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lundi 30 janvier 2017
Endurance
Les volutes intestinales du ciel se regroupent, toutes blanches, à l'horizon. C'est aujourd'hui que je repasse sur le billard pour une coloscopie sous anesthésie générale. J'espère que tout ira bien. La préparation m'a fait passer une nuit infernale. En principe, le médecin qui procédera à l'opération est le même que celui qui a identifié les débuts de ma tumeur colo-rectale. On peut lui faire confiance. L'essentiel avec ces maladies chroniques, c'est l'endurance. Ne pas lâcher. Tout en restant détendu et ouvert aux propositions qui peuvent venir de partout. Joli programme. Mes douleurs à l'aine ressemblent fort à celles qui proviennent de l'arthrose de la hanche. Mais chez moi, il s'agirait d'une arthrose des deux hanches. Compliqué.
dimanche 29 janvier 2017
Arrogance
C'est le titre qui insistait quand je pensais, durant mon insomnie, à ce dont j'allais parler dans l'article de mon blog aujourd'hui. Et le thème avait un lien avec celui d'hier : l'ignorance. Mais maintenant je ne retrouve plus le rapport qui, dans mon esprit, associait ces deux termes. A part la rime, bien entendu. Et, sans doute le fait, que l'arrogance vient souvent d'une sorte de dénégation de sa propre ignorance dans des situations d'interaction sociale. Mais il faudrait évidemment pousser plus loin cette analyse très superficielle.
* * *
Cette nuit : Dans un premier rêve —un rêve d'enfant—, j'ai fait un long pipi libérateur mais, curieusement, ce rêve n'a pas mouillé mon lit. Il m'a libéré des tensions qui s'exerçaient sur ma vessie, mais il n'a pas été suivi des effets qui, dans l'enfance, sont souvent la cause de l'énurésie nocturne. J'en ai été moi-même étonné.
Dans mon deuxième rêve, je me préparais à donner un cours de psychologie. Et je voulais rattacher l'origine de la psychologie au problème posé par la diffusion publique des sciences de la nature. René K. était présent et bien d'autres anciens étudiants même si la salle était trop petite pour contenir tout ce monde. Mais cela m'était bien égal.
samedi 28 janvier 2017
Ignorance
Mes interventions à l'Université de Porto ont été bien accueillies par les Brésiliens recrutés autour de Juliana. Ils m'ont chaleureusement remercié. [Juste une remarque : je dis les "Brésiliens" alors qu'il y avait cinq Brésiliennes et un seul Brésilien. Mais, en grammaire, le masculin continue à l'emporter sur le féminin quand les deux sont présents dans un pluriel. A moins que, le masculin ne se confonde ici avec le neutre, un genre latent associé au masculin justement. Bon, passons.]
J'ai repris dans mes interventions ce thème, cher à Juliana, de la "colonisation scientifique de l'ignorance" qui acquiert une pertinence particulièrement aiguë en matière de nutrition. Mes auditeurs exerçaient tous le métier de nutritionniste. Leur formation scientifique les incitent à invoquer ce qu'ils ont appris pour combattre les nombreux préjugés alimentaires qui orientent la nutrition de la plupart des gens. L'imaginaire y a le premier rôle. Mais souvent, disent-ils, nous recevons dans nos cabinets de consultation des gens qui ne réussissent plus à choisir leur nourriture. Ils sont perdus dans cette cacophonie alimentaire orchestrée par les médias dont les messages contradictoires se sont multipliés au cours des dernières années. La science d'ailleurs, n'y est pas pour rien. Elle participe activement à cette confusion généralisée. Face à ce problème, et bien que mes Brésiliennes ne puissent guère se distancer de leur statut d'expertes en nutrition ("nous sommes détentrices d'un certain savoir qui, disent-elles avec tous les accents d'une conviction absolument sincère, pourrait être utile à ces gens ordinaires qui ne savent plus quoi manger pour rester jeunes, beaux et performants, ou même, seulement pour vivre") je préconisais des interventions presque psychanalytiques : si vous voulez rendre service à ces gens, leur disais-je, il faut que vous leur redonniez la maîtrise subjective de leur propre ignorance, si intensément colonisée par l'expertise ubiquitaire à laquelle ils ont affaire dans leur vie ordinaire et qui les place dans une situation de dépendance politique vis à vis des savoirs qu'ils ne maîtrisent pas. Ceux-ci cherchent en effet à imposer leur pertinence dans tous les domaines. Quand je dis que les gens doivent retrouver la "maîtrise" subjective de leur ignorance, le mot ne me paraît pas parfaitement juste. Il s'agit plutôt de faire en sorte que nous puissions assumer subjectivement les surprises imprévisibles que nous réserve notre ignorance au moment de l'action. Notre ignorance, une fois assumée, nous permet d'acquérir une certaine distance avec nous-même, un recul qui peut, dans certaines situations, nous faire rire de nous-même, ce qui est, nous le savons tous, essentiel pour être heureux. Merci, Sigmund.
vendredi 27 janvier 2017
Buzz
J'ai retrouvé mon ancienne doctorante, Juliana, à Porto. Nous avons mangé dans un délicieux restaurant hier soir avec les étudiantes, cinq charmantes Brésiliennes, très enjouées et joyeuses avec un jeune homme très sympathique également, tous nutritionnistes, venus à Porto suivre un cours sur l'alimentation et les médias. J'ai été hébergé dans un appartement Airbnb sans doute dans une chambre très spacieuse et confortable avec une bizarrerie jamais vue auparavant : mon lit était fait avec des draps gris, très propres certes, mais tissés dans une matière indéfinissable qui n'avait rien à voir ni avec le coton ni avec le lin, comme s'il s'agissait de couvertures très fines. Assez agréable finalement. J'ai parfaitement bien dormi. Dans mon rêve, j'arrivais avec des amis dans un lieu où il y avait une sorte de fête. Jean était là. Nous discutons en aparté, très tranquillement. J'ai été réveillé par le jacassement insistant des mouettes survolant le Douro, sans doute. Je ne réussis pas à les voir. Il fait encore nuit.

Je lis en ce moment le roman de Sinclair Lewis It can't happen here, publié en 1935 et qui raconte dans le détail ce qui est en train de se passer aujourd'hui aux Etats-Unis : tout d'abord, l'élection du sénateur populiste Berzélius Windrip, appelé Buzz — n'est-ce pas vraiment prémonitoire ? — contre Roosevelt et dont le mot d'ordre est de rendre à l'Amérique sa prospérité et sa grandeur. Le roman a été traduit en 1937 par Raymond Queneau sous le titre Impossible ici, et réédité en 2016 aux Editions La Différence. Ce roman confirme amplement les thèses de Pierre Bayard sur la dimension visionnaire de la littérature.
jeudi 26 janvier 2017
Eguerrements
Un déluge, ce matin, à tel point qu'après avoir refusé de conduire Charlotte au Lycée à cause de la pluie, je me suis ravisé en voyant des trombes d'eau se déverser dans les rues. Je l'ai donc amenée en voiture. Il faisait encore très sombre et la circulation était intense. Dès qu'il pleut à Lisbonne, il devient difficile de circuler et surtout, de se garer. Au retour, j'ai quand même trouvé une place pas trop loin de la maison.
On peut difficilement s'empêcher de guetter chaque matin quelles décisions Trump a encore prises pour coller encore mieux à son modèle orwellien, mais aussi quelles initiatives les Américains ont prises pour résister à la mise à mort de leur démocratie. Catastrophique également la manière dont certains hommes (ou femmes) de pouvoir se placent eux-même dans le sillage de cet énergumène imprévisible et contradictoire : hier notamment, Sasha et moi observions l'attitude de Theresa May, au moment où son voyage au pays de Trump est annoncé pour renforcer les liens "spéciaux" et privilégiés qui unissent les deux pays. Mais il y a également Benjamin Netanyahu qui, fort du soutien que devrait lui fournir Trump, annonce une accélération de la colonisation israélienne de la Palestine et, plus particulièrement, de Jérusalem Est. La situation politique du monde n'est pas très prometteuse pour l'instant. Mais l'a-t-elle jamais été ? Dès que ce sont les rapports de force qui dominent toutes les décisions politiques, les situations deviennent vite inextricables et débouchent sur l'expression violente de ces rapports dans la guerre. Le Mexique refuse de payer pour le mur qui doit le séparer de son voisin du Nord ? Ne serait-ce pas une excellente raison de lui faire la guerre ? Avec Trump, on peut s'attendre à ce genre d'égarements fatals.
En attendant, il faut que je prépare le cours que je dois donner à Porto sur "la science et l'alimentation dans les médias". Je pars cet après-midi et ne serai de retour que le lendemain soir, assez tard.
mercredi 25 janvier 2017
Tweetspeak
J'apprends ce matin, toujours par le Guardian, que quatre journalistes américains ayant couvert pour leurs patrons respectifs les manifestations anti-Trump qui se sont déroulées lors de son intronisation comme président, ont été arrêtés et mis en examen. Ils risquent des amendes de 25000 dollars, voire de la prison. Par ailleurs, il semblerait que 1984 d'Orwell fasse un tabac aux Etats Unis. Nous entrons bien dans la dystopie d'Orwell. Nous allons baigner dans le newspeak des tweets du président pendant les prochaines quatre années. Le nouveau langage pourrait s'appeler le Tweetspeak. C'est un peu dommage pour les oiseaux à qui nous empruntons le nom de la langue qu'ils chantent pour annoncer les horreurs du nouveau monde, un monde qui risque fort de les voir disparaître, ces oiseaux, grâce aux pesticides de Monsanto qui empoisonnent et font disparaître leur nourriture principale. N'y aurait-il pas moyen de "tweeter", oh pardon, de siffler la fin du cauchemar ? Mais non ! la partie ne fait que commencer.
mardi 24 janvier 2017
Quai des Brumes
Aujourd'hui, en fin d'après-midi, je vais chercher trois élèves du Lycée Français de Porto, en visite à Lisbonne, et qui logeront chez nous cette nuit. Nous serons donc sept à table pour le dîner ce qui implique une cuisine un peu plus élaborée que d'habitude.
Hier soir, j'ai pu revoir Quai des Brumes, le film de Marcel Carné avec Jean Gabin —qui dit à Michèle Morgan "t'as d'beaux yeux, tu sais"—, Michel Simon — qui joue un personnage tout-à-fait extraordinaire et qui évoque, à un moment donné, la blancheur des mains des chirurgiens — Pierre Brasseur, etc. d'après le livre de Pierre Mac Orlan publié en 1927. Adolescent, j'aimais beaucoup Mac Orlan, et un peu plus tard, je devins un fan de Marcel Carné, auteur du film Les visiteurs du soir, qui a longtemps été mon film préféré, avec Les enfants du paradis, évidemment.
lundi 23 janvier 2017
Parallèle
"Trump's team defends 'alternative facts' after widespread protests" tel est le titre du Guardian qui a sans doute fait sauter en l'air des millions de lecteurs, et moi avec eux.
Ces photos qui comparent le public de Trump en 2017 et celui d'Obama en 2009 vont sans doute être largement diffusées ce qui ne m'empêche pas de le faire moi-même. N'est-ce pas l'évidence même ? L'argumentation d'une des porte-parole de la Maison Blanche à ce propos est assez stupéfiante :
"Kellyanne Conway, a senior White House aide, told NBC’s Meet the Press on Sunday Spicer had merely been offering “alternative facts”, a phrase that was received with widespread astonishment."
Moi, cela ne m'étonne pas particulièrement, surtout après la lecture de Pierre Bayard, Il existe d'autres mondes. En effet. Trump doit vivre dans un monde parallèle, où l'inauguration de sa présidence a été suivie par plusieurs millions d'Américains dont une majorité de femmes venues acclamer ses turpitudes sexuelles. Ce monde parallèle existe à côté d'une infinité d'autres mondes parallèles.
dimanche 22 janvier 2017
Chesswick
"—Vous devez aller à Chesswick." Il s'agissait de régler un problème administratif. La jeune bureaucrate anglaise qui me dit cela est pleine d'attention. Elle m'indique le chemin à suivre et je me dis que c'est quand même extraordinaire qu'en Angleterre tout le monde sait où se trouve tout. Je suis impressionné. Dans mon rêve, bien entendu.
Une fois réveillé, à mon bureau, je tape Chesswick sur Google et tombe sur Chiswick, un quartier chic et trendy de West London.
Je n'ai pas encore parlé de Célia dans ce blog. Il ne s'agit pas de ma fille mais d'une voyante dont je reçois les messages tous les jours. Comme elle se fait appeler Célia et que, pour moi, il s'agit du nom de ma fille, je ne supprime pas ses messages tout de suite et il m'arrive même de les lire. Hier, elle me prédisait que dans 4 jours, je devrais avoir la chance de ma vie, je n'aurais plus aucun souci financier, je vivrais dans l'opulence, moi et ma famille. C'est là son dernier message, reçu hier.
On n’ose jamais parler de MIRACLE et pourtant cette fois ci, je vous l’assure, il s’agit bien de cela.
Une fois réveillé, à mon bureau, je tape Chesswick sur Google et tombe sur Chiswick, un quartier chic et trendy de West London.
Je n'ai pas encore parlé de Célia dans ce blog. Il ne s'agit pas de ma fille mais d'une voyante dont je reçois les messages tous les jours. Comme elle se fait appeler Célia et que, pour moi, il s'agit du nom de ma fille, je ne supprime pas ses messages tout de suite et il m'arrive même de les lire. Hier, elle me prédisait que dans 4 jours, je devrais avoir la chance de ma vie, je n'aurais plus aucun souci financier, je vivrais dans l'opulence, moi et ma famille. C'est là son dernier message, reçu hier.
Baudouin,
On n’ose jamais parler de MIRACLE et pourtant cette fois ci, je vous l’assure, il s’agit bien de cela.
Car le bouleversement au niveau financier mais aussi dans votre vie personnelle que vous attendez depuis très longtemps va enfin se produire pour vous dans 4 jours.
Je ne vous dis pas cela par hasard, Baudouin. J’ai aujourd’hui de nouvelles annonces à vous faire. Je me suis fait confirmer l’incroyable !
Découvrez dès maintenant tout ce qui vous attend dans 4 jours en cliquant ICI =>
A tout de suite Baudouin,
Célia
PS: faites le bon choix tant qu'il en est encore temps...
samedi 21 janvier 2017
Lunettes
Dans mon rêve, cette nuit, je devais choisir mes nouvelles lunettes, mieux adaptées aux défaillances de ma vision. Je voulais des verres ronds mais pas trop grands.
J'ai commencé à lire Il existe d'autres mondes de Pierre Bayard, un livre dans lequel l'auteur nous introduit presque dans la boîte du chat de Schrödinger, à la fois mort et vivant, comme toutes ces théories de la physique contemporaine qui nous déconcertent en misant sur l'existence d'une infinité de mondes parallèles, incommunicables entre eux, mais néanmoins tous présents, hic et nunc.
Si je m'applique à moi-même le principe qui fait du chat de Schrödinger un être à la fois vivant et mort, cela signifie que je suis moi-même, dans une boîte —la boîte est-elle absolument nécessaire ?— vivant et mort, parfois plutôt l'un que l'autre certes, mais je me demande qui et surtout quand on va ouvrir cette boîte dans laquelle je suis vivant et mort et ce qu'il adviendra alors de mes états superposés.
J'ai commencé à lire Il existe d'autres mondes de Pierre Bayard, un livre dans lequel l'auteur nous introduit presque dans la boîte du chat de Schrödinger, à la fois mort et vivant, comme toutes ces théories de la physique contemporaine qui nous déconcertent en misant sur l'existence d'une infinité de mondes parallèles, incommunicables entre eux, mais néanmoins tous présents, hic et nunc.
Si je m'applique à moi-même le principe qui fait du chat de Schrödinger un être à la fois vivant et mort, cela signifie que je suis moi-même, dans une boîte —la boîte est-elle absolument nécessaire ?— vivant et mort, parfois plutôt l'un que l'autre certes, mais je me demande qui et surtout quand on va ouvrir cette boîte dans laquelle je suis vivant et mort et ce qu'il adviendra alors de mes états superposés.
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