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mardi 31 mai 2016

Daoud

Je me suis levé à 4h30 ce matin, pour faire tranquillement mes cinq tibétains et cinq minutes de méditation. J'ai fini hier le magnifique roman de Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête, chez Actes Sud. Une écriture inventive et pleine de surprises, un thème qui vous fait plonger dans des abimes de réflexion, des références littéraires pertinentes, bref, un moment merveilleux qui nous renvoie à notre propre adolescence, quand on lisait Albert Camus, L'étranger et que déjà à ce moment-là, on pouvait s'interroger sur ce crime gratuit d'un Arabe sans nom, sur une plage d'Alger.
Alors, hier soir, j'ai entamé cet autre livre que m'a recommandé Joëlle : La Fin de l'homme rouge de Svetlana Alexievitch (Actes Sud).

lundi 30 mai 2016

Les 5 Tibétains

J'ai reçu hier un message de ma soeur Martine me disant qu'elle avait repris les cinq Tibétains et que cela lui faisait beaucoup de bien. Bon ! Allons-y ! Ce matin, je m'y suis remis moi aussi et j'ai refait les cinq exercices prescrits, 7 fois chacun. Pour un re-début, ce n'est pas trop mal.

Nous sommes allés au cinéma en famille hier soir pour voir Money Monster, un film de Jodie Foster avec George Clooney et Julia Roberts. Le film est intéressant parce qu'il montre bien à quel point, en misant sur les seules motivations individuelles, le casino financier du monde des affaires peut trouver une sorte de légitimité psychologique difficile à contrer. Mais pour que cela tienne, il faut délibérément oublier que l'on vit au sein d'une société dont les membres doivent être solidaires, ce qui n'arrive généralement qu'en dernier ressort, au moment de la guerre et du sacrifice. Mais on devrait pouvoir imaginer une solidarité moins tardive, une solidarité comme préalable de socialisation.

Au retour, nous avons vu le Portugal vaincre la Norvège à Porto.

samedi 28 mai 2016

Vaugirard

Je suis actuellement au 203 de la rue Vaugirard où mon fils Fabien et sa famille vont habiter pendant deux ou trois mois avant d'aller dans leur nouvel appartement. Il fait frais et c'est assez bruyant. Hier j'ai revu mon ami Andreas Mayer avec beaucoup de plaisir. Il est au CNRS et tout va bien pour lui. Il est très souvent sollicité pour des jurys, des colloques et des conférences. J'aime beaucoup parler avec lui. Aujourd'hui, je vais aller chercher du thé et des petites choses avant de prendre l'avion demain à 6h20.

vendredi 27 mai 2016

Rwanda

Après l'Orénoque avec Mathias Enard dont le livre ressemble beaucoup, surtout à la fin, au livre magnifique de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, car il y est question là aussi de ce qui se passe après la mort d'un être jeune, ici, une jeune femme, infirmière dans une clinique et qui est entourée de ses deux amis chirurgiens, l'un d'entre eux alcoolique, l'autre amoureux d'elle alors qu'elle vit avec Youri l'alcoolique, son corps en état de mort cérébrale s'offrira aux scalpels chargés du prélèvement des organes... certes le livre d'Enard est différent et ce qui se passe à Paris se trouve interrompu par cette remontée imaginaire de l'Orénoque par la jeune femme à la recherche de ses origines mythiques... après l'Orénoque donc, j'ai lu le petit livre de Véronique Tadjo, L'Ombre d'Imana, dans la même collection Babel des éditions Actes Sud, qui raconte ses voyages "jusqu'au bout du Rwanda". L'auteure est ivoirienne. Elle recueille des récits très simples, des témoignages aussi bien de certaines victimes du génocide que des massacreurs. Il n'y a là aucun effet de style. C'est simple, cru et parfois cruel.  L'auteure écrit ceci :
"Je partais avec une hypothèse : ce qui s'était passé nous concernait tous. Ce n'était pas uniquement l'affaire d'un peuple perdu dans le coeur noir de l'Afrique. Oublier le Rwanda après le bruit et la fureur signifiait devenir borgne, aphone, handicapée. C'était marcher dans l'obscurité, en tendant les bras pour ne pas entrer en collision avec le futur." (p.11).
Bien que bien loin de tout ce qui s'est passé là-bas justement, je n'oublie pas moi non plus, ce pays où ma soeur Martine séjournait en 1959/1960, lors des premiers massacres de Tutsi par les Hutus.

jeudi 26 mai 2016

Dictée

Le rêve de cette nuit m'a mis dans la situation d'un auteur en train d'écrire un livre qui commençait par ces mots : "Le fait social se meurt..." suivis d'une remarque sur la fin des sociologues. Je ne vois pas ce qui a pu engendrer une idée aussi bizarre.

Hier soir, j'étais avec Liliana qui fait son travail de candidature (pour être professeur des écoles à Luxembourg) avec moi sur le thème du rôle de la dictée dans l'enseignement du français. Nous avons longuement discuté de cette question intéressante à plus d'un titre. La dictée exige de l'élève qu'il fasse attention à la forme littérale des mots qu'il écrit. On lui demande de "voir" les traces littérales des mots sur le papier alors que la lecture exige que le regard passe à travers les mots pour viser le sens. Idéalement, le tracé des mots devrait disparaître au profit du sens de ce qui est écrit et beaucoup de grands lecteurs peuvent avoir une orthographe défaillante dans la mesure où ils ne s'arrêtent pas à la forme des mots. Une orthographe impeccable n'est pas forcément le signe d'une grande rigueur ou d'une grande intelligence mais plutôt d'une attention à la forme qui peut parfois faire obstacle à une véritable compréhension de ce qu'on lit.

mercredi 25 mai 2016

Orénoque

Toujours pas de mention dans la presse de ce qui se passe au Brésil. (Sauf dans Libé, comme je viens de m'en apercevoir).

Je lis actuellement un petit roman de Mathias Enard, l'auteur de Boussole qui a obtenu le Goncourt l'an dernier. Remonter l'Orénoque, publié dans la collection Babel d'Actes Sud. Une écriture toujours aussi belle qui fait un peu penser à celle de Maylis de Kerangal. J'en lis quatre ou cinq pages avant de m'endormir. Manifestement une histoire d'amour mais, pour le moment, nous n'en sommes encore qu'à l'embouchure de l'Orénoque. Le bateau vient de quitter le quai, avec une femme qui rêve des paysages, et sans doute du visage, qu'elle va rencontrer. J'ai acheté ce roman pour le titre.

A Mersch, le temps est toujours très gris. Mais nous avons eu une bonne réunion hier soir chez Jeannot, sur les réformes envisagées pour le Lycée Ermesinde à partir de la rentrée. Moins de cours traditionnels, plus de pratiques en entreprise. Même les cours devraient mettre l'accent non pas tant sur la transmission et l'évaluation —qui, de toute manière seront beaucoup plus nettement séparées—que sur une disponibilité des enseignants pour aider les élèves dans un parcours dont ils assumeraient la responsabilité sur la base de programmes dans les différentes matières. Mais les enseignants abandonneront-ils si facilement leur rôle de transmetteur de savoirs ?

mardi 24 mai 2016

Noir Brésil

Je me demande vraiment pourquoi mes articles sont anti-datés d'un jour. C'est énervant de se voir soi-même tiré en arrière dans le passé par la force aveugle d'un logiciel décalé. Il faudra que je m'adresse à un spécialiste pour voir s'il n'y a pas moyen de rectifier. Ne fut-ce que pour l'esthétique de cette espèce de journal quotidien.

Hier soir, Josiane me signale un article de Glenn Greenwald dans The Intercept :
New Political Earthquake in Brazil : Is It Now Time for Media Outlets to Call This a "Coup" ?
On le trouvera à cette adresse :
https://theintercept.com/2016/05/23/new-political-earthquake-in-brazil-is-it-now-time-for-media-outlets-to-call-this-a-coup/
L'article mentionne les connivences entre tous ceux qui ont organisé l'impeachment de Dilma Roussef pour que les menaces qui pesaient sur eux en raison de leur corruption notoire soient écartées le plus rapidement possible. Evidemment, l'armée semble avoir été partie prenante dans cette conjuration des corrompus. Bref, la situation est explosive au Brésil et la démocratie en danger.

Ce qui est bizarre, c'est qu'il n'y a aucun écho de cette situation dramatique dans la presse internationale de ce matin. Ni Libération, ni Le Monde, ni le Guardian n'en parlent. Pas le moindre écho. C'est très mystérieux.



lundi 23 mai 2016

Ducasse

Tapi dans la sombre verdure luxembourgeoise, sous un ciel au ventre débordant de bourrelets gris, le dos en toits d'ardoise de Beringen ne bouge pas. On aperçoit, à certains endroits, qu'il y a là aussi du ventre par dessous, un ventre blanc, immobile, qui se découvre entre les feuillages épais du mois de mai. L'église lui fait une corne au milieu du dos. Je m'attends à ce que le monstre bouge, avale un arbre ou deux, voire une colline entière, avant de s'en aller.

Mon hernie inguinale —le diagnostic me vient d'Isabel— m'empêchera sans doute de fuir le monstre s'il s'avisait de remarquer ma présence à l'internat du lycée Ermesinde. Une journée bien remplie m'attend.

Dans le couloir où d'habitude je suis seul, j'entends les pas des élèves qui, aujourd'hui, vont affronter un autre monstre, le baccalauréat, dont ils auront à subir les premières épreuves ce matin même. Je pense à Isidore Ducasse, venu en France, au lycée de Tarbes, pour préparer Polytechnique. Je cite encore une fois Bachelard : "Peut-être devons-nous indiquer aussi une note à peine sensible dans la page, mais qu'il faut toujours réveiller quand on évoque une culture mathématique. C'est précisément la violence, une violence froide et rationnelle. Il n'y a pas d'éducation mathématique sans une certaine méchanceté de la Raison. Est-il ironie plus fixe, plus rapide, plus glaçante que l'ironie du professeur de mathématiques ? Tapi au coin de la classe, comme l'araignée dans son encoignure, il attend. Qui n'a connu l'affreux silence, les heures mortes, l'exquise lenteur des supplices où le meilleur élève perd soudain, avec la confiance, le dynamisme de la pensée enchaînée ?" (p.92)


dimanche 22 mai 2016

Deux choses

La première concerne ma proposition de traduction pour la réplique de Iago, cette "graine de la tragédie" évoquée hier. Ma proposition me semble finalement trop littérale et, du coup, maladroite. Je penserais plutôt à quelque chose comme : "Rien, mon seigneur ; ou alors, quoi... je ne sais pas." Moi-même, je ne sais pas pourquoi je tiens tant à ce "quoi" qui, selon moi, fait exister quelque chose de ce "rien" préalable. Mais voilà. Cela m'a préoccupé pendant une de mes légères insomnies du matin.

La deuxième, c'est que je voulais mentionner un moment de l'avant dernière nuit, un moment très particulier : j'étais dans mon lit et mon corps était parfaitement à l'aise dans ce lit. Alors que j'ai toujours de petites sensations : une crampe qui s'annonce, un pied mal placé, des lombaires coincées, une légère oppression dans les poumons, une aine endolorie, des fourmis dans les mains, des picotements dans les yeux, etc., cette fois, pendant une dizaine de minutes, mon corps est resté totalement silencieux, il n'avait rien à "dire", un grand moment de "paisibilité".

* * *

Je suis arrivé à Mersch vers 21 heures. Il pleuvait doucement. Les alentours du lycée étaient déserts. J'avais le cœur serré en revenant dans ce lieu où Charlotte avait réussi à être heureuse. 
Mon voyage m'a permis de lire plusieurs textes : j'ai repris le livre que Bachelard avait écrit sur Lautréamont. Je ne m'en souvenais plus. C'est un livre absolument magnifique. D'une acuité étonnante. "L'homme meurt [aussi] du mal d'être un homme..." (page 21). Avec des remarques très intéressantes sur les mathématiques à l'école : "...la sévérité est une psychose ; c'est, en particulier, la psychose professionnelle du professeur. Elle est plus grave chez le professeur de mathématiques que chez tout autre ; car la sévérité en mathématiques est cohérente ; on peut en démontrer la nécessité ; elle est l'aspect psychologique d'un théorème. Seul le professeur de mathématiques peut être à la fois sévère et juste." (page 93)
Autre lecture rapide : Macbeth. 
Et enfin, j'ai repris la lecture de David Abram sur mon Kindle : Becoming animal. C'est moins percutant que The Spell of the sensuous, mais il y a beaucoup de passages remarquables.

samedi 21 mai 2016

Marcher

J'ai réussi à télécharger une nouvelle version de Word 2011 ce qui me permet de rouvrir mes documents : ouf. Cela me rassure et je vais pouvoir me remettre au travail sur les différents textes qui m'occupent en ce moment.

Hier, avant de dormir, j'ai poursuivi ma lecture d'Othello, pièce que je connaissais déjà assez bien, mais qui m'étonne encore et toujours par l'intelligence et la subtilité de son auteur. Le personnage de Iago est absolument diabolique quand il insinue les tout débuts du doute dans l'esprit d'Othello. C'est bien parce que rien n'est dit que quelque chose se met à exister. Le "rien" est souligné en tant que rien ce qui rend nécessaire le fait qu'il cache quelque chose. Les premières insinuations de Iago sont d'une très grande subtilité. Cela se passe au cours de la scène III de l'acte III :
(Desdemona et Cassio viennent d'avoir un échange bref qui vise à ce que Desdemona intervienne auprès d'Othello pour réhabiliter Cassio à ses yeux)

Exit Cassio
IAGO : Ha ? I like not that.
OTHELLO : What dost thou say ?
IAGO : Nothing, my lord ; or if, I know not what.
OTHELLO : Was not that Cassio parted from my wife ?
IAGO : Cassio, my lord ? No, sure, I cannot think it,
That he would sneak away so guilty-like,
Seeing you coming.
OTHELLO : I do believe 'twas he.

La traduction de la deuxième réplique de Iago par Déprats ("Rien mon seigneur ; ou plutôt, je ne sais pas") est parfaitement correcte mais, à mon sens, elle n'est pas suffisante pour faire jouer à cette réplique, ce rôle de "graine de la tragédie" que lui attribuait un préfacier moderne.
Je proposerais quelque chose de plus littéral, et en même temps plus incisif, selon moi :
IAGO : Rien, mon seigneur ; ou si, je ne sais pas quoi.
Je trouve qu'il ne faut pas ne pas traduire le "what", ce "quoi" qui, en lieu et place du "rien" est précisément cette "graine de la tragédie" qui se trouve plantée dans l'esprit d'Othello.

* * *

Nous sommes allés manger dans un restaurant indien hier soir avec Elsa et Georges. C'était très bon. Une demi-heure de marche en montée pour y aller et une demi-heure pour en revenir. Pour une fois, j'ai fait mon heure de marche complète. J'ai beaucoup de problèmes avec mes lombaires pour le moment. Le matin, Isabel et moi sommes allés prendre mes rendez-vous à l'hôpital Santa Maria en vue du rendez-vous de contrôle avec le Dr Quintela, le 8 juin prochain. D'ici là, j'ai une prise de sang, une échographie et un examen de proctologie à faire.