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mercredi 23 septembre 2026

Scènes d'été

Félix et Raoul, les cousins dont j’ai déjà évoqué les exploits, avaient implanté un terrain de tennis en terre battue dans la partie du parc que leur famille occupait. Je ne sais pas si c’étaient eux qui l’avaient conçu ou s’il était déjà là quand ils sont arrivés. Toujours est-il qu’ils jouaient au tennis et que c’est avec eux que nous avons été initiés à ce sport alors que nous étions encore très jeunes. Il y avait parfois des tournois et c’est alors que l’on voyait Myriam, dans sa courte jupe blanche plissée, affronter ses frères et ses oncles, venus disputer des matchs pendant le week-end. L’oncle Paul était l’un des partenaires de ces jeux et je me souviens des mots tendres bien particuliers qu’il adressait à son épouse, la tante Geneviève : « Allons, ma petite cuiller de confiture de roses, du nerf ! » « À toi de servir mon petit lapin en sucre d’orge ! » Cela nous faisait rire. Je crois me souvenir que maman savait, elle aussi, se servir d’une raquette de tennis. Après tout, elle avait vécu toute son enfance avec la tante Zouzou dans cette propriété à Stinval. 

Juste à côté du terrain de tennis, il y avait un petit étang, en fait une mare, avec de magnifiques canards qui, de temps en temps, finissaient dans notre assiette. C’était Raoul qui était chargé de leur couper la tête sur un billot tout près du garage. Cela pouvait donner lieu à des scènes terrifiantes : le canard, échappant aux mains de son bourreau, pouvait s’envoler sans tête, ce qui poussait Raoul ou Félix à se saisir du fusil qu’ils avaient disposé près du billot, et à le tirer en plein vol avant qu’il n’aille s’égarer dans le petit bois de sapins tout proche. Cette mare aux canards était l’un de nos terrains de jeux favoris. Nos cousins avaient fabriqué des sortes de pirogues de métal en coupant en deux dans leur longueur de vieux réservoirs d’avions qu’ils avaient récupérés après la guerre. C’est ainsi que nous pouvions naviguer sur l’étang, poursuivre les canards, faire des courses entre nous grâce aux vieilles raquettes de ping pong qui nous servaient de pagayes.  

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