay ont passé deux années au Portugal et y ont laissé des traces auprès de certains peintres portugais. Ce n'est pas une peinture que j'apprécie énormément mais c'est vrai qu'elle exige un temps de contemplation assez long pour "percevoir" où veut nous emmener l'auteur du tableau. D'ailleurs juste avant le film sur les maths, il y avait une émission sur le peintre Fromanger, qui fait saigner le rouge des drapeaux. Les drapeaux saignent mais ne meurent pas. Malheureusement.

Enfin, j'apprends que Boris Johnson, le maire de Londres, s'est prononcé pour le Brexit. Sans doute une manoeuvre politicienne pour prendre la place de David Cameron à la tête du gouvernement. Il n'est pas impossible que ça ne réussisse pas. Quant à Evo Morales, les sondages le considèrent comme perdant la possibilité de briguer un troisième mandat. Mais rien n'est joué et l'on peut avoir des surprises.

dimanche 21 février 2016

Heidegger ?

Hier soir, nous avons reçu David Webb et Zbyszek, Isabel Serra et son mari, Joao à dîner. J'avais préparé un boeuf bourguignon avec une purée de pommes de terre au céleri, et pour commencer une grande salade verte. Ils avaient apporté le dessert et le vin. Très chaleureux mais un peu long comme dîner : ils sont partis à minuit, après avoir bien bu. Isabel s'endormait. Trois langues se croisaient au dessus de la table : l'anglais, le français et le portugais. David Webb est un philosophe britannique qui s'est spécialisé dans la "philosophie continentale" et plus spécialement la phénoménologie. Ils ne sont pas nombreux en Angleterre, à lire Deleuze, Lacan, ou même Husserl ou Heidegger. En tout cas, cela m'a permis de participer à la discussion. Nous avons évidemment évoqué les Cahiers noirs de Heidegger, qui viennent d'être publiés en allemand et partiellement en anglais. J'attendrai leur publication en français pour en prendre connaissance. Heidegger s'y révèle dans toute sa superbe nazie, qui n'avait rien d'un vernis superficiel destiné à sauver la philosophie allemande. La critique que j'ai lue dans Le Monde est accablante pour ce philosophe dont j'ai toujours détesté les textes, même à l'époque où il figurait comme le chouchou de la philosophie française. Pour moi, il s'agit d'un penseur détestable, qui aussitôt en poste grâce à Husserl, a complètement laissé tombé celui qui l'avait soutenu. Je me souviens que, quand je me suis lancé dans le domaine "STS", certains de mes amis me disaient : "Il n'y a rien à faire là dedans. Heidegger a tout dit dans ses Conférences sur la science et la technique." J'ai lu ces "fameuses" conférences et j'ai été terriblement déçu. Elles puaient l'arrogance et la prétention.

samedi 20 février 2016

Eco

Umberto Eco vient de mourir. Bien que ses centres d'intérêt aient été proches des miens, ce n'est pas un auteur pour lequel j'avais beaucoup de sympathie. Peut-être à cause de son arrogance à laquelle je me suis personnellement frotté quand j'ai participé à un séminaire au Mali. Il était là. François Jullien était là aussi. Plus quelques autres. Nous étions une douzaine. Je l'ai beaucoup filmé à cette époque. Entre lui et Jullien, c'était une sorte de concours d'arrogance. Nous sommes allés à Bamako dans un premier temps, puis à Tombouctou, qui était encore intact à l'époque. Il n'a pas aimé mon intervention qui, si je me souviens bien, a été l'origine d'un petit article que Jean-Marc a publié dans la revue Alliage et qui, reste à mes yeux, la contribution la plus intéressante que j'ai pu faire dans le champ de ma spécialité STS (Science, Technologie, Société). L'article a été publié sous le titre "La science, une écriture parlante", titre que je modifierais maintenant si j'en avais l'occasion, en raison d'une nuance qui fausse un peu son sens par rapport à l'article. (On peut trouver l'article à cette adresse sur internet : <http://www.tribunes.com/tribune/alliage/37-38/jurdant.htm>) Je vous cite la phrase qui me semble donner toute sa portée à ce petit article : "Imaginons maintenant que ce que l'usage de la parole pourrait avoir perdu en passant, à cause de l'écriture, d'une oralité primaire à une oralité secondaire, un usage particulier de cette même écriture se soit spécifié pour le retrouver." [Oralité primaire et oralité secondaire font ici référence à des concepts créés par Walter Ong qui définissent, pour la première, le régime de la parole dans une société qui ne connait pas l'écriture et, pour la seconde, le régime de la parole dans une société, non seulement qui connaît l'écriture, mais encore, qui la pratique à tous les niveaux de la hiérarchie sociale, ce qui est le cas de la Grèce au Ve-IVe siècle avant Jésus-Christ.] Bien entendu, cet "usage particulier de l'écriture", dans mon esprit, renvoie aux spécificités de l'écriture scientifique. C'est le thème que je vais développer le 8 avril prochain, au séminaire du CELSA.

A signaler également la mort de Nelle Harper Lee, l'auteur de To Kill a Mockingbird, ouvrage que je n'ai pas encore lu et qui, malheureusement ne semble pas disponible sur Kindle.

Enfin, je viens de lire cette belle phrase de Robert Jaulin : "Le non-être ne saurait précéder l'être, précisément parce que celui-ci n'existe que de s'inventer." in L'univers des totalitarismes, p. 68.