Ma passion pour les champignons ne date pas d’hier. C’est à Stinval qu’elle a débuté avec les promenades très matinales auxquelles tante Zouzou m’invitait de temps en temps. Elle savait où les trouver. Nous allions dans les prés qui s’étendaient derrière la maison. La rosée faisait scintiller l’herbe. Nous rencontrions des vaches dont, parfois, j’avais un peu peur. Mais le plaisir se trouvait dans l’identification des taches blanches révélant la présence d’Agaricus campestris, le célèbre « rosé des prés » qui me faisait courir comme s’ils auraient pu s’échapper en me voyant venir. Nous les ramassions en anticipant les plats délicieux qu’ils parfumeraient de leur odeur si singulière. Il y en avait de très gros, dont les lamelles étaient passées du rose bonbon au noir charbon en passant par un magnifique brun cannelle. En fait, c’est la seule espèce que nous ramassions à l’époque. Depuis, je me suis documenté et dès que, à Strasbourg, marié avec Irène, et possesseur d’une 2CV, je pus me balader dans les forêts vosgiennes, j’augmentai considérablement mes connaissances mycophiles. Pendant longtemps j’y allais seul. Qu’il pleuve ou qu’il vente, j’y allais. Je fouillais les fourrés les plus épais, remontais les pentes les plus abruptes, dévalais dans les fossés les plus profonds pour recueillir toutes sortes de champignons de toutes les couleurs, de toutes les odeurs possibles et imaginables. Je mettais mes récoltes dans des sacs en plastique que j’allais faire examiner par des pharmaciens méfiants qui, généralement, me conseillaient de tout balancer dans la poubelle. Jusqu’au jour où je fus invité par un voisin, à une excursion consacrée aux champignons sauvages de la Société Philomathique d’Alsace et de Lorraine. Il y avait, marchant tranquillement en file indienne sur les chemins à flanc de coteau, de nombreux spécialistes auprès desquels nous allions nous informer avec les échantillons que nous trouvions de ci de là. C’est ainsi que je les voyais examiner nos trouvailles, les reniflant longuement, croquant un bout de leur chapeau pour recracher ensuite le morceau, les retournant dans tous les sens, nous expliquant patiemment les signes que l’on devait reconnaître pour pouvoir les identifier à coup sûr. Cette excursion m’a beaucoup appris. Notamment, à ne plus utiliser des sacs en plastiques mais à me munir d’un panier, si possible avec couvercle, pour récolter chanterelles, girolles, cèpes de Bordeaux, coprins chevelus, coulemelles, amanites vineuses, lacaria lacata, trompettes de la mort, agaricus silvestris, pieds bleus, mousserons, amanites boule de neige, lactaires délicieux, pieds de moutons, tricholomes de la Saint Georges, pleurotes, sparassis crispa, russules charbonières et autres joyeusetés que nous cuisinerions ensuite selon des recettes particulières à chaque espèce. Un régal avec les amis tous les dimanches soir en automne !
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