Rechercher dans ce blog

samedi 26 septembre 2026

Paris

Noël 1958. Je décide d'aller à Paris pour les vacances. J'ai en effet été invité par la famille Gaubert, une famille nombreuse dont j'avais rencontré deux membres pendant l'été : Kosta et sa sœur Nicole, dont j'étais tombé très amoureux à la fin de l'été à Saint-Gervais en Haute Savoie. Coup de foudre dans la montée du Mont Joly. Mais tout-à-fait platonique, évidemment. Je n'ai pas d'argent et donc, j'irai en stop. Mon père me dépose vers 11h30, dans un virage de la RN4 à la sortie du village d'Ittenheim, à une douzaine de kilomètres de Strasbourg. Il fait gris. Il fait froid. Une petite bruine glacée me transperce jusqu'aux os. Les voitures, peu nombreuses, ne ralentissent même pas. J'attends. Je suis assez désespéré et, à bout de patience, je me dirige vers la station d'essence qui se trouve dans le virage, à gauche quand on regarde vers Paris. Une grosse voiture vient de s'y arrêter. Je m'avance timidement et demande s'ils pourraient me prendre. J'ai affaire à un couple. L'homme hésite, puis accepte de m'emmener pour quelques kilomètres.  Au bout d'un certain temps et d'un long silence dans la voiture, l'homme me pose une question : "How far is Paris ? How many hours of driving ?" J'ai du mal à le comprendre mais je finis par saisir et je lui réponds, minimisant la durée du trajet :"Three hours. About three hours, I think." Ils décident alors de ne pas faire d'étapes, ce qui m'arrange bien, évidemment. Nous roulerons ainsi jusqu'aux abords de Paris, dans un profond silence. Ils n'échangent pas un mot entre eux. C'est étrange. Arrivé à Paris vers 20h30, ils me demandent où j'aimerais être déposé. Nicole habite dans le 17e arrondissement, avenue des Ternes, tout près de l'Étoile. Ils m'y conduisent et me lâchent devant la porte de l'immeuble. Je monte plusieurs étages et c'est un enfant qui m'ouvre la porte. À ma demande il me conduit vers la chambre de Kosta, que je découvre, torse nu, au milieu de la pièce, travaillant une sculpture au son de la cantate de Saint Matthieu de Bach, à plein volume. Je suis ravi. Nicole nous rejoint et m'accueille chaleureusement. Nicole va s'occuper de moi pendant toute la semaine. Elle me fera visiter tous les endroits intéressants de Paris. Je me souviens du métro et de ses odeurs que je retrouverai parfois plus tard. Elle me fait connaître la célèbre librairie La Joie de Lire, dans une des petites rues qui donnent sur le boulevard Saint Michel, pas loin des quais. C'est la librairie Maspero et c'est là que je vais découvrir les poèmes de René Char. Je suis au paradis. Nicole et moi parlons beaucoup. J'entends encore sa voix. Je mets sa sympathie sur le compte de l'amitié et je ne ferai aucune tentative de rapprochement physique. Elle m'intimide. Je la trouve adorable. Je suis amoureux.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire