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mardi 22 septembre 2026

Monsieur Personne

Après notre déménagement qui nous a fait quitter la Belgique pour Strasbourg, au 2 rue Ohmacht, nous étions manifestement en surnombre dans cet espace qui nous paraissait d’autant plus petit que nous venions d’une grande maison aux plafonds très hauts avec un immense vestibule et des chambres très claires. Nous étions sept et, bien entendu, nous faisions des bêtises. Dès que notre père en découvrait une, il cherchait activement le coupable, nous interrogeant sans relâche pour conclure au bout d’un certain temps, au comble de l’exaspération, que « Bien sûr, c’est encore Monsieur Personne ! » Un jour, il nous réunit dans la salle à manger et nous proposa de « tuer Monsieur Personne ». On n’est pas auteur de polars pour rien ! Il nous garantissait l’impunité en échange de nos aveux. Nous défilions ensuite les uns après les autres devant notre père qui nous pardonnait pour ces peaux d’orange retrouvées dans la cuvette des WC, ce bol cassé dont on avait caché les restes au fond d’un tiroir, ces entailles sauvages dans la table de la cuisine, les taches d’encre sur la nappe, le chewing gum dans une serrure, etc., etc. Je me souviens de l’une de ces séances au cours de laquelle je me suis senti très ennuyé parce que je n’avais rien à avouer. Fallait-il que j’invente un truc pour partager la culpabilité générale ? Je suis resté muet, me mordant la lèvre inférieure, devant le regard sceptique et courroucé de papa. « Arrête de te mordre la lèvre », me dit-il. Aussitôt je retournai cette lèvre vers l’extérieur. Une effronterie que mon père accepta avec ces mots : « J’aime mieux ça », dit-il.  

1 commentaire:

  1. J'ai beaucoup de plaisir à lire tes souvenirs que je connais pour la plupart mais qui prennent une nouvelle saveur par l'écriture.

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